- Coucou papa !
- Oh le coquin, je vais t'attraper !
- Tu m'attrapera pas, tu m'attrapera pas !
- Oh que si tu va voir...
- Tu m'a eu !!
- Pour la peine tu auras un gros câlin.
- Oh mon papa chéri, je vais te faire un gros bisous !
- Qu'est ce qui se passe mon cœur, tu es tout pâle.
- J'ai très mal à la tête papa.
- C'est normal, tu as été drogué.
- C'est quoi drogué ?
- Quelqu'un t'a injecté du poison dans le sang.
- Et c'est grave ?
- Dans ton cas tu vas juste te réveiller avec un gros mal de tête.
- Papa, je te vois trouble.
- A bientôt mon chéri.
- Ne me laisse pas, je t'en supplie, j'ai peur !
- Ne crains rien je suis avec toi.
- Papa, papa !!
La nuit noire m'entoure, m'enveloppe et me pénètre. Je grelotte. J'entend de la musique classique.
- Et oh, on se réveille !
Cette voix m'est familière.
- Jonathan, regarde moi !
Le noir se déchire progressivement, une lumière blanche me brule la rétine. Peu à peu j'arrive à discerner les contours d'une ombre. Claire est à quelques centimètres de mon visage et me fixe de son regard bleu acier en me souriant. Je n'arrive pas à bouger un orteil. Je suis là, assis, mes bras et mes jambes sont attachés. Elle est habillée avec sa robe blanche.
- Bien dormi ?
J'arrive à peine à entre ouvrir les paupières mais j'ai encore un peu de force pour parcourir du regard et découvrir une vaste pièce lumineuse et finement décorée. Un grand lustre tombe sur une table rectangulaire dressée avec soin, avec de la vaisselle fine et de l'argenterie à profusion. Deux chandeliers sont allumés, leurs flammes vacillantes prête à s'éteindre au moindre souffle d'air. Tout est décoré avec beaucoup de goût. Pour parachever le tout, une grande bibliothèque s'élève le long du mur, avec des livres anciens. Cette ambiance me plonge dans un décor de film, à un détail près, ma tenue vestimentaire n'est pas celle d'un riche châtelain s'apprêtant à dîner aux chandelles avec sa dulcinée. Stupéfait, mon cœur s'arrêta presque de battre.
Je suis habillé comme un patient sur le point d'entrer en bloc opératoire.
La bouche encore sèche, j'arrive à peine à articuler un mot.
- Claire, qu'est ce que c'est que cette mascarade ?
- Ne panique pas Jonathan, tu es juste en train de vivre un cauchemar. Sauf que là tu ne te réveillera pas !
Claire ne put s'empêcher de rire aux éclats.
Je réalise, en une seconde, que j'ai en face de moi une vraie folle, une malade mentale, cette femme avec qui j'ai passé ces derniers mois, charmante, souriante, toute entière dévouée à ma cause.
- Depuis combien de temps suis-je ici ?
- Tu as passé deux jours dans un épais brouillard, la dose de calmant était sans doute trop élevée, j'en parlerai à mes amis et anciens collègues hospitaliers, je dois encore ajuster ce point, pour la prochaine fois.
Jonathan se fixa sur les derniers mots. La prochaine fois. Claire était une tueuse en série.
- J'ai quelques anciennes relations, et c'est d'ailleurs eux qui t'ont amené en ambulance, tout gyrophare allumé, jusque ici. J'avoue qu'ils n'étaient pas chaud à l'idée d'ameuter tout le quartier, mais moi ça me plaisait, et ils savent parfaitement que l'on ne doit pas me contrarier.
Elle avait prononcé cette dernière phrase sur un ton glacial.
Tremblant sous l'émotion j'ajoutai.
- Pour.. pourquoi cet accoutrement ?
- Ah ça, c'est une surprise, et si je te le dit ça n'est plus une surprise. Je te laisse imaginer, c'est bien plus drôle.
