Après un bout de temps allongé sur l'herbe à laisser nos discussions divaguer jusqu'à laisser notre euphorie redescendre, nous sommes retournés à la voiture de Tray afin de mettre fin à la soirée.
Tray voulait à tout prix nous ramener Nalia et moi mais elle a insisté pour qu'on rentre à pied. Il n'y avait pas une grande distance entre l'endroit où nous nous étions posés et son bâtiment. Cinq à sept minutes de marche à tout casser.
On a salué les garçons qui nous ont bien spécifié qu'en cas de problèmes, on ne devrait pas hésiter à les appeler et Tray a tenu à nous donner son numéro de téléphone à toutes les deux.
- Joignable à n'importe quelle heure si besoin, n'hésitez pas ok? avait-il insisté.
Tray était bienveillant et mettait un point d'honneur sur notre sécurité, ce que je respectais profondément. Il avait une gentillesse qu'on ne trouvait plus beaucoup chez les adolescents de notre âge. Il a fini par ramener Rue et Alex alors que Nalia et moi nous éloignons déjà, engagées dans notre chemin du retour.
Les rues étaient vides et il n'y avait que la voix de mon amie qui s'amusait à chantonner qui résonnait dans le quartier dans une telle pénombre. Sa main attachée à la mienne, son bras se balançait d'avant en arrière et elle sautillait joyeusement. On aurait dit une enfant de six ans et je ne pouvais m'empêcher de rire à ses côtés, affectée par sa joie.
Arrivée chez elle, l'appartement était silencieux. Ses parents dormaient et on a dû jouer au roi du silence pour essayer de se faire les plus discrètes possibles, refrénant de nombreux fous rires. Ce n'est qu'une fois enfermées dans sa chambre qu'on s'est remises à respirer normalement étouffant nos gloussements enfantins.
On s'est mises en pyjama et avons partagé son lit, prêtes à dormir. Nalia m'a un peu reparler de son moment de star lors du concert et à quel point ça lui a plu. Elle répétait à quel point elle s'était senti vivante. Je l'écoutais à moitié, luttant pour ne pas m'endormir, à côté d'elle. Mais plus elle parlait, plus ses paroles étaient étouffées, comme si elle n'arrivait plus à articuler, et elle a fini par s'endormir de fatigue. J'ai éteint la petite lumière de chevet avant de me laisser emporter moi aussi par la fatigue.
J'ai dû repartir le lendemain chez moi, comme c'était prévu. On a dormi jusque tard dans la matinée pour se faire un petit déjeuner à midi devant une série qu'elle faisait tourner sur son ordinateur à l'aide des DVD qu'elle disposait. On avait un peu reparler de la soirée de la veille, de mon premier joint et de l'effet que ça m'avait procuré. Nalia m'avait confié en avoir consommé quelques fois en ayant volé un peu de substance à son père quand elle n'était encore qu'au collège. Maintenant que j'y pense, elle évitait toujours de me parler de son père ou même de sa famille tout court. J'ai dû regrouper mes affaires à la va-vite en milieu d'après-midi pour ne pas rater mon bus qui me ramenait chez moi. Pourtant, j'aurais adoré rester à grignoter des raisins avec Nalia.
J'ai enfilé mes chaussures maladroitement. Les converses n'étaient pas les chaussures les plus faciles à enfiler. J'ai fini par partir avec les lacets défaits, les cheveux à moitié ébouriffés, à me trimballer dans la ville avec mon sac sur le dos.
Je suis finalement arrivée jusque chez moi en toute tranquillité jusqu'à ce que je remarque que Rue et son ami Alex à la fenêtre de ce que je devine la chambre de Rue, en train de fumer et de discuter. Je ne voulais pas qu'ils me voient au vu de mon état alors j'ai fait le tour de la maison pour rentrer par la porte arrière.
*
Trois jours s'étaient écoulés. Assise sur mon lit, en train de lire un livre tranquillement alors que la chaîne hi-fi de ma chambre diffusait la musique d'un CD qui appartenait à ma mère, la sonnerie de mon téléphone retentit. L'ayant laissé posé sur mon bureau, je me lève alors et le récupère, pensant qu'il s'agissait peut-être de mon père qui me demandait si tout allait bien ou quelque chose dans le genre.
VOUS LISEZ
DAMAGED
RomansaLorsque la noirceur nous entoure trop longtemps, on finit par s'y perdre. La vie est loin d'être facile pour Rue. Ses traumatismes le hantant jour et nuit, il se doit d'aller de l'avant et de faire face à sa nouvelle vie dans une petite ville où il...
