Chapitre 85

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La journée était froide et humide. De gros nuages opaques empêchaient la lumière du soleil d'atteindre facilement le sol. L'atmosphère était lourde de tristesse, et de colère. Habillés tous en noirs, nous étions rassemblés dans une clairière non loin du palais de Zou, devant un prêtre qui récitait des messes, devant les nombreuses pierres tombales et la terre fraîchement retournée. Deux jours s'étaient écoulés depuis le terrible combat contre Kaido. Le nombre de victimes était grand; 87 morts, 104 blessés majeurs et 207 blessés mineurs.

Law resserra ses doigts sur les miens, le dos bien droit, fixant le prêtre d'un air absent. Je baissai les yeux sur nos deux mains, puis je les déviai sur celle qui était blessée. Il me l'avait soignée ce matin, replaçant les os à leur place, soignant ma peau abîmée et mes muscles déchirés. Il me l'a ensuite bandée pour ne plus qu'elle bouge. Tout ça dans un grand silence. J'observai ses traits tirés par la fatigue. J'avais l'impression qu'il était sur le point de craquer, mais qu'il se retenait.

Je détournai mon attention et étudiai tristement les autres personnes autour de moi. Nous étions tous fatigués d'une manière ou d'une autre. Kid se tenait sur ma droite, la tête bandée baissée. Il avait également l'épaule droite amputée ainsi que son torse, les deux bandés aussi. Killer, mal en point, était sur sa droite. Je jetai ensuite un regard vers l'arrière, aperçu, des visages sombres; Doflamingo et Vergo, Inuarashi et Nekomamushi, Wanda, Penguin, Bepo et Shachi...

Je reportai mon attention sur le prêtre qui avait commencé à dicter les noms des victimes décédées. Mon coeur se serra douloureusement. Il y en avait tant... Lorsqu'il prononça le nom de Ken, des larmes me vinrent aux yeux. Pas encore... Je fermai les paupières en soufflant un bon coup pour me calmer. J'avais mal à la tête et aux yeux à force de pleurer. Une goutte froide tomba alors sur mon nez, me faisant sursauter et lever les yeux vers le ciel. Il commença à pleuvoir doucement. Je sentis ma gorge se nouer.

Même le ciel pleurait.

- Maintenant, faisons une minute de silence pour nos compagnons morts au combat, termina doucement le mink en fermant les yeux.

Je serrai fortement la main à Law, retenant de mon mieux les larmes. Je pouvais entendre des sanglots étouffés, des reniflements, tout autour de moi. Au moins, nous avions réussi à sauver près de mille personnes, incluant les minks, nos pirates et le peuple de Wano. Shanks n'avait toujours pas montré signe de vie, mais je ne m'en inquiétais pas. Il était fort.

Après ce moment de silence, nous pûmes aller porter nos fleurs. Law m'embrassa sur la tête avant de tourner les talons, retournant au palais. Les deux seigneurs avaient invités nos équipages à y rester jusqu'à ce qu'on reparte.

Je m'avançai vers la tombe à Ken, observai son nom gravé dessus et la représentation d'un papillon, et déposai une rose bleue.

- Veilles sur nous, Ken... murmurai-je avec un faible sourire.

J'embrassai mes doigts libres et les portais sur la pierre froide avant de me relever. Je restai un moment là, avant de tourner les talons pour laisser la place aux autres. J'allai à celle de Monet. Doflamingo y était agenouillé, une main explorant la pierre. Un oiseau la représentait. Je ne savais pas où se trouvait Vergo. Ce dernier, en apprenant le décès de la jeune femme, ne nous croyait pas. Il avait même piqué une crise, avant de s'effondrer et d'éclater en sanglot. C'était là que j'ai pu répondre à mes questionnements du jour de l'An; oui, ils étaient un couple tous les deux. Je n'avais pas pu m'empêcher de pleurer silencieusement à cette scène. Je me plaçai aux côtés du grand blond, déposant une rose blanche.

- Je ne peux même pas voir son nom sur cette pierre, fit-il d'une faible voix. Ma meilleure amie...

Je l'observai tristement. Il avait la mâchoire serrée et des larmes roulaient silencieusement sur ses joues creuses. Je posai une main sur son épaule, compatissante. Il avait repri un peu d'énergie et de la couleur, ayant dormi une journée entière. Hier soir, lorsqu'il s'était réveillé, il avait été démoli en apprenant la mort de Monet. Je serrai son épaule avant de me détourner, incapable de dire quoique ce soit pour le réconforter. Désolée fut la seule chose qui réussit à passer mes lèvres pincées.

Another Chance [FINI]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant