Nos regards brûlants se croisent, il contemple une dernière fois mes lèvres, quand soudain la porte s'ouvre.
Jordan
Je me retourne brusquement. Un cri épouvanté retentit et une personne s'enfuit précipitamment.
Je sursaute, puis me relève immédiatement. Ma respiration s'accélère, j'enfile mon tee-shirt, mon jean.
C'est pas vrai... dites moi que non.
La panique ne tarde pas à me gagner. Tremblant, je passe ma main dans mes cheveux.
Quelqu'un nous a vu... Cameron et moi. C'est de la folie. Comment la personne a t-elle pu entrer ? J'avais juré que le lycée était fermé à cette heure. Non, c'est juste... c'est juste impensable...
Le blond est à côté de moi, tout autant tétanisé. Il ouvre la bouche mais la referme.
Je n'y crois pas...
— Jordan, murmure t-il, d'une voix peu assurée.
Je détourne le visage, déboussolé.
Putain C'est pas vrai ! Merde, merde tout est foutu, ma vie, ma réputation...
— C'était qui cette personne ? il me demande, paniqué.
— J'en sais rien, tout est allé trop vite...
La main de Cameron est crispée contre le mur blanchâtre.
— Jordan, on... on fait quoi ?
Je me tourne vers lui. Son visage est livide. Mon souffle ne ralentit pas. J'essaie de me calmer, en vain.
— Écoute, on va se sortir de ce merdier, ça va s'arranger, tu me crois ?
— Comment veux-tu... On ne sait pas même pas qui nous a cramé, si c'était un prof, un élève, une fille ou un mec, on en sait rien ! s'agite t-il. Et... et si c'était le proviseur ? Et si... si on nous dénonçait ? T'imagines ? T'imagines qu'on...
— Calme toi ! je m'écrie, complément dépassé. Calme toi, ça ne sert à rien de se faire les pires scénarios possibles !
L'adolescent se tait et passe sa main dans sa chevelure blonde. Son front perle de sueur. Je le regarde, effaré, pendant que des gouttelettes tombent le long de son visage.
— On aurait jamais dû faire ça, c'était complément dingue...
Cameron est rongé par la panique, ses pupilles tressautent, il respire bruyamment.
— Si le lycée l'apprend, on est fini, les cours, tout, tout s'arrêtera. Tu sais ce que l'on pense des mecs gays ici.
Reste à savoir qui nous a vu, et si cette personne est prête à nous balancer...
— Le lycée est si homophobe que ça ? ose le garçon.
Ses paroles naïves ont don de m'agacer. Mes mains se compriment.
— Cameron, je lâche, les dents crissées, même si ici tout le monde prétend être extraverti, tu te doutes bien que certains vont foutre leur merde. Tu n'as jamais entendu les discours du Proviseur rempli de sous-entendus ?
— Personne ici n'a été harcelé ou renvoyé à cause d'une orientation sexuelle différente de la norme, à ce que je sache.
— Mais sans blague, parce que personne n'en a jamais parlé ! C'est pour ça que... Que quand nous nous sommes embrassés devant les casiers j'ai perdu pied !
Le garçon recule brusquement. Il relève la tête et ses yeux se plissent.
— Excuse moi, je me suis emporté... bégayé-je.
— Tu devrais sortir pour prendre l'air.
Comme je ne réponds pas. Alors, Cameron se redresse, ouvre la porte des toilettes et s'en va. Je fixe sa silhouette s'éloigner de l'établissement.
Aussitôt, je m'empresse de le rattraper. Il marche vite, d'un pas droit. Son regard est dirigé au loin, devant lui. Mon coeur se serre.
— Je suis désolé, Cameron.
Il ne s'arrête pas.
— Je sais que tu n'y es pour rien, c'est de ma faute. Et tout ça... ça me rend fou, je ne sais pas comment faire, comment réagir, ça me dépasse.
Je secoue la tête, et souffle.
Il s'en foutait.
— Je sais, Jordan.
Le garçon avait parlé d'une voix irritée.
Je déglutis, puis j'accélère en voyant qu'il m'a dépassé. Ça ne me ressemble pas d'agir ainsi.
Jordan tu t'es vu ? Arrête de suivre ce mec comme un clebard, fulmine ma conscience. Ce mec te rend totalement niais, t'es pitoyable.
— T'as des clopes ? il me demande.
Je le fixe.
— Tu fumes maintenant ?
— Vu le contexte je pense que c'est légitime non ?
J'ouvre mon sac et sors un paquet de Marlboro.
L'étudiant le saisi et prend une cigarette. Je lui tends un briquet qu'il attrape. Le garçon allume la clope et la porte à ses lèvres.
Sa bouche absorbe la fumée, il souffle en basculant son visage. Sa tignasse se soulève sous le vent. Le lycéen comprime la mâchoire et tire une seconde latte.
À mon tour j'allume une cigarette. La chaleur émane soudainement dans mon corps, je tousse, par ce soudain changement de température. Dehors, le temps est glacial, le ciel menace de neiger.
— Ça va ? lui demandé-je en l'observant froncer les sourcils.
Cameron s'arrête et me fixe. Ses yeux d'une lueur lagon me déstabilisent. Il se rapproche et passe sa main sur ma joue gelée. Le blond inspire et enfoui son visage dans ma nuque. Son corps vient se blottir contre moi. Mon coeur palpite contre ma cage thoracique.
Quand arrêtera t-il de me faire cet effet...
Je sens l'odeur de cigarette se dégager de ses lèvres. Ma main se loge dans son dos et je le ramène fermement contre mon torse. Il frissonne. Nos corps l'un contre l'autre, nous restons silencieux.
— Je ne t'en veux pas, il murmure, le souffle chaud. C'est ce putain de coup de flippe qui me rend fou. Et... tout ça entre nous. C'est tellement soudain.
Un sourire inconscient se dessine sur ma bouche, gercée par le froid.
Doucement, il m'embrasse. Mon ventre se tord, mes joues se réchauffent. J'agrippe sa taille et le serre un peu plus contre moi. Son parfum musqué m'enivre, un soupir d'aise m'échappe. Cameron encercle mon visage de ses deux mains. Son regard me rassure, me fait me sentir bien. Je ferme les yeux. Il trace le contour de mes lèvres à l'aide de son doigt. Son geste est doux.
Cameron
— Ça va s'arranger, aies confiance, prononce Jordan. Je sais qu'on va sûrement trimer mais on est deux. Et qui sait, c'est sans doute con, mais peut être qu'aucune rumeur ne circulera.
Ses paroles m'apaisent, me calment. La vie n'est pas un long fleuve tranquille et j'en ai conscience. Mais avec lui, avec Jordan, mes espoirs refleurissent. La difficulté paraît comme moins rude, car je ne suis plus seul, nous sommes deux désormais.
VOUS LISEZ
Nobody Except You
RomanceVoilà plus de 3 ans que je joue ce rôle, sortir avec des filles est devenu une habitude. Sans aucune partie de plaisir, c'est si monotone pour moi que je n'en fait plus attention. Dans notre société la différence fait peur, l'homosexualité en faisa...