Je sentis la panique m'envahir progressivement, j'étais fait comme un rat, sans échappatoire. Je devais garder mon calme et mon sang froid, mais comment rester lucide dans ces conditions ? j'étais habitué à la pression, au stress, mais là ça dépassait toutes les limites du raisonnable. Gagner du temps, je devais reculer l'échéance qui m'attendait. Trouver la faille chez elle, le point de pression qui l'a fasse douter et renoncer. Elle avait forcément un point faible.
- Pourquoi m'a tu choisi comme proie ? Car c'est bien à un prédateur que tu me fais penser. Un prédateur traquant sa proie.
- Toute de suite les grands mots. Prédateur, proie, tu n'y est pas du tout Jonathan. Tu devrais plutôt réfléchir, toi, à ce que tu as fait pour être ici devant moi dans cette fâcheuse posture. Après tout, tu n'a ce que tu mérites.
- Je ne comprend pas, tu me traite comme si j'étais un criminel.
- Mais tu es un criminel Jonathan, faut il-te le rappeler ? cela fait plusieurs années que tu persécutes tes collaborateurs.
- Persécuter ? tu plaisantes ?
La réaction de Claire fut instantanée, elle m'assena une gifle.
- N'emploie jamais ce ton avec moi, tu entends ?
Je ne pouvais plus articuler un mot.
Une seconde gifle, encore plus violente que la première. Je ne savais plus où j'étais.
- Tu es un moins que rien Jonathan, tu a persécuté et humilié pleins d'innocentes personnes. Dois-je te rappeler ce qui est arrivé à l'une d'entres elles ?
Cette dernière phrase, me fit l'effet d'une bombe. Je savais, bien sur, de quoi elle parlait. Un drame. L'un de mes collaborateurs s'était donné la mort, victime d'un Burn Out, en se jetant du balcon de son appartement. Une enquête avait été menée en interne pour en déterminer les causes exactes, son entourage m'accusant de harcèlement et de maltraitance. J'avais écopé d'une mise à pieds de deux semaines, sentence jugée à l'époque extrêmement clémente pour ce genre de fait. Avec le recul, je pouvais comprendre la frustration de la famille. J'étais jugé par mes pairs comme quelqu'un de très exigeant envers mes collaborateurs, et j'obtenais d'excellents résultats. En clair je ramenais de l'argent, et seul ce paramètre comptait pour la direction de l'entreprise. J'abusais de ma position dominante, c'est vrai, cet épisode en fut le paroxysme. Il m'avait fallut plusieurs mois pour me remettre de ce drame, et depuis j'ai essayé de ne pas franchir la ligne jaune, mais en m'en approchant souvent de très près. Et maintenant je suis là, assis et attaché, sous le joug d'une psychopathe auto proclamée juge de paix. Mon destin sur cette terre me rattrapait-il ? Faillait-il y voir le doigt de Dieux me jugeant coupable pour ce crime dont la sentence devait être à la hauteur de ce que j'avais commis ? Une chose était sûr, j'étais très mal barré face à cette folle allier.
- J'en déduis qu'on ne s'est pas rencontré par hasard sur le parking.
- Effectivement, j'ai mené ma petite enquête avant de t'aborder.
- Mais toutes ces choses sur ta prétendue médiumnité, c'était du bidon ? Que viens faire ma mère la dedans ? et mon père ? et toi ? d'ou sort tu ?
- Je répondrais à toutes tes questions, je te dois bien ça, mais tout d'abord nous allons déguster ensemble ton dernier repas. Le repas du condamné. Je pense que c'est celui qu'on apprécie le plus ! Ajouta t'elle en riant aux éclats.
Son rire me donnait la nausée.
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Bleu acier
ActionJonathan Bertin a 32 ans. Jeune salarié dans une start-up il a tout pour réussir. L'argent, les filles, les motos, il profite de la vie. Jusqu'à ce qu'on lui apprenne que dans 3 jours, il mourra. Le chrono est déclenché, il a 3 jours pour changer so...
