Tous les professeurs qui allaient participer au voyage en Italie étaient assis autour d'une table ronde de la salle des réunions. Edmond était en retard comme toujours, laissant ses collègues attendre patiemment ou même impatiemment. Les deux autres professeurs avec Vivien et Roland discutaient sur un élève perturbateur avec grande vivacité. Mais les deux jeunes ne s'échangeaient rien. Préférant se lancer des regards timides, repensant à ce qu'il s'était passé dans la voiture de Vivien. Ce dernier y avait pensé toute la nuit, il n'avait pas bien dormi, restant presque éveillé jusqu'à l'heure où il devait se lever. Roland n'avait pas l'air d'avoir bien dormi non plus. Des poches sombres soulignaient ses yeux et il n'arrêtait pas de bailler. Vivien se demandait pourquoi Roland était parti si précipitamment, ils auraient enfin pu sceller leurs lèvres ensembles et peut-être s'aimer à nouveau. Mais c'était certain que Roland n'était pas prêt, ou il n'en avait simplement pas envie, après tout ce qu'il s'était passé, même en revenant à zéro, nos erreurs nous rattrapent forcément à un moment.
Vivien observait du coin de l'œil son ex petit ami, ses cheveux blonds ébouriffés ne faisaient qu'appeler les mains du professeur d'histoire et sa pomme d'Adam bougeait de temps en temps et Vivien ne rêvait qu'à poser sa bouche contre celle-ci. Il n'avait jamais cessé d'être attiré par Roland. D'un coup, ce dernier tourna la tête et ils se croisèrent du regard. Comme dans toutes les histoires à l'eau de rose, le temps sembla se figer, et ils déglutirent tandis que leurs ventres bouillonnaient.
Puis, Edmond défit leur lien en déboulant comme une furie, tout en claquant la porte au passage. Les deux autres professeures sursautèrent et se mirent à rire. Elles avaient dans la quarantaine et devinrent rouge en voyant Edmond leur accorder de l'attention quand il leur sourit. Si elles savaient, pensa Vivien, il est plus gay que Elton John et Freddie Mercury réunis.
« Bonjour mesdames et messieurs, commença le directeur en lançant un clin d'œil à Roland, ce qui fit lever les yeux de Vivien au ciel. Nous sommes donc ici réunis pour discuter sur ce voyage en Italie. L'ancien professeur d'italien et les jeunes femmes ici présentes... (gloussement des professeures) ont déjà organisé le planning. Si les jeunes hommes avec nous ont des questions, c'est le moment idéal pour ça.
- Est-ce qu'on aura un après-midi libre ? demanda aussitôt Vivien agacé par la situation. »
Edmond vérifia vite fait sur les papiers disposés en face de lui et répondit :
« Oui, oui, l'avant-dernier jour. D'autres questions ?
- Comment ça se passe pour les chambres d'hôtel ? demanda Roland qui tapait du pied.
- Il n'y a que deux chambres pour les professeurs, alors les hommes avec les hommes et les femmes avec les femmes. Ah oui, j'ai oublié de mentionner, vous aurez un guide sur place, il vous montrera tous les recoins de la ville. Puis, vous mangerez toujours à l'hôtel ou vous emporterez un pique-nique à midi quand vous irez à Venise et tout. Aussi, un bus vous sera assigné. C'est tout ? »
Plus personne ne posa de questions, tout le monde avait compris. Edmond rajouta qu'il déposera dans les casiers des documents sur le déroulement du voyage qu'ils devraient apprendre par cœur ainsi que la santé de certains élèves et lesquels il fallait le mieux surveiller.
« Bien, si vous avez d'autres préoccupations, n'hésitez pas à passer dans mon bureau. »
En conseillant cela, le principal appuya son regard sur Roland qui se sentit mal à l'aise et Vivien, toujours spectateur de ce genre de scènes, fut agacé de voir un de ses coups d'un soir draguer son ex petit ami.
En sortant de la salle où s'était déroulée la réunion, les deux professeures proposèrent à Roland et Vivien de se voir un jour avant le voyage pour faire un point. Puis, d'un mouvement de tête, Roland demanda à Vivien de le suivre hors du lycée pour se retrouver au coin fumeurs des professeurs.
Une fois là-bas, ils se mirent à fumer les Marlboro de Roland tout en fixant un homme passer la tondeuse autour du lycée.
« Un guide, marmonna Roland en secouant la tête, je connais Venise et ses alentours comme si j'y étais né.
- Tu as pu donc y revenir, constata le professeur d'histoire, c'était ton rêve.
- J'y ai vécu un an.
- Tu ne l'as pas mentionné hier.
- Ce n'était pas nécessaire. »
Les mains de Vivien étaient moites et sa cage thoracique ne faisait que se relever et se baisser d'une manière affolante. Il n'arrivait pas à se contenir à côté de Roland, il aurait juste voulu l'embrasser, là, sur leur lieu de travail, au milieu de tous ces élèves aux parents bourgeois et d'extrême droite, montrer son amour à Roland, s'excuser encore et encore.
Mais ses pensées se stoppèrent net. Que venait-il de penser ? L'amour qu'il avait pour Roland ? L'amour ? Était-il encore tombé amoureux de Roland ? Il chassa cette pensée d'un mouvement de tête, puis le professeur d'italien lui proposa :
« On pourrait se voir ce week-end...
- Je croyais que tu ne voulais plus qu'on sorte ensemble.
- Pourquoi t'as pensé ça ?
- Hier soir, tu es parti tellement vite, j'ai cru que je t'avais électrocuté. »
Roland parut gêné, un sourire de travers sur le visage et passant la main sur sa nuque, il répondit :
« Je n'avais juste pas envie de regretter ce qu'on allait faire. J'aimerais qu'on sorte, en tant que collègues... comme des amis.
- Amis ?! Oui, si tu veux. Pas de soucis, je te dirai si je suis libre.
- Ok. Bonne journée.
- Merci, toi aussi. »
Dans un dernier sourire, Roland s'en alla en écrasant sa cigarette. Vivien était un peu perdu, ce mot, amis, l'avait déstabilisé. Il ne voulait pas être qu'un simple ami, il désirait être plus, il souhaitait être celui qui pouvait le prendre dans ses bras, lui murmurer des mots doux, l'embrasser et dormir avec lui sous les étoiles.
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Verlaine cherche Rimbaud
RomanceUn siècle après la mort de Verlaine, ce dernier se réincarne en un professeur d'histoire au lycée. Il cherche désespérément l'amour de son ancienne vie qui s'est aussi réincarné dans le corps d'un autre professeur du même établissement. Verlaine che...
