Le sang rouge vieillit

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Mon père dans la maladie, il se bat. Quand la fatigue te prend et te renverse comme un verre qui éclate au sol. Dans la nuit quand j'entends les voitures presque rouler près de moi, j'ai peur. Je panique pour un tout, pour un rien. L'avenir est flou et plisser les yeux fait couler les larmes, sature mon crâne. Mais il faut le dire à personne. Les malheurs sont des secrets qu'on doit garder et de toutes manière, personne ne tente de les savoir. Peut être que je suis comme lui. Au fond de son lit, son bras relié à des fils, il sourit et ses cernes se multiplient. C'est difficile, tu sais, de voir la solitude et les de mauvais maux dans ses yeux, j'ai l'impression parfois, de me regarder dans un miroir. Ça me fait froid dans le dos, quand dans des lignes on se dit qu'on s'aime, il n'y a rien de plus fort, même pas la tristesse de la maladie. Et puis on va le voir avec des cadeaux et l'amour dans nos yeux, au fond de notre cœur et dans nos gestes, nos baisers, il rit et me dit que j'ai l'air fatiguée. Alors que les autres, les traîtres, les faux alliés, dans leur petit bonheur formant un nuage d'égocentrisme, aucun d'eux n'arrivent à tenir mon regard et avaler le poids de haine mélangé à la peine qui règne aussi dans ma mâchoire serrées et dans ma peau fine, translucide. Personne n'est là quand les vices te retournent le bide et que tes spasmes mouillent tes joues, tes draps, ralentit ton cœur lourd. Alors il faut savoir avancer seul pour toquer à cette foutue porte et embrasser son père, comme hier, comme avant-hier. Sans pleurer, les yeux qui piquent, la gorge qui se noue, mais sans jamais verser une larme. Et surtout ne pas s'inquiéter. Il faut regarder dehors, lever les yeux et apprécier la nature, les traits de dessins un peu bancales et les mots qui te prennent au cœur. Regarder l'heure qui passe, puis sentir le vide autour de moi, ils sont tous partis. Eux ne connaissent rien du malheur qui bloque tes articulations et qui te fait chialer dans les toilettes publiques. Alors ils vont me quitter et je m'en fiche. J'ai une partie de mon cœur allongé dans un lit d'hôpital, qui essaie vainement de garder les yeux ouverts. J'entends son cœur battre au rythme du mien et dans la nuit, à travers la lumière que laisse entrevoir ces vieux volets blancs, je le revois conduire la voiture et nous ramener à la maison.
Je pense juste qu'on ne profite pas assez et j'écris ceci, les yeux secs ne voulant même plus pleurer.
Alors profitez, aimez vous, faite pas les cons et choisissez d'être heureux et quand vous regardez le ciel, souriez lui.
Et arrêtez de penser qu'à votre gueule putain.

Stone cold (2017)Des histoires addictives. Découvrez maintenant