Chapitre 5

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La respiration difficile, Isabelle manqua de s'étouffer avec sa propre salive. Des silhouettes s'agitaient devant ses yeux et ne cessaient de la palper, l'irritant de plus en plus. Quel manque d'éducation ! Sa vue se stabilisa doucement, lui permettant de voir des individus en blouse blanche autour d'elle. Un visage inquiet apparu dans son champ de vision.

— Mademoiselle ! Vous allez bien ? demanda-t-il d'une voix blanche, comme s'il avait vu un revenant.

Rien ne la traversa, ses émotions s'étaient tues. Elle tenta d'effectuer un sourire qui se voulait rassurant, mais ses lèvres ne tressaillirent. Sous le regard inquiet des médecins, elle souleva son buste avec difficulté et sortit ses jambes de sous la couverture sous les interdictions qui fusèrent. La jeune femme les ignora et repoussa les mains qui cherchaient à la plaquer contre le matelas et prit son élan pour se mettre debout.

— Mademoiselle, veuillez vous rasseoir, cela fait trois semaines que vous êtes alitée, il faut que vous récupériez.

À l'entente de ses paroles, Isabelle vacilla et dû se rattraper à la rambarde du lit pour se stabiliser. Elle était restée endormie autant de temps ? Impossible. Et de quelle manière, s'était-elle, trouvée dans cet hôpital et non attachée à la colonne. Son dernier souvenir était le visage de son geôlier déformé par la rage lui envoyant son poing dans la figure. Isabelle dirigea sa main vers son crâne là où le choc a eu lieu et fut prise d'une douleur aiguë, la poussant à s'asseoir ou plutôt à s'écrouler sur le matelas.

— Comment suis-je arrivée ici ? demanda-t-elle en ouvrant la bouche pour la première fois.

— Vous avez été retrouvée en face de l'hôpital aux environs de six heures du matin, couverte de sang et dévêtue. Vous n'aviez aucuns papiers sur vous et nous nous sommes montrés dans l'incapacité de trouver votre identité, serait-il possible de connaître votre nom ?

Elle fouilla dans sa mémoire à la recherche d'un détail pouvant expliquer les agissements de l'homme. Pourquoi l'avait-il relâché ? Il possédait les moyens nécessaires afin de la soigner. Alors pour quelle raison l'avait-il déposé devant ce bâtiment sans s'occuper de son cas ? Cela lui aurait facilité la tâche. Une disparition sans bavures dont personne ne s'inquièterait, cela était simple. Elle parlait en connaissance de cause.

— Isabelle Nowak.

— Merci beaucoup mademoiselle.

La concernée releva les yeux pour les planter dans le regard fuyant de son médecin. Les cheveux gris-blanc négligés et ses lèvres pincées lui montraient un homme célibataire ne vivant que pour son travail.

— Appelez-moi madame, se contenta-t-elle de lui dire froidement et sèchement avant de le congédier d'un signe de main.

Il se ratatina sur lui-même pour ensuite prendre ses jambes à son cou, refroidit par l'attitude plus que distante de la jeune femme. Celle-ci le regarda fermer la porte derrière lui avec satisfaction. Elle avait réussi à enchaîner ses émotions et à ne pas les laisser prendre le dessus sur sa rationalité. Seulement, comme toute protection, il y avait un point faible.

Son frère qu'elle avait vendu à l'abattoir. Son frère qu'elle aimait. Son frère qu'elle aurait dû protéger.

Un rictus mauvais se dessina sur ses lèvres pulpeuses, déformant son visage délicat qui avait dorénavant l'apparence et l'expression d'un mur, tout aussi dur, froid et impénétrable. Mais cela était l'extérieur, à l'intérieur se trouvait un être brisé qui avait érigé des barrières pour se protéger des autres et de lui-même. Mais elle refusait de l'admettre, de se faire à l'idée qu'elle n'allait pas si bien qu'elle le prétendait. Elle se releva avec cette fois-ci plus de stabilité et se moqua amèrement d'elle-même.

Un Soleil brisé Où les histoires vivent. Découvrez maintenant