Chapitre 5 : Retrouvailles

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- Il y a de la beauté partout, parmi les gens, dans toutes ces choses anodines qu'on ne prend pas la peine de regarder réellement, d'admirer comme il se doit... Mais quand on sait observer le monde paraît tellement beau ! Regardes le soleil, chérie ! Il se lève et se couche tous les jours, pourtant il n'en reste pas moins merveilleux...

Appuyée contre son épaule, son bras entouré autour de moi, je levais les yeux vers la magnifique femme qui me souriait avec tendresse. Une tendresse pure, infinie, symbole de l'amour inconditionnel d'une mère. Elle était belle, ma maman, avec ses longs cheveux bruns, sa peau pâle et ses yeux bleus ! Je souris à mon tour et reportais mon attention sur le lever de soleil. Je n'y percevais pas l'immense beauté qu'y voyait ma mère, mais ces moments étaient si précieux que je n'en gâcherais pas une miette. La main de ma mère me caressa les cheveux et sa voix douce résonna avec une fierté à peine contenue :

- Ton père veille sur toi, mon ange, et il le fera d'autant plus lorsque je ne serais plus là... Il serait tellement fier s'il te voyait là, comme moi je te vois... Ma perle...

Le rêve s'estompa et je gémis de mécontentement en enfouissant mon visage sous les couvertures. Je rêvais de ma mère toutes les nuits mais ces rêves n'étaient pas réalistes... J'avais à peine quatre ans lorsqu'elle nous a quitté, et dans mes songes, je me voyais toujours telle que j'étais actuellement... Grommelant, je me redressais en m'étirant, jetant  un rapide coup d'œil à l'horloge murale en face de mon lit. 10h00. Il y avait bien longtemps que je ne me levais plus avec le soleil ! Et ma grand mère me laissait toujours dormir. Maintenant que j'étais bien éveillée, j'entendais clairement les bruits et les éclats de voix provenant du reste de l'Auberge.

J'enfilais rapidement une tenue simple et me fis un brin de toilette, avant de descendre les marches deux à deux. Comme tous les jours, se fut un vrai ballet de "bonjour", de "salut" et de "bien dormi ?", auquel je répondais en souriant. J'avais appris à connaître les gens d'ici, à savoir différencier les simples clients, des clients réguliers, des locataires. Je me rendis dans la cuisine et rejoignis ma grand mère qui remuait quelque chose dans une grande marmite. Un nuage de bonne odeur flottait autour de la petite femme et mon sourire s'élargit. Je me glissais près d'elle et déposais un baiser sur sa joue en chantonnant :

- Bonjour Grand mère !

- Bonjour, mon ange.

- Qu'est ce que tu nous prépares de bon ? m'enquis-je en essayant d'y plonger mon doigt.

Je me reçus un coup de spatule alors que le visage faussement courroucé de ma grand mère qui s'écria :

- Ragout​ d'agneau ! Bon, ouste de ma cuisine, jeune fille...

Je ris avant de fuir. Alors que je marchais parmi les clients en leur souhaitant un bon petit déjeuner, en piquant de temps à autre une miche de pain encore tiède, une voix résonna dans mon dos et je sursautais.

- Laïa ? C'est bien toi ?

Je me retournais et fronçais les sourcils en ne reconnaissant pas la jeune femme devant moi. C'était une Nephilim, à peine plus âgée que moi de quelques années. Son visage m'était en quelque sorte familier, du moins elle faisait naître en moi un sentiment de familiarité, comme s'il avait évolué mais que j'en connaissais une version plus jeune. Un sourire amusé naquit sur ses lèvres, dévoilant un écart entre ses incisives qui lui donnait un éternel air enfantin. C'est alors que je la reconnus et m'écriais, attirant sur nous les regards curieux des clients :

- Tati !

- Oui, c'est moi ! dit elle en riant, venant brièvement me serrer dans ses bras. Tu as tellement changée c'est dingue, j'ai faillis ne pas te reconnaître !

- Je te retourne le compliment !

On se mit à rire et j'eus alors l'impression d'être de nouveau une enfant. J'avais quatre ans lorsque Tati, dont les parents habitaient la maison d'à côté, venait joué avec moi. Elle était de deux ans mon aînée mais je n'avais jamais ressenti cette différence d'âge. Lewis apparut alors dans mon champ de vision et, alors qu'il marchait vers nous de sa démarche dansante, je remarquais avec amusement le regard intéressé qu'il lança à mon ancienne amie, laquelle piqua un fard. Je fis alors les présentations :

- Tati, je te présente Lewis, mon meilleur ami de... De toujours j'ai l'impression, même s'il ne l'est que depuis que tu as quitté la ville. Lewis, voici Tati...

- Tatiana, rectifia la Nephilim en souriant de toutes ses dents. Nous étions amies lorsque nous étions enfants, lorsque j'habitais à Pandore.

Alors que je me retenais de rire tant la scène était comique car ils alternaient les coups d'oeil sans oser se dévisager, je proposais :

- Est ce que ça vous dit d'aller dehors pour discuter un peu ?

- Oui ! répondirent-ils en chœur d'un ton précipité.

Cette fois, je partis dans un fou rire lorsqu'ils s'agitèrent, mal  à l'aise. Je me dirigeais alors vers la sortie, entraînant Tatiana dans mon sillage. Alors qu'on marchait vers mon coin préféré, mon amie d'enfance se pencha vers moi et s'enquit en feignant l'indifférence :

- Dis moi... Toi et Lewis, vous...

- Non, répondis je avec un clin d'œil. Il est libre.

- Ah. Euh... Ok.

L'endroit le plus calme et le plus beau de la propriété était un coin d'ombre sous le vieux saule pleureur, où l'on pouvait s'assoir en écoutant le bruit de la rivière qui coulait un peu plus loin. Je me laissais tombée sur l'herbe douce en soupirant d'aise. Je venais souvent ici lorsque j'avais besoin d'air et de tranquillité, loin du joyeux brouhaha de l'Auberge.

- Vous vous êtes rencontrés comment ? demanda Lewis en s'installant près de nous.

- Nos parents étaient amis, répondis je. Enfin, surtout nos mères. Elles étaient comme sœurs lorsqu'elles étaient jeunes... Puis la mère de Tati est allée s'installer à Neptune et n'est revenue que lorsqu'elle avait six ans, c'est là où on s'est rencontrées.

Neptune était l'unique ville portuaire d'Éden, située au Nord de l'île. Elle était comme Pandore, peuplée d'un peu de toutes les races. C'était une belle cité, joyeuse et grouillante de vie. Mon père m'y avait emmené quelques fois. J'allais relancer la conversation quand j'entendis des bruits de sabots venant de plusieurs chevaux. Me levant d'un bond pour guetter l'arrivée des cavaliers, je reconnus de loin leurs tenues noires et bleues. Je m'écriais :

- Des Gardiens !

Puis malgré les protestations de mes amis qui mes criaient de les attendre, je courus jusqu'à la maison.

ShadowsOù les histoires vivent. Découvrez maintenant