Gros ballon volant

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L'humain est beau quand dans la nuit il titube entre les ruelles étroites et les réverbères jaunâtres.

Tout en haut de ma montgolfière j'aperçois encore, vos visages étincelants parmi les pâles points blancs qui nous servent d'étoiles et j'avoue des fois avoir pleuré de votre absence. Quand je vois ses cheveux dorés voler et danser avec le vent, ça me rappelle tout à coup, ça me rentre dans les veines puissamment, et ça circule jusque dans mon pouls qui peut battre à la vitesse de la lumière. Je revois mes copains d'avant avec qui je riais aux éclats. Des fois on se tapait pour se dire qu'on s'aimait, et quand je pleurais seule longtemps après minuit, eux me faisaient encore plus pleurer.

Parce que l'absence peut anéantir mes douces nuits. Vos places sur ce banc de pierres brunes sont froides. Ma main caresse délicatement et le soleil tape trop brutalement sur mon crâne qui a déjà mal de ces longues heures ternes où broyer du noir est devenu bizarrement significatif pour moi, pour nous tous.

Pourtant du haut de mon gros ballon je vous vois. Et je souris et je pleure. Il y a tant de points blancs, presque autant que l'on est à marcher dans les rues jaunies, à s'assoir sur un banc.

Ça me fait peur de me dire que vous n'êtes plus que poussière. Aucune statue à votre nom. Aucun article dans le journal. Et moi j'écris pour vous faire sortir de ma tête cabossée. Mon âme est rude, mon âme est pleine. Elle attend impatiemment le jour où elle retrouvera sa sœur. Elle est triste elle aussi, vous savez.

Et j'ai touché le ciel du bout de mes doigts maladroits. Il était doux et violent, sage et méprisant. J'ai tout de suite regardé vos visages s'escompter, alors mes lèvres vous ont envoyé mille baisers.

Aucun adieu, aucune dernière parole. Juste le bruit d'un sanglot ravalé. Et j'ai entendu vos rires loin derrière mon ballon, pis je suis redescendue. Et enfin j'ai pu fermer les yeux. Les joues mouillées, le pouls complètement bourré.

J'aime les gens qui titubent dans les rues la nuit et qui crient au bonheur de rester un peu plus longtemps dans leurs artères de souillés. 

Stone cold (2017)Des histoires addictives. Découvrez maintenant