" Words don't come easy to me
How can I find a way to make you see..."
Le froid mordait ses joues et glaçait ses mains. Dans la précipitation, elle avait oublié ses gants au manoir, mais cela lui importait peu. Dans la pénombre, Regina suivait le ressac des vagues contre la berge du port. Derrière elle, la porte métallique de l'atelier s'ouvrit puis se referma aussitôt. Emma hésita à s'avancer. Les lèvres pincées et le visage blême, elle regrettait profondément d'avoir été surprise dans un moment aussi délicat que malaisant pour les petites gens. Grelottante, elle finit par venir prendre place aux côtés du banc sur lequel se tenait Regina. Elles n'échangèrent ni un mot ni un regard, seule la sirène d'un voilier de passage à l'horizon vint briser le silence. Tête baissée, Emma triturait nerveusement ses mains, par où commencer ? Devait-elle s'expliquer sur ce qu'il venait de se passer ? Devait-elle s'excuser ? S'excuser de quoi ? D'être une femme qui aimait les femmes ? Elle n'en demeurait pas moins humaine, fidèle à elle-même, artiste peintre ambitieuse, arriviste et orpheline. Regina n'avait pas à rentrer chez les gens comme ça après tout. Elle prit une grande inspiration.
— Regina, je suis...
— J'ai essayé, coupa immédiatement Regina. J'ai essayé de me forcer, de lui donner ce qu'il désirait. Mais je ne peux pas. Il est gentil, aimant, a une situation plus que confortable mais je n'y arrive pas. Je n'en peux plus.
Le regard du maire était demeuré fixe sur l'océan, empli d'une profonde torpeur ; d'un vague à l'âme qu'aucun soleil ne semblait pouvoir apaiser. De temps à autre, les deux femmes pouvaient apercevoir le halo lointain du phare qui éclairait les braves marins. Regina maîtrisait sa voix, elle se refusait de flancher. Même en situation de faiblesse, elle savait conserver sa dignité là où d'autres se seraient déjà effondrées. Dans ses yeux transpirait une âme torturée et brisée ; des morceaux qu'il fallait recoller.
— Je ne peux concevoir un enfant avec un homme que je n'aime pas et que je n'ai d'ailleurs jamais aimé.
Swan opinait du chef, compatissante, le cœur serré. Ce discours, elle l'avait entendu maintes et maintes fois au club qu'elle avait autrefois fréquenté. Des mariages forcés ou arrangés, pour la plupart, provenant des familles aisées. De celles que les horreurs de la guerre et d'Hitler ne semblaient pas plus que cela avoir ébranlé. Elle s'entendit demander malgré elle d'une petite voix essoufflée par la brise.
— Et Graham ?
Sa gorge était nouée et plus Regina prenait son temps pour lui répondre, plus l'angoisse croissait dans son ventre. Derrière elles, la porte de l'atelier coulissa à nouveau pour s'ouvrir sur une drôle de créature aux vêtements froissés et à la chevelure emmêlée. Elle attendit un mot, un signe d'Emma. Mais ni Emma ni Regina ne se retourna, alors la silhouette déserta. Au lieu de lui apporter une réponse, la brune releva son visage pour plonger ses pupilles sombres et attristées dans celles de la jeune femme à ses côtés. L'échange silencieux qu'elles soutinrent ne fit qu'accentuer l'inquiétude dans laquelle Emma était plongée.
— Qu'est-ce que cela fait d'aimer une femme ? Je veux dire... est-ce vraiment possible ?
— Bien sûr, répondit Emma du bout des lèvres d'un ton peu sûre d'elle.
Elle ne savait pas s'il s'agissait d'une question piège. Aussi, Regina reposa à nouveau son regard sur l'horizon, mutique, et la blonde abaissa la tête, fautive, coupable, comme si le glas s'apprêtait à sonner.
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La Couleur des sentiments
Fanfiction« Elle avait la douceur des couleurs chaudes et le caractère des nuances froides. Une part de lumière sommeillait en elle, d'un simple regard elle pouvait rallumer les étoiles. Les ténèbres qu'elle inspirait n'étaient qu'un bouclier que mes pinceau...
