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« Un ami, c'est quelqu'un qui vous connaît bien et qui vous aime quand même

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« Un ami, c'est quelqu'un qui vous connaît bien et qui vous aime quand même. » Hervé Lauwick

Chez Naomi - Orange, Newey – 08h00

​​Cette nuit là, j'avais dû dormir seulement quatre heures. J'avais consacré mon temps à faire des recherches sur internet sur Drew Bays. Il m'était venu en tête que si, éventuellement, je gagnais le concours et que je passais quarante-huit heures avec lui, il fallait que je sache tout de lui.

C'est dans cet état d'esprit que j'appris que son nom complet était Drew Caliste Bays. Il était né un jour d'été dans la ville de Newo, dix huit années auparavant. Bon, je devais l'avouer, j'avais passé la majeure partie de ma nuit à regarder des photos de lui.

Sur plusieurs images, je remarquai l'attention qu'il prenait à porter des bonnets stylés et originaux, souvent porteurs de messages plus ou moins évidents. Ces couvre-chefs cachaient partiellement ses cheveux couleur bronze et les mèches naturellement plus claires qui les parsemaient. Ces bouts de tissu mettaient également en valeur la forme de sa mâchoire qui devenait, avec les années, de plus en plus carrée, sans être imposante.

Je pouvais m'épancher sur lui pendant des heures - et croyez-moi, je ne m'en priverais pas ultérieurement - mais à trop penser à Drew, je faillis arriver en retard au lycée ce jour là.

Lycée Lakeside - Orange, Newey – 08h45

​​En arrivant devant mon lycée, le premier visage familier que j'aperçus fut celui d'Alexandre Heisler.

J'avais appris à le connaitre en emménageant à quelques mètres de chez lui, alors que j'avais à peine six ans. Cette proximité nous a amenés à nous voir souvent car nos mères étaient devenues très proches et s'aidaient mutuellement à gérer leurs problèmes personnels. C'est comme cela que j'ai appris à l'apprécier et à comprendre sa manière de penser. J'ai été témoin au quotidien de ce tiraillement qu'il ressentait entre l'envie de plaire à tout le monde et celle de ne causer de tort à personne. Il est peu à peu mais néanmoins rapidement devenu un élément essentiel à ma vie.

- Alors, comment s'est passée ta soirée ? demandai-je à Alex en lui déposant un bisou sur la joue pour le saluer.
- J'ai passé trois heures à rédiger ce torchon, répondit-il en me tendant une feuille extrêmement bien rédigée.
- Alex ? Qu'est-ce que c'est ? m'enquis-je les yeux écarquillés.
- La rédaction ... que la prof nous a demandée de faire, continua-t-il jusqu'à ce que je comprenne. Y'a un mois ! T'abuses Mimi !
- Merde, j'ai complètement oublié ! Hier je ...

J'hésitai quelques secondes puis poursuivis.

- Ma télé est tombée en panne. J'essayais de la faire fonctionner.
- Ta télé ? me demanda-t-il d'un air suspicieux. La même qui est tombée en panne il y a une semaine et que j'ai laissée chez le réparateur ?

J'avais, évidemment, oublié ce détail.

- Non, pas celle-ci ... L'autre.
- Laisse-moi deviner, tu as passé toute ta soirée sur ton site de rencontre ?

Je savais pertinemment qu'Alex n'aimait pas la façon dont je dépendais de ce site. Souvent, il me surprenait à me connecter sur StarFriendShip au milieu d'un cours, pendant les pauses ou sur le chemin qui nous menait à la maison, à l'affut, à vérifier si mon nom faisait partie de la liste de perdants dévoilés au compte-gouttes.

- Arrête de t'inquiéter pour moi, ça en devient presque ridicule, affirmai-je d'un air las.
- En attendant, t'as toujours pas fait ta rédaction.

Je lui lançai une grimace alors qu'il s'éloignait pour saluer des amis à lui, un sourire taquin collé aux lèvres. Alex dominait de toute sa hauteur la plupart de son entourage et cela avec l'aide de ses cheveux noirs toujours en bataille. Je l'avais taquiné pendant des années, justifiant sa coiffure par une guerre qu'il menait aux peignes et que, visiblement, il gagnait haut la main. Un seul regard de ses yeux topaze et étincelants suffisait à me rassurer, un seul de ses sourires pouvait me redonner le moral.

°

​​La sonnerie de début de cours retentit et me sortit de ma rêverie. Il était temps d'affronter la professeure de langues.

Toute la classe se rua dans la salle, moi la première, histoire de trouver une excuse valable pour justifier mon absence de travail. Une chose était certaine, l'excuse de la télévision ne fonctionnerait pas. En voyant l'expression faciale de Mme Buisson à son arrivée, je sentis qu'elle n'était pas d'humeur à être généreuse et encore moins avec moi.

- Les enfants, je veux vos rédactions sur-le-champ, surtout vous Agatha.
- Surtout vous Agatha, chuchotai-je en singeant la prof. Je m'appelle Naomi, ajoutai-je plus pour moi-même.

Agatha Naomi Bailey est mon nom complet. Mes proches m'appelaient Naomi et c'était d'ailleurs par ce prénom que je me présentais. Je n'avais aucune envie qu'on s'habitue à m'appeler par mon premier prénom car je trouvais qu'il ne me correspondait pas. Naomi c'était commun, certes, mais je savais qu'une Agatha ne serait jamais à la hauteur de mes aspirations futures.

Mon cerveau était sur le point d'exploser. Si je ratais ce devoir je risquais d'échouer dans cette matière et de compromettre mon trimestre entier.

Quelqu'un toqua à la porte et je profitai de ce moment de répit pour stimuler mon imagination au maximum. Si je voulais faire semblant de tomber dans les pommes, c'était le moment rêvé.

- Excusez-moi d'arriver en retard, s'excusa Ellyn Seigel visiblement essoufflée. Monsieur le proviseur veut vous parler immédiatement, il dit que c'est urgent.
- Ah ? s'étonna Mme Buisson suite à l'annonce de ma meilleure amie. Bien, les enfants, je reviens le plus vite possible, lança-t-elle précipitamment.

Une fois notre enseignante partie, Ellyn reprit son souffle anormalement vite et bénit la classe de l'un de ses sourires parfaits.

- Elle ne reviendra pas, ajouta-t-elle d'un air malicieux.

Je me retournai interloquée vers Alex qui me lança un clin d'œil, visiblement dans la confidence. Ellyn avait prévenu la secrétaire du proviseur que notre professeure voulait le voir de toute urgence et qu'elle patienterait s'il n'était pas présent. Evidemment, il n'était même pas dans l'établissement. La classe rit face à l'ingéniosité de la jolie femme à la peau basanée. Encore une fois, Ellyn m'avait sortie d'un pétrin certain.

Elle était espiègle, rusée et cela avec un grand esprit de déduction. Son sourire rayonnait et ressortait grâce à sa peau qu'elle avait héritée de l'amour de ses parents et ses cheveux frisés encadraient ses yeux noirs pétillants. Je la connaissais assez pour savoir qu'elle ne faisait jamais rien sans avoir quelque chose derrière la tête, et cette fois-ci, son génie avait été en ma faveur.

Comme nous avions une heure de libre, nous nous sommes isolées au fond de la salle pour discuter.

- Alors, tu m'as pas dit si tu avais gagné ta rencontre avec Drew Bays ?
- Je le saurais ce soir, si tu savais à quel point j'ai hâte !
- Te fais pas de faux espoirs, Mimi ... me mit-elle en garde.
- J'ai autant de chances qu'un autre de gagner, souris-je avec optimisme.

​​ J'étais d'un naturel positif alors ce n'était pas des statistiques qui allaient me miner le moral. A cet instant, j'aurais aimé gagner juste pour leur montrer qu'avoir de l'espoir pouvait suffire parfois.

​​ Plus que treize heures et trente minutes.

STARFRIENDSHIP - RéviséDes histoires addictives. Découvrez maintenant