Jour 79

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J'ai pas vraiment eu la force de continuer à écrire hier. Mais bon, il faut bien que je fasse un peu le bilan de cette journée, ça m'aidera à accepter ce qu'il s'est passé, et puis peut-être que j'en rirais, quand je le relirai dans quelques années.

Bref, j'ai fait ce que Roxane m'a dit. J'ai trouvé une excuse : j'ai dit à Paul que mon grand-père était très malade et que je devais aller en urgence à l'hôpital.

Encore une fois, il avait l'air très déçu. Je comprends, ça fait deux fois que je gâche nos moments à deux et que je le laisse tomber, et en plus, j'avais hyper envie d'aller plus loin et de lui faire plaisir...

Je me suis dit que Roxane ne pouvait pas me mentir comme ça, et puis sa voix était très inquiétante, j'avais bien compris que quelque chose clochait. Je n'ai pas osé regarder Paul en me rhabillant, et je suis parti sans un mot, comme un voleur...

Dix minutes plus tard, un numéro masqué m'a encore appelé. J'ai décroché. J'étais assez en colère à cause du fait de devoir partir précipitamment, et j'espérais que Roxane avait de bonnes raisons. Elle avait toujours cette voix bizarre et inhabituelle. Et puis pourquoi m'appelait-elle en masqué ?

Elle demandé si j'étais parti de chez Paul. Je lui ai donc dit que oui, en lui faisant comprendre dans le ton de ma réponse que ça ne m'enchantait pas du tout. Et avant que je puisse poser la moindre question, elle m'a demandé de vérifier si je n'étais pas suivi. Mais à quoi elle jouait ? On aurait dit que j'avais affaire à un obsédé sexuel essayant de gagner ma confiance pour ensuite m'enfermer dans une cave avec ses autres victimes...

Roxane m'a alors dit d'aller tout de suite chez elle. Sauf que j'en avais pour une bonne heure de marche, génial...

Tout ça était ridicule, elle chuchotait, elle m'appelait en masqué, elle me demandait si je n'étais pas suivi... Sur le moment, je me suis dit qu'elle avait bien pété les plombs.

J'ai un peu ronchonné et j'ai traîné dans les rues, histoire de la faire attendre encore un peu plus. Pourquoi tout ce cirque ? Ça devait sûrement être Romain qui l'avait rendue complètement folle avec des théories fumeuses, j'en étais sûr.

Enfin bref, je suis arrivé chez Roxane, sain et sauf. J'ai toqué à la porte, celle-ci s'est ouverte dans la seconde. Roxane m'a dit d'entrer immédiatement et a rapidement fermé la porte à clé. Même pas un bonjour...

Alors je lui ai demandé à quoi elle jouait. Et là, elle s'est retournée, et j'ai vu son visage...

C'était horrible, je crois que j'en ferais des cauchemars toutes les nuits les deux prochains semaines. Elle avait un oeil au beurre noir, des traces de coups partout, son cou était rouge, ses bras étaient couverts de bleus... Elle était vraiment dans un sale état.

Elle m'a regardé en haussant les épaules et m'a lancé froidement : « Ça te va comme explication ? »

Je n'avais pas les mots... Je suis resté debout devant elle, la bouche ouverte, choqué, durant quelques minutes. Je ne pouvais pas croire que Paul avait fait ça...
Elle s'est assise, elle semblait encore souffrir de ses blessures et grimaçait. Sur la table, pas mal de médicaments. En voyant que je les fixais, elle m'a lancé que -bien évidemment-, il avait été hors de question de se rendre à l'hôpital, car la police aurait été informée, et ça aurait pu empirer pour elle.

Elle avait dû donc se contenter d'antidouleurs sans ordonnance, qu'un pote à elle était allé chercher à sa place.

Son portable avait d'ailleurs été brisé en mille morceaux au passage, elle avait alors récupéré un vieux Nokia que son père n'utilisait plus, et s'en était servi pour m'appeler.

Paul s'était arrangé pour la tabasser alors que les parents de Roxane étaient en voyage d'affaires. Ça ne l'étonnait pas trop qu'il soit au courant, puisqu'elle lui avait dit elle-même, auparavant. C'est comme s'il avait tout prévu, qu'il avait tout étudié, qu'il savait tout sur nous...

Je ne le voyais plus du tout pareil, j'étais complètement retourné... Comment pouvait-il être le garçon parfait avec qui je sortais, qui était si beau, si mignon ; et avoir fait ÇA à Roxane ? Ce n'était pas possible, je n'arrivais pas à me l'imaginer...

Je me suis mis à tourner en rond dans le salon, en me rongeant les ongles et en me répétant sans cesse : « Comment ? Pourquoi ? Pourquoi, putain ? » Pourquoi lui, et pourquoi ça tombait sur moi ? Je n'arrivais pas à me dire que Paul pouvait être ces deux personnes, l'une parfaite, et l'autre horrible...

Elle m'a ensuite demandé si j'avais bien vérifié que je n'étais pas suivi. Je lui ai dit que c'était bon, normalement. À vrai dire, je n'y avais même pas fait attention, je n'étais pas du tout au courant de l'ampleur de la chose avant de découvrir ses blessures, et je n'avais pas regardé une seule fois derrière moi. Mais Paul n'était pas comme ça, et Roxane est souvent du genre à dramatiser, il ne faut pas abuser, quand même.

Elle m'a demandé comment j'étais sorti de chez Paul. Je lui ai dit que j'avais inventé une excuse bidon, que j'avais dit que mon grand-père était très gravement malade et

que je devais me rendre à l'hôpital en urgence.

Elle a eu l'air rassuré. C'était une bonne excuse pour s'échapper. Mais le problème, c'est que j'allais devoir inventer tout un mensonge quand je reverrais Paul... Je devrais faire semblant d'être dévasté par la nouvelle, d'être très inquiet pour sa santé. Et je suis très mauvais menteur...

On s'est mis à réfléchir, Roxane et moi, à propos d'un plan. Il fallait que je joue la montre, pendant qu'elle trouverait une solution.

C'est alors que mon portable a vibré : j'avais reçu un message. Roxane et moi nous sommes regardés au même moment, avec la même pensée en tête.
J'ai sorti mon portable : j'avais reçu un message de Paul.

Je l'ai ouvert, je tremblais de peur...
'De Paul, à 16h26 : « Je croyais que t'étais à l'hôpital. »

Journal d'un gayDes histoires addictives. Découvrez maintenant