Chapitre 4

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J'avais longuement hésité. Devrais-je l'appeler ? Et que lui dirais-je ? Finalement, j'avais attrapé le combiné du téléphone vers dix-sept heure, n'ayant en tête qu'une seule réponse à mes nombreuses questions : je l'appelle pour excuser Liz.

Je me mis à ronger mes ongles alors que les premières tonalités se faisaient entendre. « Allô ? » fit une voix à travers le téléphone. « Michael ? C'est Molly. Hum... ». Je commençais à regretter de ne pas avoir pris le temps de chercher mes mots avant d'appeler... « Par rapport à tout à l'heure, chez Liz... Excuse-la, elle est un peu trop... directe, parfois ».

Mon index et mon majeur n'avaient presque plus d'ongle. Je ne savais même pas pourquoi je me mettais dans cet état-là, moi qui était pourtant si sûre de moi...

Un rire mélodieux raisonna dans l'appareil. « Ce n'est rien. Je devais vraiment y aller, de toute manière ». Mon cœur put reprendre une pulsation normale... Mais qu'est-ce que je raconte ? « Ah oui, tu avais une interview, c'est ça ? Ça s'est bien passé ? »

J'allais de surprise en surprise. M'intéresser à la vie des autres n'étaient vraiment pas dans mes habitudes. « Oui, enfin tu sais, toujours les mêmes questions... ». Sa voix s'éteignit, laissant place au silence. Apparemment, on l'avait adopté, ce silence.

« Du genre ? » le relançai-je, d'une voix amusée. Il toussa un bon coup avant sa performance, comme s'il rentrait dans le personnage.

« Hum... Alors, qu'en est-il de vos prochains albums ? Visez-vous plus haut que Thriller ? Comment se passe vos journées en studio ? Vous êtes en concurrence avec Prince ? Les rumeurs racontent que vous vous êtes disputé avec votre chien, est-ce vrai ? ». Il ne s'arrêta plus, imitant une voix aigue de femme ennuyante. Je ne pouvais plus m'interdire de rire, pouffant sans retenue.

Il avait un talent pour mettre les gens à l'aise, même quand ces derniers angoissaient comme pas possible... Genre moi.

« Tu sais, c'est la première fois que je parle autant à quelqu'un que je ne connais à peine... » m'avoua-t-il, une fois calme. Sa confession me rendît nerveuse, augmentant la vitesse de mon cœur. Je ne comprenais plus mon corps qui aimait s'enthousiasmer pour pas grand chose, en ce moment...

« J'ai une question... » sa voix devint bizarrement plus angoissée, je l'étais évidemment encore plus, enroulant le fil du téléphone autour de mon index. « Demain, c'est l'anniversaire d'une personne qui compte énormément pour moi, et j'ai vraiment besoin d'aide pour la préparation. Ma maison est plutôt grande, et je me disais que si tu n'avais rien à faire tu pourrais aider... Enfin je suppose que tu n'as pas le temps je... ».

J'étais ravie par sa proposition, à l'idée que je serais utile. Je m'empressai de lui répondre, avant qu'il ne s'emmêle encore une fois les pinceaux. « ... Aucun problème ».

Je pouvais l'entendre sourire à travers la ligne. « Très bien, je te donne l'adresse et tu viens pour dix heure, demain. Ça te va ? ».

Je me mordis la lèvre, honteuse de devoir lui avouer une chose pareille... « Non, pas trop. J'ai une phobie, je ne conduis plus depuis peu... ». Je suppose qu'il allait me demander la raison, alors, je me préparais mentalement à lui exposer mon traumatisme.

« Ce n'est pas grave, je ferai venir un chauffeur devant chez toi. Tu n'as plus qu'à me filer ton adresse, du coup » rigola-t-il légèrement.

Forgotten [TERMINÉE]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant