Je ne savais pas vraiment à quoi m'attendre lorsque Sam releva son sweat, découvrant son torse jusqu'à le haut de ses côtes. Là, je découvrais avec stupeur une cicatrice aux contours très nets, formant une croix de la taille de ma main. Je refoulais tant bien que mal mon envie de la caresser du bout des doigts pour m'assurer qu'elle était bien là mais surtout qu'elle n'était pas douloureuse. Sam la camoufla à nouveau, bien que l'image de la cicatrice restait gravé dans ma tête. Je demandais doucement, fouillant son visage impassible du regard à la recherche d'indices :
- Qu'est ce que c'est ?
- La marque des Déchus.
- Mais... Qui t'a fait ça ?
La cicatrice était certes nette mais la blessure avait dû être profonde et fut la largeur des traits de la croix, elle avait dû être faite avec une épée. Mon estomac se retourna à l'idée que quelqu'un ait pu le blesser ainsi du bout d'une lame, comme on dessinerait sur un bout de papier. J'avais lu que seul un Archange pouvait en blesser un autre... L'ombre qui traversa le visage de Sam confirma mes craintes et il répondit simplement :
- Mickaël.
- Mais c'est ton frère ! Qu'est ce qui pourrait bien pousser un frère à mutiler ainsi la personne de qui il est le plus proche !?
Ma voix s'enraya alors que je repoussais difficilement les images d'horreur qui apparaissaient dans ma tête. Sam se crispa et son visage se ferma. Sa voix était bien plus dure lorsqu'il répondit :
- Je ne voulais pas me battre. Je défendrais toujours les hommes, Laïa, je te l'ai déjà dis. Mickaël aurait tout fait pour gagner la guerre. Tout.
- Mais tu n'étais sûrement pas le seul ! Comment aurait il pu choisir de blesser son propre frère rien que pour le punir ?
Sam se releva brutalement, me faisait sursauter et je le regardais faire les cents pas, en proie à une colère que je commençais à comprendre comme étant particulièrement tournée vers l'Archange Mickaël. Lorsqu'il daigna à nouveau poser les yeux sur moi, sa colère me foudroya presque alors qu'il répliquait :
- Il souhaitait montrer l'exemple ! Et quoi de mieux pour montrer qu'on est impitoyable et qu'on ne recule devant rien que de châtier son propre frère et le traiter pire que le plus infâme traitre ?
Je déglutis, devinant qu'il faisait allusion à Lucifer. Je n'arrivais pas à affilier Lucifer à Sam, tout comme je peinais à imaginer l'Archange Mickaël, héro de mon enfance et créateur bien-aimé des races comme avare et violent.
- Tu vois Mickaël comme un héros, un sauveur ! s'emporta t'il alors, fourrageant dans ses cheveux déjà bien en pagaille. Ce n'était pas le cas je t'assure !
- Je n'en sais rien ! Je l'imagine comme on me l'a vanté toute ma vie ! Je l'imaginais comme une légende, quelque chose de certes héroïque mais surtout de disparu depuis des millénaires ! Comme tous les Anges, d'ailleurs ...
- C'est le cas. Ils ont disparus.
La rudesse de sa réponse me fit taire pendant quelques secondes. Je le fixais sans trop savoir quoi répondre alors qu'il avait la tête légèrement penchée en arrière, les yeux clos, passant ses mains sur son visage crispé. Je finis par lâcher, cherchant mes mots avec soin :
- Tu ne peux pas dire ça. Pas quand tu te tiens en face de moi. Si tu es en vie, d'autres le sont sûrement aussi ...
- Non, siffla t'il entre ses dents avec cette fois ci une intonation différente dans la voix.
Cette fois, la colère avait disparu laissant la place à un sentiment que je n'avais que très peu vu sur son visage. La tristesse. Avec un soupir las, Sam s'adossa contre la paroi de pierre et, sans tenir compte de sa surface irrégulière et de l'humidité qui y ruisselait, se laissa glisser jusqu'à se retrouver assis sur le sol. Là, il planta son regard bleu tourmenté dans le mien et cette fois ce fut moi qui ne parvint pas à le soutenir. Je soupirais à mon tour et vint m'accroupir devant lui, moins enthousiaste à l'idée de tremper mes vêtements contre le sol froid et dur. Je posais une main sur son bras posé sur ses genoux et demandais doucement :
- Comment le sais tu ?
