— Embrassez-moi Mademoiselle Swan.
Les mots n'avaient eu de cesse de tourner dans sa tête comme éprise d'un soudain malaise. Avait-elle bien entendu ou était-ce le sournois jeu de l'une de ses chimères ? Ne prend pas tes désirs pour des réalités, s'était-elle dit malgré la faible distance qui les séparait. Tout la poussait à penser le contraire. Un silence gênant s'insinua entre les deux femmes, comme un moment de latence pendant lequel ni l'une ni l'autre ne savait quoi dire.
— Eh bien, murmura Regina le souffle court, comme impatiente.
Emma s'exécuta sans réfléchir. Non elle n'avait pas rêvé, elle en était bien certaine cette fois-ci. Et lorsque ses lèvres rencontrèrent celles de Regina, tout son monde se mit à tourner plus vite à l'unisson de son cœur battant dans sa poitrine. Douces. Ses lèvres étaient si douces et si chaudes au contact. Comme la tendre sensation d'être à la maison. Dans sa tête et dans son ventre un million d'explosifs qui réveillaient en elle un hydre de papillons s'éparpillant aux quatre coins de son être. Pourtant, trop vite au goût d'Emma, le baiser prit fin par un mouvement de recul de Regina. Les yeux écarquillés et la bouche entrouverte, elle regardait la blonde avec la sensation d'avoir été prise en flagrant délit ; celui d'avoir cédé aux envies tumultueuses qui la remuait chaque soir avant le coucher. Pour se redonner de la prestance, elle se râcla la gorge rappelant Emma à la réalité, encore transcendée. Ayant saisi le basculement de Regina, la blonde se redressa, devenue tout à coup aussi rouge qu'une adolescente lors de son premier baiser. Son cœur cognait encore trop fortement pour qu'elle entende les quelques mots de la brune et n'ose soutenir les deux jades qui la regardaient timidement.
— Pardonnez-moi, je ne sais pas ce qui m'a pris.
Nouveau moment de latence.
— C'est moi, c'est moi qui...
Mais les lèvres de Regina vinrent tuer les derniers mots d'Emma. Cette fois-ci le baiser se fit plus appuyé, plus chaud, plus passionné. Plus assuré et dans un mouvement lent, la main d'Emma vint caler une mèche ébène derrière une délicate oreille ornée d'une boucle en or. Les effluves du maire qu'elle commençait à connaître remontaient dans ses narines jusqu'à la chatouiller de leur parfum fruité. Leurs bouches se cherchaient comme un navire et son phare dans la nuit. Sans lui, la possibilité d'avancer ni de survivre. Puis, Emma rompit le baiser à bout de souffle. Le visage de Regina s'était empourpré, ses joues devenues roses. Elles n'osaient plus se regarder laissant un lourd silence peser dans l'atelier. Dehors, quelques gouttes de pluie tombaient battant le verre de la verrière à rythme régulier.
— Je devrais rentrer, finit par dire Regina en se redressant, réajustant les pans de la nuisette sur ses seins.
Emma n'osa pas répondre et se releva, déboussolée. Elle regagna sa place et se mit à ranger ses affaires tandis que Regina se rhabillait. Une fois que cette dernière eut terminé elle prit son manteau et quitta l'atelier sans demander son reste laissant derrière elle une Emma pantoise. Dehors, elle s'adossa à la portière de sa voiture et i inspira profondément l'air marin. Son ventre serre peinait à se dénouer. L'esprit confus, elle monta derrière le volant et y déposa sa tête un instant avant de démarrer.
**
C'était le grand jour. Celui qui insufflait la provisoire liberté, celui qui transpirait de bonheur dans ses iris lorsque son regard se portait sur son reflet. Dans geste léger, elle réajusta sa coiffure soigneusement peignée et opéra un contrôle de sa tenue. Une touche de maquillage et c'était réglé, comme du papier à musique. Son mari partait à Boston en compagnie du gouverneur Midas afin de se rendre à un congrès organisé par une fondation d'économie que chérissaient les deux hommes. Quel bon vent pour Regina, un demi sourire étincela sur ses lèvres rougeoyantes.
VOUS LISEZ
La Couleur des sentiments
Fanfiction« Elle avait la douceur des couleurs chaudes et le caractère des nuances froides. Une part de lumière sommeillait en elle, d'un simple regard elle pouvait rallumer les étoiles. Les ténèbres qu'elle inspirait n'étaient qu'un bouclier que mes pinceau...
