Cordiaux

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Yuzu

Théoriquement je savais que j'étais en tort. Théoriquement je savais aussi que c'était loin d'être la première fois et théoriquement je savais que même quelqu'un d'aussi patient que Javi avait une limite.

Le problème était que je n'avais jamais été très porté sur la théorie et que le stress des mondiaux étaient toujours aussi fort, peut-être encore plus que les deux années précédentes. Les gens attendaient que je gagne, ce n'était même plus une question d'espoir à ce niveau là ! Ma Fédération me pressait, me rappelait constamment mes deux échecs précédents, me projetait même sur les conséquences d'une troisième défaite consécutive...

Javi était en pleine forme et même si je n'avais pas de problèmes particuliers sur mes programmes, je savais qu'il pouvait me battre si je ne faisais pas deux sans-fautes, même si j'avais un record du monde il pouvait me battre. Je savais pertinemment qu'avec mon niveau de stress je ne pouvais pas faire deux programmes parfaits : je pouvais faire un court incroyable puis m'écrouler sur le long par manque d'endurance, comme la dernière fois, et regarder Javi décrocher la médaille devant mon nez.

Évidemment, on s'était disputé. Plusieurs fois en quelques semaines.
Rien d'exceptionnel de mon point de vue mais un jour j'avais découvert en arrivant à l'entraînement que Javi avait changé ses horaires de cours sans que je sois au courant. J'avais été vexé mais de toute façon c'était mieux comme ça et encore une fois, ce n'était pas la première fois. Plusieurs jours étaient passés ainsi et je n'avais pas revu Javi : pas une ombre, pas un cheveu, même pas à la gym. Ça avait été le grand changement : habituellement quand on avait des entraînements séparés ils étaient quand même proches en horaire parce que ça arrangeait Brian et on se voyait donc rapidement dans les vestiaires ou les couloirs, même si on ne se parlait pas. Là, c'était comme si Javi avait complètement disparu du Club et le sentiment était dérangeant, au point que je finis par demander à Brian de quoi il en retournait.

"Il a pris de jours différents des tiens, pour la gym aussi", avait été la réponse de mon coach.
Quand je lui avais demandé pourquoi Javi était allé jusqu'à cet extrême, il avait levé les yeux au ciel avec un agacement non contenu et répondu que si je ne le savais pas, Javi avait bien fait. Je n'avais pas aimé cette réponse.

J'avais essayé de glaner des informations auprès d'autres membres du club pour savoir ses horaires (j'avais l'impression que Brian n'avait pas vraiment envie de me les donner) et j'avais appris que Javi avait choisi un lundi matin, entre autres.
Un lundi matin.
Javi.
Il y avait un gros problème.

Pourtant notre dernière dispute n'avait pas été très violente, il n'y avait pas eu de cris, juste quelques échanges un peu secs. On avait connu pire, largement... Je ne comprenais pas...

-Yuzuru ?

Je levai la tête vers Tracy qui s'avançait vers moi avec un visage tendu.

-J'ai entendu que tu cherchais les horaires de Javi. Je ne sais pas pourquoi tu fais ça mais s'il te plaît, ne viens pas le voir. Je te le demande en tant que coach : ça dérangerait sa préparation.

-Je ne comprends pas...

-Il n'y a rien à comprendre : tu as tes sessions, il a les siennes, séparément.

-Je sais ça, mais pourquoi c'est autant... pourquoi c'est comme ça ?, grimaçai-je avec agacement. Pourquoi aussi éloignés ? Pourquoi il n'a rien dit ? Et surtout pourquoi lundi matin ?!

-Je ne vois pas où est le problème : Javi n'a pas à te tenir au courant de son emploi du temps et le lundi matin était un des seuls créneaux disponibles, répondit-elle simplement.

Étreinte (V2)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant