Chapitre 4

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Les yeux lourds, Isabelle tenta de s'allonger le plus confortablement possible sur le sol en bois. Elle réprima un bâillement et ferma les paupières en serrant ses mains douloureuses. Ses poignets en sang à force de se démener pour se défaire de ses liens. Elle poussa un gémissement de douleur lorsque ses derniers bougèrent, exacerbant sa souffrance.

Après qu'il l'ait attachée, il avait quitté la pièce sans un mot la laissant seule et sans moyens de prévenir. Elle s'était alors débattue avec force durant de longues minutes pour finir par abandonner puis recommencer encore et encore jusqu'à finir en sang et avoir l'impression que ses mains se détachent de son corps. Elle finit par s'endormir, épuisée sans entendre la porte qui s'ouvrait discrètement.

Une personne entra sur la pointe des pieds, prenant soin de bien refermer le battant derrière lui. Son visage était masqué par la capuche de sa tunique noire et ses mains recouvertes de gants de la même couleur. Il avança et surplomba le corps de la jeune femme. Son regard se dirigea vers le scarabée et se figea comme s'il avait aperçu un fantôme. Il s'agenouilla en gardant un œil sur la jeune femme endormie et effleura l'insecte du bout de ses doigts gantés. Il se redressa lentement puis tourna les talons pour sortir précipitamment.

Allongée, Isabelle essaya de se retourner, mais ses mains liées l'en empêchèrent, la faisant gémir. Une ombre se dessina sur elle, la dérangeant dans son sommeil, elle entrouvrit les paupières et tomba nez à nez avec le mafieux qui la fixait avec un regard mécontent. Elle s'assit difficilement et lorsqu'il prit la parole, elle le dévisagea en fronçant ses sourcils.

— Bonjour mademoiselle Nowak, j'espère que vos pulsions meurtrières ont disparu durant la nuit et que vous êtes donc prête à me confier le pourquoi de votre présence sur mon territoire.

— Tout d'abord, détachez-moi et ensuite, je verrai si je consens à m'expliquer, contredit-elle avec humeur sous son expression froide comme la glace.

Un mince sourire étira ses lèvres pulpeuses tandis qu'elle finissait d'énoncer son exigence.

— Je ne pense pas que vous êtes en position de marchander quoique ce soit, mademoiselle, répondit l'homme d'une voix posée en s'emparant du scarabée et l'agitant sous le nez de sa prisonnière. Vous voyez ceci, cela aurait pu être votre salut si je n'avais remarqué votre geste, bien que discret.

Perdant son sang froid, la jeune femme lâcha un crachat remplit de dégoût qui atterrit aux pieds du geôlier. Il n'effectua aucun geste violent mis à part s'approcher avec un détachement effrayant ne laissant présager la suite de son mouvement.

— Crachez votre mépris autant que vous le souhaitez, cela ne vous aidera en rien. Vous êtes attachée et moi libre, murmura-t-il d'une voix à peine perceptible. Alors ne me tentez pas, votre survie est entre les mains.

— Je n'en ai que faire de ma survie comme vous dîtes ! hurla la jeune femme à l'homme qui s'éloignait.

Celui-ci se retourna lentement avant de faire demi-tour et s'accroupir pour se mettre à la hauteur de ses yeux bruns presque noirs. Il glissa sa main sur sa joue pour attraper son menton délicatement et lui relever la tête. Isabelle, surprise par la douceur de sa paume, réprima un hoquet de surprise et soutint son regard gris-vert.

— Je pense au contraire qu'elle vous est précieuse. N'auriez-vous pas un petit frère du nom d'Aleksander par hasard, souffla-t-il faussement désappointé. Non ? Tant pis, je m'en assurerai dans quelques instants.

Il se leva pour revenir sur ses pas, c'est-à-dire jusqu'à la porte et lui adressa un sourire menaçant tandis que son esprit marchait à cent à l'heure. Les émotions se mêlaient à son raisonnement et trompaient son esprit rationnel. Le mafieux avait touché un point sensible et il le savait très bien. Son frère, elle ne l'avait plus revue depuis leur arrivée aux États-Unis, il était parti de son côté et elle du sien et à part les rares lettres qu'ils s'adressaient ils ne correspondaient presque jamais. Mais nonobstant, elle tenait à la seule famille qui lui restait, elle ne pouvait la sacrifier.

Un Soleil brisé Où les histoires vivent. Découvrez maintenant