Chapitre 1

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M A L E K

           Il était temps.

Arkan entière avait appris l'existence des démons, peut-être même des anges. Je le savais, et pourtant, je ne le réalisais pas. J'allais me prendre une bonne grosse claque dans la gueule. Métaphoriquement, certes, mais peut-être littéralement aussi, car j'avais menti à maman et à toute la famille au sujet de la Mara et de ce que j'affrontais depuis mon accident.

Ouais... C'est bien un démon qu'a explosé dans ma chambre. Ah, d'ailleurs, je me tape Eneko. Vous, ça va, la vie?

— T'attends quoi ?

Mon ex-jumeau me sciait du regard. Je voulus lui hurler : « parle moins fort, ils vont t'entendre ! », mais il chuchotait déjà. Il n'aurait pas pu se faire plus silencieux... à moins de ne pas parler du tout. Mais je le refusais. Sa voix voluptueuse et câline calmait mon rythme cardiaque.

— J'sais pas, murmurai-je, j'ai pas l'impression d'avoir l'courage d'raconter toute la merde qui m'est arrivé depuis l'E.M.I..

Les yeux moroses d'Eneko scintillèrent et il arbora un air de chien battu. Pas parce qu'on l'accusait de quelque chose, mais car il me voyait — il voyait le bordel qui m'habitait. Le pauvre devait en avoir marre de me rappeler la même chose à chaque fois, mais il ne lâchait jamais l'affaire.

— C'est moi, ton courage, grogna-t-il avec une pointe de douceur. Tu vas pas attendre de mourir une troisième fois pour dire tout ce que t'as sur le cœur, si ? C'est ta famille ! La seule raison pour laquelle je te dis ça, c'est que je sais à quel point tu tiens à eux. Autant, ma mère, je m'en fous, oui, mais toi, tu vas te mordre les doigts à vie en pensant à eux si tu fais rien.

— Et... Et nous ? 'Fin, s'ils acceptent pas ? Tu t'souviens pas à quel point même moi j'ai eu du mal à l'accepter ?

— Oh, si, t'inquiète, gloussa-t-il.

Mes nombreux rebonds et retournements de veste devaient lui revenir. Mes incertitudes à Mannah, la nuit avec Sonja que j'avais passée dans la frustration, notre premier baiser après avoir démembré la Mara... que de la joie, et pourtant...

Merci. Merci d'être là, c'est ce que je voulais répéter, mais les mots m'échappaient. Sous mes doigts, la clé glissa dans la serrure et permit à la porte de l'appartement de s'ouvrir. Il avait raison. Mon futur s'effritait un peu plus au fil des jours. Comment ? Allez savoir. On était mort plusieurs fois, on était toujours là, mais la peur ne partait pas.

Le problème concernait l'avenir de l'île entière. Ce n'était pas juste le mien, mais celui de tout le monde... même le leur. Ils méritaient la vérité. Nayla la méritait. Maman la méritait.

— Attends ! m'interrompit-il. Ils vont penser quoi de moi ?

— Tu peux pas m'demander ça, j'ai déjà ouvert la porte !

La voix de mon père résonna.

— Malek ?

— Je me suis tapé la honte devant ta mère pendant que tu reniflais ta drogue, j'ai dû lui arracher son téléphone pour raccrocher à la police, débita-t-il, le murmure agressif. Elle doit me prendre pour un... garçon de cité, je sais pas comment vous appelez ça, mais...

— Écoute.

Ses tumultes se turent lorsque je posai une main sur l'une de ses épaules frêles. Il ravala ses lèvres et ses poils de barbe se confondirent sous la déformation de ses joues. Ses pupilles croisèrent les miennes. Bon sang, si ma famille était pas à, genre, quelques mètres de là...

TRANSES 2: ConjurationOù les histoires vivent. Découvrez maintenant