L'automne était déjà bien installé en cette fin octobre. Les feuilles commençaient à joncher le sol, laissant les arbres afficher leur nudité devant les passants, nombreux en ce jour d'Hallowen.
Il était 10h du matin, le commissariat de police affichait complet. Igor et Franck n'avaient pas le choix, ils ne pouvaient agir seul sans l'aide des forces de l'ordre.L'atmosphère était bruyante. Les deux médecins étaient assis depuis maintenant presque une heure. Les yeux perdus dans le vague, chacun se demandait comment allait se dérouler l'entretien. Franck, comme à son habitude, avait essayé de décrisper Igor avec deux ou trois traits d'humours potaches, mais sans succès. Igor réfléchissait. Claire avait séquestré ce jeune homme, ça ne faisait aucun doute pour lui. Il se demandait dans quel endroit elle avait pu l'emmener.
La veille, il avait contacté le Pr Chauvin, chef de service de Psychiatrie. Ce dernier ne comprenait pas l'inquiétude d'Igor. Depuis maintenant cinq mois qu'elle était dehors, claire se rendait tous les deux jours à des séances de consultation conformément à son programme de réinsertion, et elle n'avait manqué aucun des rendez-vous. Dans les faits, son comportement était exemplaire. Elle manifestait l'envie de se réinsérer. Elle travaillait et touchait un salaire, donc rien à signaler selon ses propres mots. Quant à ce jeune homme, Jonathan, qu'est ce qui prouvait qu'il avait été enlevé après tout ?
En se remémorant cette discussion, Igor se demandait sérieusement s'il n'affabulait pas. Effectivement rien ne prouvait à ce stade qu'il y ait eu enlèvement.
Il entendit une voix lointaine.
- Mr Stonozov ?
- Igor on y va ! l'inspecteur nous attend !
- Excusez moi, j'étais dans mes pensées.
- Bonjour messieurs, inspecteur Gauthier, veuillez me suivre dans mon bureau.
Les trois hommes se frayèrent un passage au travers de la foule amassée dans le couloir et montèrent deux étages. L'inspecteur ouvrit une porte située dans une zone plus calme. La pièce était lumineuse, un bureau en acajou rouge trônait en plein milieu. Les fenêtres donnaient sur une cours intérieure où étaient garées les fourgonnettes du commissariat.
L'inspecteur fit assoir les deux hommes, lui, restant debout en train de bourrer sa pipe, sans l'allumer. Le personnage était plutôt original, vêtu d'un pantalon à gros carreau et d'une veste en velours marron, il portait des lunettes carrées à grosse monture noire. Posément, il prit place face aux deux médecins, s'appuya sur le dossier de sa chaise, les bras croisés.
- Messieurs, si vous avez patienté une heure et demie c'est que vous avez des choses intéressantes à me dire, donc je vous écoute.
Igor lui fit le récit détaillé de l'ensemble des événements, entrecoupé de quelques compléments de la part de Franck. L'inspecteur écoutait attentivement, son silence était ponctué par quelques hochements de tête de temps à autre.
Une fois terminé, un silence s'installa entre les trois hommes. L'inspecteur réfléchissait. Il se leva et se dirigea vers la fenêtre, tournant le dos à Igor et Franck, tous deux dans l'expectative.
Franck rompit le silence en premier, très incisif, au grand étonnement d'Igor, peu habitué.
- Devons nous attendre un drame avant de réagir ?
L'inspecteur se retourna promptement.
- Non, mais nous avons besoin de faits solides, pas d'affabulations.
La remarque était acide.
- Avez vous contacté votre ancien service ?
- Oui, j'ai pu échanger avec mes anciens collègues répondit Igor.
- Et ?
Il ne pouvait mentir sur ce que lui avait dit, la veille, le Pr chauvin.
- Et bien, Claire Neville suit à la lettre son programme de réinsertion.
- Vous voyez.
- D'accord, mais pour ce jeune homme ?
- Pour le moment pas d'affolement, il est peut être tout simplement en congé.
- Il était censé rentrer de ses congés il y a deux jours, et son bureau ne l'a pas revu, je l'ai contacté ce matin.
L'inspecteur Gauthier fixa Igor du regard.
- Là, c'est autre chose, les événements prennent une autre dimension. Écoutez, je peux déjà lancer un avis de recherche, c'est tout ce que je peux faire. Mais pour la jeune femme, malgré son profil psychiatrique, elle n'a rien à se reprocher dans les faits. Vous n'avez que des présomptions à ce stade.
- Un simple avis de recherche pour le jeune homme, c'est tout ce que vous pouvez faire ?
- Vous avez visiblement l'air déçu, mais oui.
Igor et Franck baissèrent les yeux, un peu dépités par la tournure que prenait l'entretien, pas vraiment comme ils l'avaient imaginé.
- Je vous donne ma carte si vous aviez besoin de me contacter. Un autre point : sachez que tous nos systèmes informatiques sont reliés, donc si, d'aventure, vous contactiez un autre commissariat, votre requête retomberait inévitablement vers moi. Dit autrement, ça ne ferait pas plus avancer les choses.Igor et Franck reprenaient leurs esprits autour d'un café. Il était presque midi, les clients commençaient à affluer de toute part. Un serveur se présenta devant les deux hommes
- C'est pour déjeuner ?
- Je meurt de faim, servez nous deux Croques Madame salade s'il vous plait, demanda Franck.
- Non pas pour moi, merci, juste un deuxième café allongé ça ira.
- Moi pour réfléchir, j'ai besoin d'avoir le ventre plein plaisanta Franck.
- Ce flic nous a mené en bateau ! Igor tapa du poing sur la table qui failli chanceler sous le choc. Les clients du bar tournèrent la tête à la fois l'air surpris et agacés.
- Pourquoi dis tu ça ? il lui manque simplement des faits tangibles pour déclencher une enquête.
- Il y a quelque chose qui me déplait chez lui, j'ai l'impression qu'il nous cache quelque chose. Mais franchement je vois pas ce que l'on peut faire à notre niveau, Franck. On laisse tomber. De toute façon un avis de recherche va être lancé, donc attendons. Laissons faire la police maintenant.
- Marrant d'entendre ça dans ta bouche, toi qui me trouvait fataliste ! Il y a une minute tu te méfiais de cet inspecteur, et trois secondes après tu laisses faire ?
- Disons que je devient réaliste, je préfère ce mot. Cette histoire m'a complètement phagocyté, je devrais arrêter de voir trop de film.
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Bleu acier
ActionJonathan Bertin a 32 ans. Jeune salarié dans une start-up il a tout pour réussir. L'argent, les filles, les motos, il profite de la vie. Jusqu'à ce qu'on lui apprenne que dans 3 jours, il mourra. Le chrono est déclenché, il a 3 jours pour changer so...