- Rue...? Rue, à quoi penses-tu?
Me reconnectant à la réalité, je quitte des yeux le sol et arrête de faire tressaillir nerveusement ma jambe pour croiser le regard de la psychologue rivé sur moi. L'analyse ne cesse jamais dans cette pièce.
- A rien, répondis-je dans un murmure.
Mon regard se balade sur les murs de la pièce, comme pour chercher à trier mes pensées ou à faire taire certaines d'entre elles trop persistantes et parasites.
- Tu es sûr? Tu as arrêté de parler il y a dix minutes après qu'on ait évoqué ta tentative. Je sais que c'est un sujet délicat, mais si tu veux, on peut en parler, explique-t-elle d'un ton délicat.
- Je vous l'ai dit. Je sais ce que j'ai fais et je vais mieux, répliquais-je plus catégorique.
- Tu cherches à convaincre lequel de nous deux?
Je garde le silence. Elle sait que j'essaie de lui faire croire que mon état n'est pas si grave. Ce qui me terrifie est qu'elle m'envoie en hôpital psychiatrique si elle juge mon état trop "critique" ou "dangereux" parce qu'elle en a le pouvoir. Mais je ne peux pas abandonner Max ou même ma mère. Ils ont besoin de moi. Même si il est évident que je ne vais pas mieux, il faut que je passe au-dessus de tout ça, que je réponde présent et que je tienne le coup.
Le coup.
Ces derniers jours, c'est le chaos dans ma tête. Je n'arrête pas de faire des cauchemars au point où je repousse le moment d'aller dormir. Je suis cruellement en manque de sommeil mais je n'arrive pas à comprendre pourquoi tout mon passé ressurgit si soudainement et si violemment. Pourquoi il m'engloutit sans me laisser la chance de reprendre ma respiration alors que j'arrivais à naviguer sans chavirer jusqu'à maintenant?
- Tu m'as dit que tu avais du mal à dormir en ce moment.
- Oui, je fais pas mal de cauchemars.
- Tu peux me les décrire?
Je m'apprête à parler mais c'est comme si ma voix ne voulait pas sortir. Quelque chose bloque et c'est rapidement au-dessus de mes forces. Je sens dans mes veines le poison de la peur se propager en moi jusqu'à en crisper les muscles de ma nuque. Mon regard s'abat sur le sol en signe de capitulation.
- Ça ne fait rien, on reviendra dessus une prochaine fois. Quand tu seras prêt. On va à ton rythme. Comment s'est passé ta première semaine de cours?
- Ça allait. Il y a ma voisine dans ce lycée.
- Tu as sympathisé avec elle?
- Non. Je ne suis pas doué pour ça et je ne pense pas en avoir vraiment envie. Enfin, je ne sais pas.
- Tu ne sais pas? C'est elle qui t'as trouvé si je ne me trompes pas, c'est bien ça?
J'acquiesce en silence. Mes doigts s'amusent à se tordre entre eux, trahissant une certaine nervosité. J'ignore pourquoi d'ailleurs.
- Je pense que si tu es aussi réticent envers elle c'est parce qu'elle t'as vu dans un grand moment de faiblesse. Un moment où tu te montrais authentique et où tu ne te cachais pas derrière quelque chose. Et je pense que ça te bloque parce qu'elle te voit différemment des autres qui t'entourent. Peut-être parce qu'elle te voit tel que tu es réellement et c'est ce qui te rend réticent envers elle, parce que tu te sens mis à nu et vulnérable.
- Elle doit me voir avec pitié en croyant me connaître mais elle ne sait rien de moi.
- Peut-être qu'elle est simplement empathique et qu'elle cherche à te comprendre et te connaître. Vous avez certainement plus de choses en commun que tu ne le pense.
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DAMAGED
RomansaLorsque la noirceur nous entoure trop longtemps, on finit par s'y perdre. La vie est loin d'être facile pour Rue. Ses traumatismes le hantant jour et nuit, il se doit d'aller de l'avant et de faire face à sa nouvelle vie dans une petite ville où il...
