Chapitre 26

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Un regard. Long et terrible. Brusquement, c'est comme si ses yeux étaient tout son univers. Et l'espace d'un instant, c'est réellement le cas.

Les iris grises du sorcier tentent d'échapper à celles vertes d'Helena. Mais elle sourit d'un air narquois, et secoue la tête.

- C'est intéressant. Mais je ne comprends pas... c'est ta première partie, c'est ça ?

- Oui. Elle est terminée. J'ai commencé la deuxième, mais ce n'est pas encore complet. Je dois développer l'intrigue du personnage principal dans la deuxième, et... voilà.

Elle acquiesce mollement.

- Honnêtement ? Tu devrais t'approprier tes personnages et les développer, avant de te lancer dans l'écriture. C'est assez brouillon, et cliché, c'est l'histoire du héros typique à la force insoupçonnée, et au passé tragique, qui doit lutter contre son destin tragique pour aller de l'avant. Je sais que pour une quête, c'est un schéma classique, mais...

Helena fait la moue pour appuyer ses dires, et le visage de Draco se rive sur le carnet qu'elle a entre les mains.

- C'est si mauvais ?

- Disons que non. Je dirais plutôt que tu peux mieux faire.

Elle réfléchit un long moment avant de demander :

- Pourquoi tu n'as pas écrit ce que tu voulais écrire ?

- Oh, eh bien, je pensais que ça ferait bien, comme ça.

- Non, pourquoi tu n'as pas écrit comme tu le fais habituellement ? Avec ton style ? Les recherches que tu as faites, elles ne devaient pas te permettre de copier un style ou un genre, je pensais que tu cherchais des informations pour compléter ton texte, sauf qu'à force de lire, tu as pris la façon d'écrire des auteurs que tu as lus. Sans le vouloir, tu as fait comme des milliers d'auteurs.

Draco garde le silence un moment.

- Je devrais le reprendre, ou le recommencer ?

- Je ne sais pas quelle méthode est la bonne. Je ne recommence que lorsque je n'arrive pas à me défaire de la version précédente, pour les enchantements. Je ne sais pas ce que tu utilises comme procédé.

Depuis quelques semaines, les deux étudiants se retrouvent dans la chambre de l'un ou de l'autre, profitant de devoir dormir pour bien dormir. Et ce soir, alors qu'il a enfin sorti le manuscrit sur lequel il travaille activement depuis maintenant deux mois et demi, la critique qu'il attendait de la jeune femme ne le surprend presque pas, comme s'il s'en était rendu compte en se relisant.

Non, ce n'est pas ça qu'il trouver perturbant. Mais en lisant la première ligne, il comprend à quel point il s'était trompé. « Le ciel était sombre, comme si les ténèbres l'avaient totalement engloutit. ». Ce n'est pas de lui. Ce n'est pas sa phrase. Elle provient d'un livre qu'il a particulièrement apprécié, le lisant trois fois en tout. Et lentement, il réfléchit à tout ce qu'il a bien pu écrire, trouvant toutes les discordances, et les défauts.

C'est comme si chaque erreur ressortait, ensorcelée par ses propres souvenirs. A force de vouloir écrire une chose incroyable, il a recommencé, encore et encore, et à la fin, ne sachant plus discerner ce qu'il avait lu de ce qu'il avait écrit, il a tout simplement noté, sans se soucier de quoi que ce soit, ce qui lui venait à l'esprit.

Il soupire longuement, la main accrochée au visage.

- J'y crois pas...

Helena ne s'approche pas de lui. Elle ne fait aucun geste de réconfort, ou pour lui montrer son soutien. La seule chose qu'elle fait, c'est lui tendre une feuille vierge. Il relève doucement la tête pour regarder l'étendue blanche.

Un temps pour apprendreOù les histoires vivent. Découvrez maintenant