24 septembre 2016
Je ne veux pas mourir. J'ai 32 ans et mon heure n'est pas encore venue. Jusqu'à maintenant j'avais perçu mon existence à travers un prisme qui me donnait cette illusion d'invulnérabilité et la mort était, pour moi, un concept abstrait. La vie, un simple droit, comme un autre.
En réalité cette myopie nous mène a la folie.
Folie de passer à côté de ceux qui nous sont chers, parents, frères et sœurs.
Folie de bâtir une existence comme une coquille vide de sens, que seul les biens matériels semblent pouvoir remplir.
- Mais comment ai-je pu m'enfermer dans ce brouillard ?
Claire m'écoutait, allongée dans l'un des fauteuils du salon sirotant un café, me fixant de son regard bleu acier.
Il était 08h30.
J'avais dormi quelques heures depuis mon retour, et fait le deuil, malgré moi, de ces soirées dont on ne souvient plus au petit matin. J'espérais que ce soit provisoire, le temps de passer cette drôle d'épreuve. Drôle n'était sans doute l'adjectif le plus approprié. J'avais le sentiment qu'on voulait me faire payer mes excès et turpitudes passés. Et je dois reconnaitre que l'absence d'empathie m'étaient souvent reprochés par mes collaborateurs.
J'appelai mon bureau pour leur annoncer que j'étais malade. Presque mort j'aurais dû ajouter !
Je devais réfléchir et me préparer au lendemain, à cette journée du 25 septembre où mon destin allait, soit disant, me rattraper. Apparement quelqu'un cherchait à me protéger. Je n'osais même pas prononcer intérieurement son nom. Étais-ce mon père ? Avait-il agit de la sorte avec ma mère ? Tout cela me donnait le vertige. Moi qui baignait dans un univers tellement matérialiste.
Le regard perdu dans les abîmes de la tapisserie accrochée au mur ne laissa pas indifférent Claire, qui se leva brusquement, m'arrachant à mes pensées.
- Jonathan, tu as besoin d'un bon café et d'une douche chaude pour te requinquer. Nous prépareront ensuite notre plan de bataille. Demain 25 septembre sera sans doute la journée la plus longue et éprouvante de ta vie. Si ça n'est pas le cas cela veut dire que nous aurons échoué.
Depuis le début, je trouvais admirable l'implication de Claire dans cette affaire. J'étais également troublé. Certes il s'agissait de sauver une vie, la mienne en l'occurrence, mais nous nous connaissions depuis tellement peu de temps que j'avais du mal, me mettant à sa place, à trouver l'origine de sa motivation. Oui mais voilà je n'étais pas à sa place. Je balayai en un instant ces pensées. Douche d'abord et café ensuite, c'était la priorité.
L'eau chaude de la douche ruisselait sur mon visage. Les yeux fermés je savourai ce moment délicieux où cette sensation de propreté physique semble jusqu'à purifier votre âme. L'eau détient ce pouvoir magique de vous recoller tout en un seul bloc, un peu comme le film visionné à l'envers d'un rocher que l'on briserait et qui se reconstituerait comme par miracle.
Tout en me lavant, je voyais encore le visage de ma mère tentant de comprendre ce qui lui était arrivé après l'explosion. Voulant attraper le shampooing posé sur l'évier, je heurtai par mégarde le sèche cheveux posé à proximité. Celui ci s'écrasa lourdement sur le carrelage, arrachant brutalement son cordon électrique de la prise. L'appareil tomba à quelques centimètre du bac à douche rempli d'eau.
Merde ! Mais quel abruti je suis !
La salle de bain fut soudainement plongée dans le noir.
Couvert de savon, je ne connaissais que trop bien le destin d'un chanteur célèbre, mouillé, dans une salle de bain et des équipements électriques à côté.
- CLAIRE ! Hurlai-je, aide moi s'il te plaît !
Malgré l'incongruité de la situation je n'eus guère le choix.
Pas de réponse.
Une deuxième fois, pareil.
Je devais me débrouiller seul.
Une fois rincé et séché dans l'obscurité totale, je parvins, en tâtonnant, à atteindre l'interrupteur de la salle de bain.
Rien à faire, pas de lumière.
Silence absolu dans l'appartement.
Une inquiétude sourde commença à m'envahir au fil des secondes qui s'écoulaient. J'ouvris doucement la porte de la salle de bain pour m'engager à taton dans le couloir et arriver jusqu'au compteur électrique de l'entrée. L'interrupteur principal était baissé. Il me suffit alors d'un geste pour remettre le courant.
Ou était Claire ?
Comment la chute d'un sèche cheveux peut-il faire disjoncter toute une installation, quasi neuve de surcroît. Et d'ailleurs qui avait mis ce sèche cheveux à cet endroit, branché.
Stop ! Tous ces événements me rendaient complètement parano. Mais j'avais faillit y rester. C'était un fait incontestable.
Nous étions le 24 et non le 25. J'avais en principe quelques heures devant moi avant d'être traqué par la faucheuse. Je ne comprenais plus. Et si claire s'était trompé ?
Le 24 était-il vraiment le jour J ?
J'entendit alors une clé dans la serrure.
Mon rythme cardiaque s'accéléra d'un coup.
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Bleu acier
ActionJonathan Bertin a 32 ans. Jeune salarié dans une start-up il a tout pour réussir. L'argent, les filles, les motos, il profite de la vie. Jusqu'à ce qu'on lui apprenne que dans 3 jours, il mourra. Le chrono est déclenché, il a 3 jours pour changer so...
