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« L'amour crée dans la femme une femme nouvelle : celle de la veille n'existe plus le lendemain. » Honoré de Balzac
Je la fixais toujours. Je m'attendais à ce que sa silhouette devienne floue et que je finisse par me réveiller, mais ce moment n'arriva jamais.
Je montai, furibonde, jusqu'à ma chambre. Ma mère me suivit en criant mon nom, espérant que je m'arrête, mais avant qu'elle ne m'atteigne, je m'enfermai à double tour. J'étais debout, face à la porte, immobile et le corps tendu, imaginant la femme qui se trouvait derrière et tout ce que je pourrais lui dire si la colère ne m'avait pas rendue muette. Quelques secondes passèrent avant que je n'entende les frottements de son corps contre ma porte. Je fis le moins de bruit possible, contrôlant chacune de mes respirations, pour entendre ce que faisait ma mère de l'autre côté cette issue, qui symboliquement représentait le mur qui me séparait d'elle depuis son mensonge.
- Je t'en prie Mimi, il faut qu'on parle.
Ma mère resta une quinzaine de minutes par terre attendant que je fasse signe de vie. Pendant ce temps là, j'étais assise en tailleur sur mon lit à fixer ce bout de bois. Les larmes coulaient silencieusement le long de mes joues. J'attendais qu'il se passe quelque chose, honnêtement, je ne savais pas quoi.
- Ma chérie, viens me parler quand tu le voudras. A n'importe qu'elle heure de la nuit. Je serais là.
Elle attendit ma réponse puis, après avoir lourdement soupiré, elle se releva et je pus entendre la porte de sa chambre claquer.
Chez Naomi – Orange, Newey – 02h45
Allongée dans mon lit, je n'arrivais pas à trouver le sommeil. Je remuais mon corps dans tous les sens espérant trouver la position qui m'aiderait à tomber dans les bras de Morphée, en vain. Finalement, je pris un énorme pull en laine, trop grand et trop vieux, puis je descendis les escaliers très lentement.
La tête vide, je regardais autour de moi espérant trouver de quoi me changer les idées. Je fus attirée par la porte qui donnait sur mon jardin et m'y rendis spontanément. Trois transats étaient alignés et je m'assis sur celui du milieu pour admirer les étoiles. Elles étaient particulièrement lumineuses en cette nuit d'hiver, comme si elles étaient présentes pour moi, pour me réconforter. Silencieusement, je me remis à pleurer. Mon visage était figé par la stupeur que je revivais inlassablement dans ma tête.
Mon jardin était séparé de celui d'Alex par une simple clôture. Plus jeunes, mon meilleur ami et moi même y avions ajouté une porte de fortune pour nous retrouver quand l'envie nous prenait. Vers l'âge de douze ans, nous avions pris l'habitude de nous rejoindre en cachette dans le jardin et de passer des nuits entières à parler. Lorsque nos parents l'avaient découvert, un jour où nous riions bien trop fort pour une heure bien trop tardive, ils décidèrent de condamner cet accès afin que nos excursions nocturnes cessent. Nous étions maintenant presque des adultes alors la porte était accessible, mais pour autant, elle n'avait pas été ouverte en plusieurs années.