53. Au bord du vide

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Yuna

Mes larmes coulent en silence sur ma joue sans savoir vraiment pourquoi, juste une accumulation.

J'erre dans les rues de Denver depuis des heures, la nuit tombe et je n'ai pas remis les pieds chez moi depuis mon passage au cimetière ce matin je n'avais pas envie de me retrouver dans ce tout petit espace qui est remplies de souvenirs et qui m'étouffe et je n'ai nulle part où aller. Sans même m'en rendre compte, je me retrouve devant ce pont, figée.

La pluie tombe doucement d'abord, comme une caresse, puis elle s'intensifie, lourde et froide. Les gouttes s'écrasent sur ma peau, brouillant mes pensées comme elles brouillent ma vision. Je lève la tête vers le ciel sombre, laissant l'eau se mêler à mes larmes.

Je ferme les yeux un instant, espérant que tout s'arrête. Mais à chaque battement de mes paupières, c'est lui que je vois. Angel. Ses cheveux noirs glissant sur son front, son sourire qui m'avait envoûtée, ses lèvres rose et fine, ses yeux marron foncés dans lesquels je suis tombé éperdument amoureuse, ce regard quand il me fixait en souriant qui me tuée à petit feu.. . Tout est si précis, si vif, comme s'il était là, à côté de moi, à cet instant.

Je rouvre les yeux et le vide s'étend devant moi. Ce pont semble sans fin, mais je continue à avancer, lentement, presque comme dans un rêve. Le bruit de la pluie contre le métal résonne dans mes oreilles, étouffant mes pensées, mais il est toujours là, dans chaque recoin de mon esprit.

J'avance lentement, presque en transe. Un coup d'œil derrière moi me rappelle ce jour où il m'avait suivie jusqu'ici. Je ne connaissais même pas encore son prénom. Ce moment semble à la fois si proche et si lointain.

Je m'arrête au bord du pont et je me penche pour regarder l'eau noire qui s'agite en contrebas. Elle m'appelle, silencieusement, comme si elle pouvait m'offrir une solution, une échappatoire. Je reste là, immobile, à fixer le vide, le cœur lourd. Je ne pense à rien, et en même temps, à tout. Angel, ses promesses, ses trahisons, mes espoirs envolés. Tout me traverse, comme un ouragan.

Un frisson me parcourt le corps, mais ce n'est pas le froid. C'est une hésitation, un appel du vide. Juste un pas de plus et tout serait terminé. Plus de douleur, plus de souvenirs qui me consument. Tout serait si facile.

Je serre la rambarde du pont de toutes mes forces, mes mains glissent sur le métal trempé, mais je m'y accroche comme si ma vie en dépendait. La pluie redouble d'intensité, me fouette le visage, et mes larmes se confondent avec les gouttes d'eau. Je ferme les yeux à nouveau, espérant que, cette fois, le visage d'Angel disparaisse. Mais il est toujours là, ses lèvres murmurant des mots qui résonnent encore dans mon cœur. Des mots qui me tuaient à petit feu tellement j'y croyais.

Je fais un pas en avant. Mon cœur bat plus fort, plus vite. La colère me brûle, elle prend le dessus, m'enserre la gorge. Comment ai-je pu croire en lui, en nous ? Comment ai-je pu penser qu'il m'aimait ?

Je recule brusquement, le souffle coupé. Je ne veux pas tomber, je ne veux pas lui donner cette victoire. Mais l'envie de lâcher prise, de cesser de lutter, me hante. Je me penche encore une fois, et l'eau semble m'appeler. La peur de tomber se mélange à l'envie de tout arrêter. Je vacille, entre l'appel du vide et l'horreur de céder.

Puis, un instant de silence. Même la pluie semble se calmer, comme si elle attendait ma décision.

Je me redresse lentement. La douleur en moi est si forte qu'elle devient presque physique, mais je ne peux pas. Pas encore. Mes jambes tremblent, mes pensées se bousculent, mais je me calme et je m'assois au bord du pont, les jambes dans le vide. Je regarde l'eau en contrebas, je ne pense plus à rien. Peut-être ai-je été trop confiante. Comment ai-je pu croire qu'un mec comme lui pouvait changer et être fidèle du jour au lendemain.. surtout si cette fille c'est moi.

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