Decision

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Il était presque 18 h quand Franck Desvignes franchit la porte du commissariat de police. Le préposé à l'accueil lui fit signe de s'assoir, l'inspecteur Gauthier allait bientôt le recevoir. Cela faisait plus de deux semaines qu'on était sans nouvelle de Jonathan Bertin. Igor quant à lui avait plus ou moins jeté l'éponge. À part un ou deux coup de fil au chef du service de service de psychiatrie pour s'entendre dire que tout allait bien avec Claire, Igor n'en faisait pas plus. Un peu de lassitude et sans doute beaucoup de reproches de la part de sa femme Catherine avait suffit pour, tout au moins provisoirement, le mettre hors circuit.
Franck avait pris seul l'initiative d'aller voir l'inspecteur pour prendre des nouvelles de l'avis de recherche lancé deux semaines auparavant. A vrai dire, pour le peu qu'il en avait vu, Gauthier n'était, certes, peut être pas Colombo pour sa pugnacité, mais Franck avait plutôt une bonne impression de lui, le percevant comme un individu loyal et honnête.
- Alors Mr Desvignes que me veux cette visite impromptue ?
Franck n'y alla pas par quatre Chemins.
- Avez vous retrouvé Jonathan Bertin inspecteur ?
- Au moins vos questions sont directes Mr Desvignes ! vous êtes du genre efficace je vois, et bien pour le moment rien à signaler, l'avis de recherche est transmis à l'ensemble des commissariats de la métropole. Nous devons attendre maintenant.
- Je ne vois pas d'affichettes placardées sur les murs, demanda Franck.
- Disons que je n'ai jamais jugé très efficace des bouts de papier accrochés à une façade.
- Vous m'avez l'air bien sûr de vous en disant cela.
- Simple retour d'expérience, j'ai l'habitude de ce genre d'affaires, dans la plupart des cas, les personnes disparues réapparaissent au bout de quelques semaines, et l'on découvre après coup qu'il s'agissait d'une fugue, voir d'une simple envie de prendre le large et de se mettre au vert !
Les deux hommes se fixèrent du regard quelques secondes. Franck n'était pas à son aise dans ce genre de confrontation, mais il voulait jauger cet inspecteur, savoir si ce dernier faisait son maximum.
- Avez vous d'autres questions Mr Desvignes ?
- N'y a-t-il pas d'autres moyens d'accélérer l'enquête, je pense à une filature par exemple, vous pourriez ainsi identifier facilement où se cache Claire Neville.
- Vous parler d'enquête, mais pour ouvrir une instruction judiciaire il faut avoir de fortes présomptions et des preuves tangibles. Or dans notre cas, vous avouerez que le dossier est mince.
- La famille du jeune homme à t'elle, au moins, tenté de joindre la police ? Il doit avoir des parents ce Jonathan. Son bureau doit également s'inquiéter j'imagine ! Ça fait plus de deux semaines qu'il a disparu.
- Son bureau a effectivement tenté de me contacter il y a quelques jours.
- Et ?
L'inspecteur me fixa du regard derrière ses grosses lunettes.
- Je leur ai répondu la même chose qu'à vous. Quant à ses parents, personne ne m'a contacté. Le jour commençait à tomber, la lumière blafarde du bureau prenait difficilement le relai et la pièce s'assombrissait de minute en minute. Un léger crachin fouettait les fenêtres. Franck commençait à se demander si cet inspecteur voulait vraiment faire avancer cette affaire. Il le percevait plutôt en mode "fond de fauteuil". Manque de conscience professionnelle, sûrement, songeait-il.

- Maintenant si vous voulez bien m'excuser Mr Desvignes, j'ai du travail. Je vous tiens, bien sûr au courant, soyez assuré que je fais le maximum pour retrouver ce jeune homme.

Dehors, Franck marchait nonchalamment, les mains dans les poches, sur l'avenue menant à sa voiture. Il remonta le col de son manteau, la pluie fine commençait à s'intensifier et lui tremper le visage. Les passants couraient se mettre à l'abris.
- Cette Claire est maligne se dit-il, elle sait très bien qu'en étant irréprochable sur son comportement avec une volonté affichée de se réintégrer, aucun soupçon ne pèsera sur elle.
Il s'arrêta net de marcher et resta immobile au beau milieu de la foule. Franck avait l'intuition qu'il n'avait pas le choix. Il devait agir, avec ou sans Igor mais il devait absolument provoquer les événements. Et il avait plan ultra simple. Prendre cette folle en filature et découvrir où était sa planque.
- Simplissime et génial ton plan Franck ! Pensait-il.

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