Chapitre 9

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J'entrai timidement, imitant Michael en enlevant mes chaussures et accrochant mon manteau. Ce n'est qu'après que je remarquais le père de Michael adossé à l'encadrement de la porte de la salle à manger.

« Quoi ?! » s'énerva Michael sous le regard insistant de son paternel. « Hey, sur un autre ton ! » répliqua-t-il. « J'ai entendu dire que Monsieur est allé boire un verre dans un bar sans même être accompagné de gardes du corps ? Et tu t'es fait repérer en plus ? J'espère pour toi que la presse n'a rien eu le temps de prendre. – Ça te regarde ?! Je ne crois pas ! » explosa Michael.

Le chanteur passa à côté de son père pour monter les escaliers, mais ce dernier le rattrapa par le bras d'un geste brusque. Il ferma les yeux et souffla pour ne pas s'énerver. Michael tentait de paraître dur, mais une lueur de terreur brillait au fond de ses pupilles.

« Je me suis inquiété, Michael » avoua l'homme.

Le père et le fils se fixèrent dans les yeux un instant, avant que Michael ne retire son bras de l'emprise de son paternel pour grimper les marches de l'escalier en bois. « Viens, Molly » me lança-t-il sans me regarder.

Je lui obéis sans broncher, préférant ne pas l'énerver plus qu'il ne l'était déjà. Je le suivis jusqu'à une porte blanche aux rainures bleues qu'il ouvrit en déclarant : « Tu peux dormir là »

Il s'avança jusqu'au lit et vérifia qu'il y avait des draps propres alors que j'entrai à mon tour. Il ouvrit un placard et sortit un pyjama bleu qu'il me tendit. « C'est à ma sœur mais ça devrait aller » m'expliqua-t-il, neutre. J'acquiesçai d'un simple hochement de tête sans oser croiser son regard.

Il allait quitter la chambre quand je l'interpellai : « Hum... Michael ? » Il se stoppa et se retourna pour m'écouter. « Je... Euh... Pardon... C'est ma faute... »

Il resta là pendant quelques secondes qui me parurent pourtant durer une éternité, puis finalement, il s'en alla en lâchant un simple « Bonne nuit » auquel je n'eus même pas le temps de répondre que la porte était déjà claquée.

Je soupirai en tombant sur le lit. J'étais vraiment une incapable, une imbécile, un gros boulet... et j'en passe. Si seulement je ne lui avais pas demandé de revenir au bar, si seulement je ne lui avais pas lancé de l'eau froide dessus, si seulement j'avais réfléchi quelques secondes au moins, rien de tout cela ne serait arrivé.

J'enfilai le pyjama, et je m'assis sous ma couette sans éteindre ma lampe pour le moment. J'examinai la pièce, remarquant qu'elle était décorée de posters de chanteurs et de chanteuses que je ne connaissais pas – en même temps, je ne connaissais que Michael – et de photos de la famille. L'une d'entre elle attira particulièrement mon attention.

Deux enfants noirs souriaient côte à côte. Le garçon qui paraissait plus âgé avait une épaisse coupe afro, quand à la plus jeune, un simple chignon au-dessus du crâne. Je fus surprise de constater leur ressemblance frappante. On aurait vraiment dit la même personne avec simplement une coiffure et des habits différents.

Je la décrochai délicatement et la contemplai de plus près. Ce n'est qu'en la retournant que je pus y lire « Ma petite Donkey, je t'aime. Ton grand frère Michael » Je n'en croyais pas mes yeux. Comment ce petit garçon pouvait-il être Michael ? L'enfant était beaucoup plus noir que lui, avait des cheveux crépus, des joues plus joufflues et un nez plus gros... Certes, j'avais déjà constaté que son nez avait été refait, mais le reste ne collait pas...

Je fus sortie de mes pensées par un rire discret dans la pièce d'à côté. Je reconnus immédiatement celui de Michael. De par ma curiosité, je me précipitai vers le mur qui séparait ma chambre de cette voix et je posai mon oreille dessus, dans l'espoir d'entendre quelques échanges.

Forgotten [TERMINÉE]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant