Point de vue de April :
Dépression. Ce mot caractérise exactement la situation dans laquelle je me trouve et je sens que ça va durer longtemps encore.
Nous sommes Mardi. Enfin, je crois. Je jette un rapide coup d'œil à la montre entourant mon poignet gauche : 10h40. Les cours doivent avoir commencé d'ici deux heures. Mais cela ne m'importe que peu. De plus, j'aurai été trop faible pour pouvoir assister aux cours. Jamais je n'oserai quitter cette chambre dans l'état pitoyable dans lequel je me trouve : la voix pâteuse, de grandes cernes au bas de mes yeux, le visage pâle, la gorge sèche et les cheveux ébouriffés.
Et pour couronner le tout, un horrible mal de tête me fait souffrir. Fichue gueule de bois !
De plus, n'arrivant pas à oublier, je ne cesse de me ressasser les évènements d'hier soir. Ces derniers passent et repassent en boucle dans ma tête et mes pensées s'y bousculent :
J'ai le cœur brisé. Je n'ose même plus prononcer le nom de ce traitre qui n'a pas fait que me briser le cœur mais aussi me voler un précieux trésor que je réservais à celui qui m'aimerait vraiment : mon innocence. Et puis, qu'est-ce qui m'a pris à moi de lui faire confiance ? Mais en premier lieu, il paraissait si gentil et doux. J'espère ne jamais commettre la même erreur. Les apparences sont trompeuses et les bonnes cachent très souvent des hypocrites à double personnalité.
Heureusement que ce mystérieux brun avait pris la peine de me ramener chez moi. C'était gentil de sa part. Je n'aurai pas supporté rester une minute de plus dans cet endroit.
Point de vue de Léna :
Cette journée a été banale comme toutes les autres. Je n'ai pas vu April de la journée. Est-ce dû au fait qu'elle soit fatiguée à cause de la soirée d'hier ? Peut-être bien.
Cependant, j'arrive lui rendre visite puisque c'est sur le chemin de chez moi afin de lui apporter les cours qu'elle a raté et de prendre de ses nouvelles.
Une fois arrivée devant la porte de sa maison, je sonne et attends quelques minutes sur le perron avant qu'on ne m'ouvre. La porte laisse paraître une April très différente de celle que je connaissais. Elle n'est plus cette April épanouie, dynamique, heureuse, resplendissante de bonheur. Ses cheveux emmêlés, ses yeux rougis bouffis par les larmes, son maquillage coulant sur ses joues, la pâleur de son visage, son apparence intoxiquée, des cernes,... Elle semble blessée, déprimée... cassée.
- April ?! Qu'est-ce qui t'arrive ?!
Tout-à-coup, mon amie se jette sur moi, me serrant fortement dans ses bras, en éclatant en sanglots. Je l'entoure de mes bras et lui chuchote des mots réconfortants.
***
Je suis restée aux côtés de April pendant toute l'après-midi. Elle m'a raconté l'effroyable soirée d'hier. Je n'arrive pas à croire que Jay ait pu lui faire ça. Il a abusé d'elle ! Il l'a violée ! Si jamais je le croise, je risquerai de l'envoyer à l'hôpital. Je vais le buter !
- April, il faut porter plainte !
- Non... je ne peux pas...
- Mais pourquoi ? Il a sexuellement abusé de toi ! Tu ne peux pas le garder que pour toi ! Il faut qu'il soit puni !
- Si je porte plainte, tu me promets que je ne reverrai plus sa face ? Qu'il souffrira comme j'ai souffert ? Tu me le promets ?
- Non, je ne peux pas en être sûre...
- Tu as vu ? Alors à quoi bon porter plainte s'il ne souffrira pas comme j'ai souffert ?
- Fais ce que tu veux, April mais pour l'instant essayons d'oublier, d'accord ?
April hoche la tête.
Pour consoler mon amie, nous avons regardé un vieux Disney en mangeant des pizzas qu'on a commandé.
Alors que nous regardons la scène dans laquelle Cendrillon perd sa chaussure, on entend sonner à la porte. Je jette un rapide coup d'œil par la fenêtre et préviens April :
- Beau brun aux yeux noisettes. Ça te dit quelque chose ? lui demandé-je curieuse en arquant un sourcil.
- Si, c'est le mec d'hier.
- Le mec d'hier ? Tu m'en a pas parlé, petite cachotière. Son nom ?
- Je sais pas. Mais merde ! Regarde dans quel état je suis !
- Dépêche toi alors ! Je m'occupe du salon !
J'éteins rapidement la télévision et ramasse les boîtes de pizza et les emballages de bonbons jonchant le sol.
April descend les escaliers portant désormais un jean gris et un teeshirt blanc, sautillant pour enfiler sa deuxième converse.
Alors qu'elle s'approche de la porte, mon amie me mime un «Merci».
- Je sors par la cuisine ! chuchoté-je assez fort pour qu'elle m'entende.
- Non, Léna, reste ! Ne me laisse pas...
- Trop tard, chantonné-je en lui tirant la langue avant de m'en aller.
Je passe par derrière la maison et jette un dernier petit coup d'œil par la fenêtre pour voir April riant avec son mystérieux ami. Ils sont trop mignons. Mais je surveillerai celui-ci de très près. Je ne veux plus qu'on fasse de mal à mon amie.

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Heal me
RomanceLéna : Les gens disent qu'elle est réservée, timide, une intello, une coincée. Zachary : Les gens disent qu'il est un dur à cuire, un monstre, un tueur. Tous les deux peuvent avoir l'air tellement différents mais sont pourtant si semblables... Les...