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« Le destin est ce qui nous arrive au moment où on ne s'y attend pas. » Tahar Ben Jelloun
Je m'étais réveillée encore une fois un peu plus tôt, cette fois sans l'aide de mon réveil. J'avais eu du mal à comprendre pourquoi mon corps était aussi excité à l'idée de me rendre au lycée jusqu'à ce que j'entre dans la salle de classe quinze minutes avant le début des cours. J'y retrouvai Clim, assis à la même place, qui en me voyant arriver me gratifia d'un sourire et ferma sa BD.
- C'est une nouvelle ? demandai-je en pointant son manga du doigt. - Oui, j'ai fini l'autre. Il était pas terrible, mais ce manga est génial ! C'est Nyvara le Seigneur des Jukei ! Il n'est même pas encore sorti au Japon ! - Comment t'as fait pour l'avoir ? demandai-je étrangement intéressée. - Mon père a fait un voyage au Japon et il a rencontré des mangakas très influents ! Je l'ai reçu ce matin même ! Et il est traduit !
Son enthousiasme me fit rire. Il tenta de m'expliquer succinctement l'histoire mais, au même moment, la sonnerie retentit et je me pressai de rejoindre ma place habituelle. Ellyn arriva toujours aussi souriante et prit place à côté de moi. En entrant dans la salle, Jake s'arrêta un moment et me regarda. Je lui souris et le saluai d'un signe de main qu'il me rendit avec déception.
Le jour suivant, j'arrivai avec encore plus d'avance en classe. Je m'étais attachée à ces petites minutes privilégiées que je passais en compagnie de Clim. Ses origines asiatiques et sa passion pour les mangas, les livres fantastiques qu'il lisait et les jeux vidéo qu'il possédait me fascinaient. J'aimais parler avec lui de ces choses auxquelles je ne parlais jamais avec mes amis et qui, il fallait l'avouer, ne m'avaient jamais attirée avant.
Clim était gentil, respectueux et sa timidité maladive s'envolait lorsque nous discutions. Tous les sujets que nous abordions me captivaient, tellement, que lorsque la sonnerie retentissait j'avais cet arrière goût d'insatisfaction. Ce jour là, nous n'avons pas beaucoup parlé de manga. Il avait bien vu sur mon visage que j'étais préoccupée et il m'en fit d'ailleurs la remarque.
- Tu as déjà eu l'impression d'être en même temps le poison et l'antidote dans la vie de quelqu'un ? me risquai-je à lui demander.
Il sembla d'abord surpris par ma question. En le regardant, je pus voir son visage se fermer à l'évocation de ces termes abstraits.
- En général, j'ai plus l'impression d'être le poison mais je suis entouré de personnes qui me prouvent chaque jour que je peux être l'antidote parfois. On s'efforce à devenir l'antidote mais on est toujours les deux, il faut juste savoir le reconnaitre je crois.
Il me fit un sourire réconfortant pensant qu'il m'en faudrait un peu plus pour retrouver le moral. En réalité, et il ne s'en doutait probablement pas, ses mots me touchèrent en plein cœur. C'était exactement ce que j'avais besoin d'entendre. J'avais besoin qu'on me rappelle que j'étais humaine, que j'avais des défauts et que devais les accepter pour avancer avec les personnes que j'aime.