Béryl se laissa aller contre la poitrine de sa tante. L'énergie qui l'avait fait tenir jusque là s'évapora brusquement et elle se mit à pleurer à gros sanglots nerveux.
— Là, là, tout va bien maintenant, lui répéta doucement Cornaline jusqu'à ce qu'elle se calme.
Enfin, Béryl releva la tête et lui sourit. Jamais elle n'avait vu son chignon aussi proche de l'écroulement. La vieille femme saisit son visage entre ses doigts osseux et l'examina sous toutes ses coutures.
— Tu n'es pas blessée, n'est-ce pas ? Dis-moi que tu n'as rien où ta mère va me faire rôtir vivante.
Béryl essuya ses larmes de sa manche, se maculant probablement les joues de poussière dans le mouvement. Elle rit et secoua la tête. Non, seule sa dignité avait été atteinte, et c'était le genre de dommage dont elle se remettrait facilement.
Se sentant sans doute de trop, Acacia avait rejoint les autres au chevet de la garde blessée. Béryl et sa tante vinrent lui prêter main forte. Elles nettoyèrent au mieux ses plaies et les pansèrent avec les lambeaux les plus propres arrachés à leurs djellabas.
— Merci, Votre Altesse, murmura la blessée. Sans vous, j'y serais restée, tout à l'heure dans la grotte...
— Alors vous devez vous accrocher, pour ne pas y rester du tout ! répondit Acacia en lui serrant la main avec force. Un demi-sauvetage ne compte pas !
La garde qui avait accompagné Agate grimaçait en décollant les lambeaux de sa manche plaqués contre son bras ensanglanté.
— Et les autres ? l'interrogea Acacia.
La garde secoua amèrement la tête.
— Mortes... et le guide s'est enfui, ce serpent perfide.
Les lèvres d'Acacia tremblèrent. Ses poings se crispèrent sur ses genoux.
— Qu'allons-nous faire maintenant ? demanda Agate. J'ai rassemblé tout ce qui me paraissait utile, mais c'est bien maigre.
Elle déposa sur les rochers plusieurs outres et un sac qu'elle portait en bandoulière.
Béryl s'assit par terre et but une petite gorgée d'eau pour faire disparaître le goût de la poussière qui lui empesait la bouche. Sans un mot, Agate s'installa tout contre elle.
— L'une d'entre vous est-elle capable de retrouver le site des ruines où se trouve le groupe ? demanda tante Cornaline.
— À peu près dans cette direction, répondit l'une des gardes en étendant le bras vers l'est. Mais se lancer ainsi dans le désert avec le peu d'eau qu'il nous reste me paraît une entreprise bien hasardeuse. Et puis Gypse n'est pas transportable.
— Une seule d'entre nous pourrait peut-être s'y risquer pour aller chercher du secours, proposa Cornaline. Cependant, j'ai peur qu'un orage se prépare. Avez-vous vu la couleur du ciel ?
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Conte de l'Aube et du Crépuscule
Fantasía"Il était une fois deux royaumes, en guerre depuis des siècles. Deux royaumes que tout opposait sinon les souffrances nées du conflit. Il était une fois un roi et une reine, las de la guerre. Un roi et une reine qui surent mettre de côté la rancœur...