To: Victoire - Lettre foireuse.

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Allons-nous faire semblant jusqu'à ce qu'on se lasse et qu'on décide de s'oublier ? Est-ce qu'on va réellement ne plus jamais se voir dans cette ville grise et pluvieuse, ou allons-nous attendre que le hasard nous réunisse ? Peut-être qu'on ne s'est pas tout dit, peut-être qu'on ne voyait pas assez loin toi et moi, parce que peut-être qu'on avait tous les deux peur, et puis peut-être qu'on se demande trop de choses avec nos « peut-être ». J'ai les yeux grands ouverts la nuit, je pense à tout ce que ce monde vit, à hier et nos marches sous la lune et puis passe minuit et je me dis que tout ça ne sont plus que des images dans ma mémoire, mon gars, arrête de penser à elle. Arrives-tu à dormir avec tout ce qui se passe dehors ? Les balles qui tombent, les familles qui s'effondrent, j'ai appris que ce soir-là, un de mes potes a perdu son frangin. Je voudrais parler de tout ça avec toi, comme avant, parce que je sais que personne ne t'a demandé ce que tu pensais, et je sais que t'as des milliers choses à dire, à défendre, je voudrais marcher et entendre ta voix. Est-ce qu'on va continuer de se surveiller de loin, de prendre notre fierté comme bouclier, alors qu'on a juste à ouvrir nos bras pour qu'on se serre l'un contre l'autre ? Appelle-moi. Appelle-moi et revoyons-nous. Passons la nuit ensemble, parlons, parlons, et parlons. Je t'écris cette medre parce que sans toi, c'est dur. Appelle-moi, s'il te plaît. Et excuse-moi pour cette lettre foireuse, j'ai jamais été bon écrivain.  

Je t'embrasse jusqu'aux étoiles, Yiannis.  

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