Déjà, je vois ma mère s'avancer vers moi comme une furie. J'ai même pas le temps d'en placer une qu'elle enchaîne :
- POURQUOI TU N'ES PAS RENTREE CETTE NUIT ? OU EST CE QUE TU ETAIS ? IL AURAIT PU T'ARRIVER N'IMPORTE QUOI ENFIN ! ON ETAIT TRES INQUIET !! TU AURAIS PU AU MOINS NOUS TELEPHONER ! SALEM, REPONDS MOI ! QU'EST CE QUE TU AS FAIT LA NUIT DERNIERE ?
Je réfléchis à toute allure. Allez Salem, trouve quelque chose, n'importe quoi... Soudain, une illumination divine :
- Quand je suis sortie me balader, j'ai croisé Lavinia. Tu sais la fille de ma classe... Elle a été très gentille avec moi et donc... bon... Je suis allée dormir chez elle. Je suis désolée, je devais vous téléphoner mais j'ai oublié.
J'adresse à ma mère mon sourire le plus angélique. Un sourire qui veut dire "voyons maman, tu sais bien que je suis une gentille fille sage".
Instantanément, ma mère se radoucit. Le fait de savoir que j'ai hypothétiquement passé la soirée avec une camarade de classe tout ce qu'il y a de plus respectable la rassure.
- Salem, la prochaine fois que tu sors et que tu décides de passer la nuit chez une amie, préviens nous quand même ! On dirait que tu ne te rend pas compte de tous le soucis qu'on s'est fait. Je suis désolée, je sais que ce n'est pas dans nos habitudes, mais nous allons devoir te sanctionner. Tu es privée de sortie pour la semaine qui suit.
Si je n'avais pas la peau si pâle, je pense que j'aurai pâli à vue d'œil. Me priver de sortie est la pire des choses qu'on puisse me faire. Ne plus me laisser sortir, c'est réduire à néant le contact déjà minimal que j'ai avec les personnes de mon âge. Si j'en était capable je pleurerai.
C'est alors que j'ai une idée de génie :
- Maman ? Tu ne pourrais pas me laisser sortir ce soir ?
- Salem, j'ai été très claire. Il est hors de question que tu sortes où que se soit avant une semaine.
- Mais c'est parce que Lavinia m'a invitée chez elle ce soir. Pour qu'on passe encore une soirée ensemble.
Je vois ma mère hésiter. Cruel dilemme pour elle. Elle veut que je me fasse des amies, mais elle ne veut pas me laisser sortir. Si seulement elle savait que jamais je n'irai retrouver Lavinia... Si elle savait avec qui je projetait de passer la soirée, elle m'enfermerai sans doute dans ma chambre.
- Tu peux y aller.
Voyant un sourire radieux se dessiner sur mon visage, elle ajoute :
- Mais je te préviens que si tu décides de ne pas rentrer ce soir et que tu ne nous téléphone pas, tu vas le regretter !
Sur ces bonnes paroles pleines de bon sens, elle tourne les talons.
Je pars quand à moi de mon côté, monte les marche des escaliers quatre à quatre, pousse une porte et me jette sur mon lit.
C'est ce moment que choisit la dure réalité pour me frapper en plein visage : il y a encore quelques heures de cela, pas si longtemps en somme, Rae était à mes côtés, assise sur ce même lit. Merde, pourquoi je pense à ça maintenant ? Alors que tout semblait s'éclairer devant moi, alors que je pensais pouvoir me reconstruire en assez peu de temps et en limitant les dégâts, la mélancolie me regagne.
Cigarette, briquet, 7 minutes en moins.
J'ai l'impression que chaque clope me rapproche de toi Rae. Que chaque fois que je vois la flamme de mon briquet, c'est un flamme d'espoir qui me dit "tu y es presque Salem, bientôt tu vas rejoindre ton amie dans les étoiles". Je me demande ce que tu penserais de tout ce que je fais en ce moment. Est-ce que tu serais fâchée que j'essaie de t'oublier ? Est-ce que tu penses que je suis en train de vouloir te remplacer ? Est-ce que tu apprécie Jack et ses amis ? Ou est-ce que, comme à ton habitude, tu m'aurais dit de vivre ma vie sans en avoir rien à foutre ? J'aimerai te poser ces questions et obtenir une réponse. Mais je sais que c'est seulement quand je te rejoindrai que je pourrais le faire.
VOUS LISEZ
Die Young
Teen Fiction"Mourir Jeune" Voilà ce que j'ai toujours voulu. Voilà à quoi j'aspire. Voilà à quoi j'ai rêvé toute ma vie.
