E N E K O
— Eneko, tu peux venir me voir deux minutes ?
Le regard mielleux de Celes interrompit mes quatre cents pas. J'avais l'impression qu'elle lisait dans mes yeux comme un roman et cela m'effrayait. Depuis que nous avions rejoint la caverne, je tripotais le contenu de mes poches sans cesse — comme maintenant —, tiraillé par un dilemme amer. Je peinais à me défaire d'un tourbillon de pensées malfaisantes aggravé par l'ambiance post-apocalyptique de cette grotte — à croire que Hel m'attaquait de nouveau.
Lui partager ma découverte le briserait, lui, l'homme que j'aimais. La culpabilité ne me broierait pas autant s'il avait trouvé ce papier, mais non, je l'avais trouvé et caché. Je déglutis. La guerrière m'attendait. Je ne l'avais pas vue s'éloigner. Je trottinai jusqu'à elle.
— Je t'ai vu prendre une feuille, dans le bureau, avoua-t-elle. Tu peux me dire ce que c'est ? Je t'entends si tu ne veux pas, mais nous ne pouvons plus nous permettre de nous cacher des choses. Tu me l'as bien fait comprendre.
Je m'en doutais. Sa ruse et son œil de lynx rossaient mon indiscrétion. Allez, Eneko. Le plus difficile reste à venir. La feuille se froissa sous mes doigts crispés. Appréhensif, je la dépliai et murmurai :
— Ça parle de la famille de Malek. Je suis quasi sûr que ça veut dire qu'ils sont... morts.
J'aiguisai mon raisonnement. Sa moue boudeuse et la tombée de ses rares sourcils contre ses paupières palliaient son mutisme. J'aurais espéré me tromper, mais elle était d'accord. Pas besoin de le dire. Ils avaient trouvé les autres, mais pas Nayla, que nous abritions — d'où le post-it.
— Tu sais que tu vas devoir lui dire, continua-t-elle, inquisitrice.
— Je peux pas.
— Je préfère qu'il l'apprenne de toi que de quelqu'un d'autre.
Pouvais-je me permettre un soupçon d'espoir ? Penser que «tant que je ne les ai pas vus morts, ils ne le sont pas » ? Je l'ignorais. Dans tous les cas, ce texte concernait principalement les deux scientifiques et ils méritaient de savoir. J'avais le cœur trop balafré pour m'affliger le fardeau de leur mentir à propos d'Ahlem, Dahlia... et même Yenska ?
Léanne aussi avait perdu sa fille...
— Il te reniera peut-être dans un premier temps, mais cela ne portera pas préjudice à votre relation. Ce n'est pas de ta faute et il le sait. Tu devras juste lui accorder un peu de temps pour se ressaisir.
Mes poils se hérissèrent à cette idée. Les caresses de Celes me soufflèrent un air d'hiver, son regard encourageant m'éreintait. La jeune femme, dont les cheveux luisaient au feu de camp, plia ses genoux pour entrer dans mon champ de vision. Je la fuis et virevoltai. Hélas, les deux Hallami l'y remplacèrent, adossés l'un contre l'autre près du brasier. Ils semblaient s'ennuyer. Malgré la distance qui nous séparait, le visage de Malek s'illumina en ma direction. Il secoua sa main. Je lui rendis timidement son geste et tournai la tête. Celes avait raison.
Je devais lui dire. L'humain vivait ses pires jours dans le mensonge. J'étais bien placé pour le comprendre.
La voix d'Agnes retentit.
— Tout le monde dehors ! Réunion de crise !
✼
M A L E K
On se regroupa devant le bâtiment. Tel un mouton, je lançai une œillade intéressée à Isabelle et au drôle d'objet qu'elle tenait.
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TRANSES 2: Conjuration
ParanormalLe résumé ci-dessous contient des spoils du tome 1 ! Lisez à vos risques et périls ! _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ L'équilibre de l'univers menace de se briser lorsque Hel, la déesse des morts, est relâchée dans la nature. Conscients de leurs erre...
