Chapitre 2

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Je dormais chez Liz, comme certains samedis. Dans son salon, je contemplais son désordre qui était finalement tout un art. Chaque chose devait tenir en équilibre sur une autre chose plus écœurante que la précédente. C'était invraisemblable le nombre de fois où j'avais posé les pieds sur des trucs indéterminés. Pour ne plus commettre la même erreur, dès que je me déplaçais, mon attention et ma concentration ne faisaient plus qu'un pour les éviter un maximum ; inutile de dire qu'elle aimait vivre dans le bordel, ce qui m'horripilait, préférant l'ordre et l'organisation.

Sa maison n'était pas grande, et pourtant, il y avait maintes choses hideuses. Je préférais les couleurs discrètes, tandis qu'elle aimait les couleurs flashy. Je me demandais parfois comment je pouvais la considérer comme ma meilleure amie, même si je devais bien avouer qu'elle restait sympa.

« Mollyyyyyyy ! » Elle m'appelait de sa chambre. Elle m'avait formellement interdit d'y entrer il y a plus d'une heure, me laissant seule face à ses meubles de mauvais goût. Je ne sais pas quelle était cette activité qui prenait tout son temps, mais ça commençait à faire long. Autant dire que son interpellation était comme une délivrance pour moi.

J'accourus dans sa chambre, et en ouvrant la porte, j'eus la chance – ou le malheur – de la voir en robe de soirée, autant maquillée que pouvait l'être une star se faisant remettre un trophée. « D'accord, tu joues à la poupée alors que t'aurais pu ranger tout ton bordel ? Tu comptes le faire quand ? Et pourquoi t'es habillée comme ça ? »

On était censées se faire une de ces soirées filles, comme elle les appelait, et pourtant, elle semblait avoir prévu autre chose...

« Pas aujourd'hui en tout cas », m'expliqua-t-elle, souriante. Avec elle, ce n'était jamais le moment. Chaque fois que je lui proposais de faire le ménage, elle trouvait toujours une bonne raison pour le reculer. J'avais hâte d'entendre sa nouvelle excuse.

Elle se dirigea vers son armoire pour en sortir une longue robe noire. Elle était magnifique, certes, mais elle n'avait rien à faire dans cette histoire... Si ? « Voilà pour toi. Enfile-la vite ! » s'excita t-elle pour aucune raison apparente. « Ce soir, on va en soirée ! »

Elle me l'avait dit comme si c'était la meilleure nouvelle de tous les temps. En fin de compte, ça restait redondant. Elle voulait toujours aller en soirée... « Et qui te dit que j'ai envie d'y aller avec toi ? » La défiai-je, en croisant les bras.

Elle m'imita, et plissa les yeux, comme pour m'affronter à son tour. Elle connaissait la réponse, et elle allait certainement la sortir dans très peu de temps. Ce petit manège restait répétitif, et chaque semaine, je me retrouvais dans une salle remplie de monde avec elle. « Parce que c'est une soirée spéciale. J'ai deux invitations, et tu me suis à longueur de temps... Ce jour ne fera pas exception à la règle, si ? »

Elle m'avait posé cette question en faisant la moue, et elle avait une fois de plus gagné. Je ne restais jamais sans elle, je la considérais un peu comme ma protectrice dans ce monde de brute, bien qu'elle avait mon âge.

Perdante, j'arrachai la robe de ses mains pour m'enfermer dans sa petite salle de bain et l'enfiler.

Nous étions enfin arrivées et Liz était excitée comme une puce. Ses yeux brillaient alors qu'elle regardait autour de nous.

L'endroit grouillait d'hommes bien habillés et de femmes en robes de soirée. C'était une grande salle, plutôt luxueuse, à en juger par son haut plafond et le gigantesque lustre qui y était suspendu. Les gens riaient, discutaient, se saluaient, buvaient leur coupe de champagne, dansaient – ou faisaient semblant – et goûtaient ce que proposait le buffet... « Du foie gras ! »

Forgotten [TERMINÉE]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant