11- LUNA

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Lundi 29 septembre

Le week-end est passé à toute vitesse. Le samedi s'est écoulé en même temps que les heures de sommeil que j'essayais de récupérer et d'accorder ce temps à mon corps pour en éliminer l'alcool ingurgité.

Après avoir reçu le message de mon harceleur inconnu, j'ai passé une bonne partie de la soirée à attendre qu'Emily daigne m'appeler, ce qu'elle n'a pas fait.

J'avoue ne pas avoir réfléchi en sortant dans les rues vers minuit avec le taux d'alcoolémie que j'avais dans le sang mais la solitude dans ce genre d'évènement ne faisait pas bon ménage avec moi.

Attendant à l'arrêt de bus, un des garçons qui était aussi à la soirée, se trouvait là aussi. Je crois qu'il s'agissait de l'ami d'Emily, Raph', si mes souvenirs sont bons.

Nous sommes tous les deux montés dans le bus et une fois assise, un homme s'est installé face à moi alors qu'il était de base assis plus loin. Ses yeux me reluquaient et je me sentais des plus mal à l'aise face à son insistance qui me donnait presque la nausée. Ce sentiment d'avoir l'impression de ne devenir qu'un bout de viande, d'être salie d'une manière dont on a jamais voulu l'être avec un seul regard. Un regard déplacé et pervers. Cette sensation de danger où notre cerveau commence à réfléchir à toutes les possibles éventualités qui parasitent notre esprit, à devoir analyser, réfléchir pour notre propre sécurité.

Je détestais ce genre de moment, de situations qui me rendaient vulnérable et me dégradait. A croire que je ne valais rien en tant qu'individu parce que j'étais une femme.

Je m'efforçais d'ignorer l'homme jusqu'à ce qu'il s'installe juste à côté de moi. Les jambes bien écartées, l'une d'elles frôlant la mienne bien que je me colle du côté opposé.

J'avais l'impression que mon cœur allait exploser dans ma poitrine, ma respiration devenant plus pénible, comme si chaque inspiration me coûtait bien plus que la précédente. Trop anxieuse, je sentais mes mains devenir moites et fébriles. L'homme posa sa main sur sa jambe et je savais pertinemment ce qui se passerait ensuite mais j'étais comme pétrifiée par la peur, mes yeux fixant discrètement avec appréhension ses doigts crasseux.

- Hé, Luna? Je t'avais pas vu, qu'est-ce que tu fais ici?

Raph' venait de se planter devant moi, un sourire aux lèvres. L'homme semble se retrancher dans son coin, s'écartant de moi, juste assez pour que je ressente un léger soulagement. Je bégaie et ne lui offre pas de vraie réponse, prise de court par son interaction et du fait qu'il se souvienne de mon prénom.

- Toi aussi t'es partie de la soirée plus tôt? Et Emily n'est pas avec toi?

En même temps qu'il me parle, il me pousse à me lever pour m'attirer à une place un peu plus loin.

- Je... je l'ai perdu au cours de la soirée mais...

Je ne pouvais m'empêcher de regarder vers l'homme, de peur qu'il ne revienne ou qu'il finisse par nous suivre.

- T'inquiète, si il revient je m'occupe de lui, me confie Raph' à voix basse pour me rassurer.

On a continué de discuter, apprenant un peu plus à se connaître et à parler de sujets lambdas comme de vieux débats sur la nourriture qui lui a valu plusieurs rires. Il a tenu à m'accompagner jusqu'à chez moi pour s'assurer que je n'ai pas d'autres problèmes et, trop timide mais surtout rassurée, je l'ai laissé faire. Ce n'est qu'une fois devant la porte de ma maison que je le remercie pour m'avoir sortie de cette situation qui aurait pu rapidement déraper.

- Pas de quoi. J'ai une sœur à qui c'est déjà arrivée et je ne trouve pas ça normal que ça arrive à d'autres filles. En plus t'as l'air d'une fille sympa, ça m'a donné l'occasion d'apprendre à te connaître un peu plus.

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