- Nous étions tous reliés, là haut. En tant qu'Archange, nous pouvions ressentir les émotions des autres sans les voir, ce qui n'était pas utile étant donné notre dénuement de tous sentiments. Nous pouvions également savoir précisément où se trouvaient les autres. Une fois déchu, j'ai certes perdu ces capacités mais je sentais encore la présence des autres. Peu à peu, il a diminué jusqu'à ce qu'il ne reste que les Archanges... Étant donné que le lien nous unissant était encore plus fort, je les ai sentis mourir eux aussi. Un par un.
Sa voix rauque dérapa légèrement et il attrapa ma main posée sur son bras entre les deux siennes. Alors qu'il entrecroisait nos doigts, un frisson m'échappa. Malgré la gravité de notre conversation et l'ampleur de ce que je venais d'apprendre, je me perdis dans la contemplation de nos mains jointes puis de son visage. L'envie de le serrer dans mes bras fut bientôt très forte et je dus sûrement me rapprocher encore davantage car il planta ses yeux dans les miens. Les voyant aussitôt s'assombrir et sentant ses doigts se resserrer autour des miens, je déglutis. Craignant de ne pas pouvoir résister à l'envie de me blottir contre lui, je bafouillais :
- Je... Suis désolée pour ta famille...
- Ne le sois pas, répliqua Sam d'une voix plus rauque qu'à l'accoutumée. J'ai trouvé une nouvelle famille depuis quelques années. Depuis bientôt 18 années.
Mon cœur fit une embardée et, bien que mon cerveau se fit à me lancer des signaux très clairs, je feignis l'incompréhension. Sam eut alors un adorable sourire en coin, dévoilant la fossette sur sa joue et il caressa longuement le dos de ma main avec son pouce avant de répondre. Le frisson que je refoulais tant bien que mal m'échappa lorsqu'il planta ses yeux irréels dans les miens et déclara d'une voix aussi douce que le contact de son pouce contre ma peau :
- Tu es ma famille, Laïa. Depuis la première fois que j'ai ressenti ta présence. Je n'ai pas réussi à m'éloigner de toi depuis et je te promet que je n'essayerai même plus.
Je crus faire une crise cardiaque tant mon cœur se mit à battre fort et vite. Incapable de le réfréner davantage, je me mis à sourire et je sentis mes joues s'échauffer. Ma peau semblait brûler à l'endroit où elle touchait la sienne et j'avais entièrement oubliée que nous nous trouvions dans une grotte en pleines montagnes enneigées. Il n'y avait plus rien que lui, et moi.
Nous nous dévisagions sans gêne et je me perdis dans la contemplation de son visage si incroyablement symétrique et parfait, alors qu'il faisait de même avec le mien qui devait être rouge pivoine. Ses yeux s'attardèrent longuement sur mes lèvres si bien que je passais nerveusement le bout de ma langue dessus. Gardant une de ses mains jointe à la mienne, Sam leva une main vers mon visage et remit une mèche rebelle derrière mon oreille dans un geste si délicat que je sentis à peine son contact. Prise d'une folle envie de plus et ayant l'impression que ma peau allait prendre feu à chaque fois qu'il m'effleurait sans jamais me toucher réellement, je me sentis me rapprocher encore davantage. Son regard inquisiteur rencontra le mien et je fus surprise de constater que le bleu lumineux de ses yeux avait laissé place à un bleu plus sombre, plus dangereux. Peut être le regard que je lui rendis le convaincu t'il car sa main glissa sur ma joue, caressant du bout des doigts la pommette qui s'échauffa aussitôt. Un frisson agréable me traversa lorsque son pouce glissa le long de mes lèvres et la tension qui m'habitait repoussa le sourire ravi qui voulait y prendre place. J'ignorais ce qui mit le feu aux poudres mais Sam se servit de nos mains liées pour m'attirer plus près dans un geste à la fois brusque et doux.
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Shadows
ParanormalLorsque toutes les légendes du Monde et bien plus encore sont vraies, il peut être vite compliqué de parvenir à ses fins. Alors, dans sa quête pour retrouver une soeur perdue depuis longtemps, Laïa va devoir faire face à des conflits des plus périeu...
