Saule régla l'allure tranquille de la promenade et se plaça aux côtés de Béryl.
— N'hésitez pas à me prévenir si nous allons trop vite ou si vous êtes fatiguée, dit-il.
Tante Cornaline et Agate chevauchaient derrière eux. Elles chuchotaient à mi-voix, pourtant une partie de leur conversation parvenait aux oreilles de Béryl.
— Cette petite princesse est une véritable tête brûlée, grognait Cornaline. Cela ne me dit rien qui vaille pour la suite.
— Et vous avez entendu sa façon de parler au prince Jaspe ? renchérissait Agate. J'ai trouvé ça choquant.
Béryl haussa les épaules. Si ça pouvait faire comprendre à son frère qu'il était parfois trop envahissant, c'était plutôt une bonne chose.
Saule les conduisit jusqu'à un petit ruisseau dont ils remontèrent le cours glougloutant. Au-dessus de leur tête, les arbres arquaient leurs feuillages désormais largement parés de rouges et de jaunes. La promenade était agréable, il fallait le reconnaître, et Béryl se sentit un élan d'affection pour la douce jument qui la portait si patiemment. La jeune femme fut toute surprise de voir apparaître les écuries au détour d'un bosquet. Elle n'avait pas réalisé que le prince Saule leur avait fait décrire une boucle. Celui-ci mit pied à terre et les membres de la suite l'imitèrent. Il s'approcha d'un palefrenier pour lui confier son cheval, échangeant au passage quelques mots avec lui. Pendant ce temps, Béryl, toujours juchée sur le dos de sa monture, regardait éperdument autour d'elle. Comment allait-elle bien pouvoir descendre ? Le froufrou énergique des jupes de cheval de tante Cornaline la tira de son désespoir. Celle-ci avait refusé de porter des vêtements crépusculaires et préférait transpirer abondamment dans ses habituels carcans de baleines et de tissus épais. Malgré cela, elle était là pour elle.
— Pas de panique, mon enfant, je vais vous sortir de là !
Les jambes tremblantes, Béryl parvint à descendre en s'accrochant à elle, tandis que celle-ci maugréait sur le thème de la galanterie qui se perdait chez les jeunes générations. Lorsque Saule se rendit compte qu'il avait oublié sa fiancée, il était trop tard, celle-ci avait rejoint, tant bien que mal, le plancher des vaches.
Il se confondit en excuses, multipliant les courbettes devant elle pour implorer son pardon. Elle le lui accorda avec une grâce qu'elle était loin de ressentir. Ses jambes tremblaient encore de la peur qu'elle avait eue.
Un bruit de galop leur apprit le retour de Jaspe et d'Acacia pendant que Saule, pour se rattraper, s'enquérait de son confort pendant la promenade. Béryl se surprit à tourner la tête vers le chemin avec impatience.
Acacia chevauchait en avant, la bouche crispée en un pli déplaisant. Sitôt arrivée, elle sauta à bas de sa monture et jeta la bride à Lierre qui s'était précipité. Ses yeux étincelaient de colère.
— Eh bien, ma sœur, quelle humeur ! As-tu perdu la course ? s'étonna Saule.
— Tout le contraire, justement, grogna-t-elle entre ses dents, avant de s'éloigner d'un pas rageur.
Saule fit une grimace catastrophée.
— Je crois que votre frère a commis l'erreur fatale de la laisser gagner.
Jaspe arriva sur ces entrefaites.
— Acacia ! Attendez ! cria-t-il en démontant.
Il voulut se précipiter à sa poursuite, mais Béryl et Saule firent barrage.
— Qu'as-tu donc fait, mon frère ? lui demanda-t-elle sévèrement.
— Rien, trois fois rien ! Ce n'était que de la galanterie ! Le passage était étroit, je n'ai pas voulu aller au contact, je me suis décalé !
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Conte de l'Aube et du Crépuscule
Fantasía"Il était une fois deux royaumes, en guerre depuis des siècles. Deux royaumes que tout opposait sinon les souffrances nées du conflit. Il était une fois un roi et une reine, las de la guerre. Un roi et une reine qui surent mettre de côté la rancœur...