Elle marche le long de la Seine, silencieuse et ambitieuse, elle ferme parfois ses yeux. Son sac à dos est bien bas, et j'ai peur qu'il fasse contre poids. Elle ne me regarde jamais, fixe un point invisible et avance, sans s'arrêter.
Cela fait un bon moment que l'on marche, on a dû s'échanger deux mots à peine, mais cette atmosphère ne me dérange pas. Elle a même des vertus apaisantes.
Pour la énième fois, elle vacille, et finit par rigoler à chaque fois que je m'approche aux aguets, bien plus inquiet qu'elle.
- Si tu tombes, comptes pas sur moi pour aller te chercher.
- Ni pour que tu me prêtes ton blouson ?
Elle sourit et lève sa jambe droite tout en gardant l'équilibre.
- On se voit toujours que la nuit... Dit-elle, comme si elle cogitait.
- Tout simplement parce que...
- C'est le seul moment où nous sommes libres.
Je ne réponds pas et enfonce mes poings dans mes poches.
- On est encore loin ? S'enquit-elle, par la suite.
- C'est toi qu'on suit, je te rappelle.
Elle s'arrête puis sourit.
- Et tu me fais confiance ?
- Faut croire.
- J'sais même pas où on va.
Tu m'étonnes.
Je ne sais pas moi-même où est-ce que je nous entraine.
D'ailleurs elle ne m'a toujours pas répondu pour l'Argentine, elle m'a demandé un délai de réflexion que je lui ai naturellement accordé.
Je la trouve bizarre en ce moment, elle est ailleurs. Elle semble prendre des gants mais son comportement n'est pas meilleur qu'avant.
Je la trouvais trop entreprenante, maintenant elle me fout la trouille avec son allure de mort-vivante.
Rien à voir avec sa tenue. Elle a l'air d'avoir abandonné le look dépravé. Elle est beaucoup plus sobre, mais son teint reste délavé.
Son air triste s'est aggravé.
Elle sourit mais elle a l'air gavée.
Ma conscience repasse en boucle son sourire ensorceleur que j'ai évidemment gravé dans ma mémoire et qui ne reviendra sûrement pas maintenant.
Et je me sens con à présent, j'ai l'impression de la forcer à faire des choix qui ne lui plaisent pas forcément.
- On tourne, là. Me dit-elle en s'engageant.
- Attends.
Elle s'arrête et m'interroge du regard.
- Je... veux longer la Seine encore un peu.
Tocard.
- Comme tu veux, on rattrapera une rue plus loin.
Le silence retombe et je le supporte de moins en moins. Il faut que je trouve un moyen de lui dire que j'ai merdé, jamais je n'aurais dû lui proposer de partir.
T'as pensé avec ta queue.
C'était irréfléchi et pas que.
Je l'ai foutue dans le mal, voilà pourquoi on ne peut pas se regarder dans les yeux plus de deux secondes sans que nos malaises se confondent.
Je me sens horriblement con, tout en lorgnant la brunette jouer avec un bout d'osmonde.
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Trouble
Fanfiction« Cette gamine dépasse les bornes, elle est butée, bancale et hardcore mais je lui trouve un petit charme sur les bords. »
