13- LUNA

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Après mon échange avec Rue, je suis partie à l'extérieur pour y attendre mon bus. Malgré le fait qu'il fasse de plus en plus froid, je préférais y aller plutôt que de rester avec lui après ce que je venais de lui dire.

J'ignore encore ce qu'il m'a pris, moi qui suis d'origine passive, j'ai eu une sorte de poussée de confiance. Ceci dit, je pense que j'avais besoin de lui faire part de mon point de vue, d'éclaircir la situation de mon côté afin de lui faire comprendre ma vision des choses. D'autant plus qu'il m'avait semblé être moins sur la défensive qu'à l'habitude mais ça n'avait pas duré bien longtemps. Peut-être était-ce en partie de ma faute dû à mon comportement mais je n'ai fait que lui rendre la monnaie de sa pièce.

Je pense que Rue a voulu se montrer plus clément à mon égard à cause de ce qu'il a vu ce midi. J'en suis même presque certaine et une part de moi en suis agacée. Je déteste qu'on me prenne en pitié, chose que tout le monde fait depuis la perte de ma mère.

Le fait de repenser à l'événement de ce midi me met mal à l'aise. Je me sens honteuse de m'être laissé marcher dessus de la sorte. Mais qu'est-ce que je pouvais faire? Ils étaient quatre et personne n'avait daigné faire quoi que ce soit.

Une chance que Nalia soit intervenu, me sortant de cette situation. Cet événement m'a rappelé de mauvais souvenirs que j'ai toujours tenté d'oublier. Plus petite, il m'arrivait de me faire embêter de la sorte. Mes soi-disant copines me tournaient souvent le dos sans raison et les garçons de mon école s'en prenaient à moi sans que je ne sache pourquoi. Ça n'a duré que deux ou trois ans alors je ne suis pas à plaindre, d'autant plus que j'ai toujours cru que ça n'était rien de bien grave voir normal. Mais les années se sont écoulées et l'impact de ces évènements ont eu finalement plus d'incidence sur moi que je ne l'avais réalisé. L'exclusion me collait à la peau tout comme la conviction que je le méritais peut-être bien.

Ce sentiment étrange dans mon cœur ne s'atténuera peut-être jamais, puisqu'il est toujours présent à chaque jour qui passe. Ces pensées parasites à chaque regard croisé, chaque rencontre, chaque potentiel ami que je me fais. J'ai fini par l'intégrer, ce rejet. Je ne marche pas avec les autres, n'ayant pas vécu la même chose qu'eux et ne partageant pas non plus la même vision des choses, je suppose.

Et le fait que je n'ai plus qu'un parent depuis deux ans désormais a aussi l'air de déranger certaines personnes.

Mon bus arrive enfin et je m'installe dedans, toujours vers le même endroit. J'aime avoir mes petites habitudes. Accompagnée de ma playlist, j'en profite pour ressortir mon manga et le finir. Je sens le bus démarrer après que tout le monde soit monté et après la troisième fois où je relis la même page, je décide d'abandonner. J'ai l'esprit bien trop ailleurs.

D'une part, parce que le passé semble vouloir me hanter ce soir mais je repense aussi à l'échange avec Rue. Je suis presque énervée contre lui pour se montrer aussi froid mais une part de moi ne peut pas s'empêcher de penser que ça cache forcément quelque chose. Il dégage quelque chose de différent, d'endommager, comme moi. Une part de moi meurt d'envie de savoir pourquoi est-ce qu'il s'évertue à me tenir à distance, si mes soupçons sont infondés ou non.

Le bus arrive plus vite que je ne le pense à mon arrêt et je descends donc, affrontant de nouveau le froid et la nuit qui commence à tomber, rendant tout le quartier sombre et peu rassurant.

Une fois rentrée chez moi au chaud et à l'abri du vent, je quitte mes chaussures et referme la porte avant d'entendre la voix de mon père résonner un peu plus loin. Je fronce les sourcils, étonnée qu'il soit déjà rentré. Il apparaît devant moi et me salue. Je fais de même, légèrement perplexe.

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