Je m'avance lentement. Je slalome entre les tombes.
Je m'enfonce de plus en plus, ce cimetière est immense. Je n'aurai jamais cru cela, mais je trouve quand même un certains charme aux cimetières. Les tombes, les croix, tout respire le calme, la sérénité et a un parfum d'éternité.
Malheureusement, je ne suis pas là pour me balader, j'ai une amie à aller voir.
Deux allées plus loin, j'aperçois une tombe excessivement fleurie : c'est le signe d'un enterrement tout récent.
Lentement, je me dirige vers celle-ci.
Quand j'arrive devant, je vois ton nom inscrit dessus.
Un quantité incroyable de fleurs la recouvre. On en voit presque plus le marbre. Et sur certaines composition, les messages suivants sont écrits : "A notre fille chérie", "A notre amie", "De la part de ta famille aimante"...
- Putain, tu dois avoir l'impression qu'ils se foutent de ta gueule, nan ? Mais tu me l'avais déjà dit : quand il y a un enterrement, les gens sont tous hypocrites, ils disent qu'ils t'aime alors que c'était pas vrai. En même temps, quand quelqu'un meurt, on va pas s'en réjouir en disant que de toute manière on pensait que c'était qu'un pauvre con. Alors ils font comme si tout avait toujours été rose entre vous. Et on en arrive à ce genre de connerie. Je serai prête à parier que de là-haut, tout ces messages arrivent à te donner la nausée. Moi je t'ai apporté des fleurs. Je sais qu'un bouquet de roses blanches paie pas de mine face à toutes ces autres fleurs. Mais c'est l'intention qui compte, nan ? Et c'est sincère.
Je m'avance alors près de la tombe, et met mes fleurs dans un des vases en marbre. Une fois que c'est fait, je recule et m'assois à même le sol devant la tombe.
Je jette alors un œil à mon petit sac où j'avais mis mon porte-monnaie et d'autre choses pour venir.
- Ca te dit qu'on écoute ta chanson préférée ?
Je sors alors mon portable et balance le volume au maximum :
Le sang tâche même quand les draps sont lavés,
Le sexe ne dort pas quand les lumières sont éteintes,
Les enfants restent dépressifs quand tu les habillent bien,
Et le sirop reste du sirop dans un gobelet.
Il est toujours mort quand tu en as fini avec la bouteille,
Bien sûr que c'est un corps que tu gardes dans le berceau !
Les enfants restent dépressifs quand tu les habillent bien,
Et le sirop reste du sirop dans un gobelet.
Argent du sang, argent du sang,
Comment as-tu pu payer pour cette bague, chéri ?
"Juste une autre journée à la pharmacie"
Il ne pense pas que je sois si conne, n'est ce pas ?
Ce n'est pas grave ce avec quoi tu rentres chez toi,
On sait ce qui s'y passe.
Tu dis que ce cul est le tien, on appelle ça du silicone.
Filles stupides, avec des garçons stupides.
Le sang tâche même quand les draps sont lavés,
Le sexe ne dort pas quand les lumière sont éteintes,
Les enfants restent dépressifs quand tu les habillent bien,
Et le sirop reste du sirop dans un gobelet.
Il est toujours mort quand tu en as fini avec la bouteille,
Bien sûr que c'est un corps que tu gardes dans le berceau !
Les enfants restent dépressifs quand tu les habillent bien,
Et le sirop reste du sirop dans un gobelet.
Comprimé pour le régime, comprimé pour le régime,
S'ils te donnent une nouvelle pilule, alors tu l'achèteras !
S'ils te disent de te tuer, alors tu essaieras !
Tout le maquillage du monde ne te rendras pas moins sûre !
Tu as des poids dans les poches quand tu vas chez le docteur,
Ton bonbon préféré est la barbe à papa
C'est pour ça que toutes tes dents sont pourries.
Filles stupides, avec des garçons stupides.
Le sang tâche même quand les draps sont lavés,
Le sexe ne dort pas quand les lumières sont éteintes,
Les enfants restent dépressifs quand tu les habillent bien,
Et le sirop reste du sirop dans un gobelet. **
- Voilà. Je sais que t'aimais bien cette chanson. Je l'aimais aussi, mais maintenant quand je l'écoute, je peux pas m'empêcher de penser à toi. Donc j'ose plus trop l'écouter. J'ai l'impression de te revoir la chantonner. C'est pas que j'essaie de t'oublier, c'est que je veux juste y penser le moins possible parce que ça me rend triste cette connerie ! Putain, tu me manques, j'espère que tu le sais ça !
Je détourne alors le regard, je sens que je vais pleurer. Mes yeux se portent alors sur mon sac. Pour me donner une contenance, je regarde à l'intérieur. Au fond, je trouve une bouteille de whisky. Celui que j'avais piqué chez moi, celui-là même que Rae buvait. Je sors la bouteille et la débouche.
- A ta nouvelle vie Rae !
Et je bois un immense gorgée d'un coup.
- Je t'ai pas raconté. Maintenant, j'ai un copain. Vas-y, fout toi de ma gueule, je t'en voudrait pas. Je sais que je t'avais dit que je voulais pas en avoir, mais des moments, ça te tombe dessus, comme ça, boum, sans que t'ai rien demandé. Bref, je vais t'épargner les détails... Je te rassure, il a pas pris ta place. Ta place est toujours là, vide, et elle le restera, je veux pas te remplacer. Et je te promet que c'est pas des mots en l'air, c'est pas comme quand on déconnais en disant qu'on resterait célibataire toute notre vie alors qu'on savait que c'était pas vrai. Là Rae, je te jure que c'est vrai. Même si j'avais envie de te remplacer, je le ferai pas, j'en aurait jamais la force. Putain, je me sens conne, ça fait genre "tu es ma meilleure amie et je t'aimerai pour toute la vie !". Mais merde, je te jure que c'est pas comme ça que je le pense, je te jure que c'est sincère. Je déconne pas cette fois.
Un cloche sonne. Le signal que le cimetière ferme. A contre cœur, je me lève. Je retire la poussière de mon pantalon. J'allais partir mais je m'arrête. Je pose sur le bord de la tombe la bouteille que je tenais à la main :
- Tiens. C'est pour toi. Finis là, je sais que t'aimais ce whisky.
Je fais quelque pas et me retourne.
- Crois pas que tu es débarrassée de moi. Je reviendrais !
Et pour finir, je m'éloigne. Ca va, j'ai limité la casse et pas trop pleuré. Tandis que je repasse les grilles du cimetière, je me sens mieux, plus libre. Comme si avoir dit au revoir à Rae m'avais libéré d'un poids.
Je continue donc en silence le chemin jusqu'à ma maison.
Cigarette, briquet, 7 minutes en moins.
** Chanson : "Sippy Cup" de Melanie Martinez.
A bientôt,
Raven.
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Die Young
Ficção Adolescente"Mourir Jeune" Voilà ce que j'ai toujours voulu. Voilà à quoi j'aspire. Voilà à quoi j'ai rêvé toute ma vie.
