M A L E K
Il s'était immobilisé, les yeux rivés sur... moi ? Merde ! Il m'avait vu. Évidemment. À quoi m'étais-je attendu ? Il aurait senti ma présence à des kilomètres, et moi, je ne m'étais pas enfui pour rien. Je n'avais pas eu une seule seconde l'envie de les suivre dans la voiture d'Isabelle, d'accomplir une mission ridicule qui n'était pas la mienne. Nan. La mienne brûlait devant mes yeux, elle me fixait, notre avenir entre les bras. L'homme que j'aimais face à la femme de ma vie. Sur son cheval à huit pattes, elle pivota le visage et m'observa sans une once d'empathie. Ce visage d'habitude si aimant et souriant m'affrontait avec une dureté inconnue qui me brisait le cœur.
Non... Non. Hel pouvait aller se faire foutre. Elle savait que cette vue me blesserait, mais m'avait sous-estimé — je n'avais pas peur. J'étais le putain d'hybride, insensible à ses vices ! Décidé à prouver ma valeur, j'enjambai le muret détruit. Le cheval hennit et recula. Elle me dévisageait, je passais devant elle sans la moindre gêne. Bas les couilles. Lui me dévorait d'yeux qui me parlaient d'amour et d'espoir. Je ne l'enlaçai pas, je ne l'embrassai pas. J'empoignai simplement la tréant et murmurai :
— J'espère que t'étais pas assez débile pour croire que j'te laisserais seul.
Même si mon aide serait minime, ni Hel ni Ilça ne pouvait me blesser. Je sortirais de ce combat en vie et je ferais tout pour l'emmener avec moi.
— Reste en retrait, me conseilla-t-il, la voix enrouée.
— Je peux te demander quelque chose ?
Il hocha la tête.
— Essaie de pas la tuer, s'te plaît.
Il réitéra et je m'éloignai, le cœur lourd, tandis qu'un ricanement raidit mes muscles — Nayla. Je ne me retournai pas. Je devais briser les sphères qu'une fois Hel et Ilça suffisamment affaiblis. Au mieux, je pouvais ralentir la déesse de la mort en cas de danger, comme l'autre fois.
J'avais confiance en lui.
— Je sais que tu es là, grinça-t-elle.
La tréant sous le bras, je m'adossai à un bâtiment délabré, sur le qui-vive. Ilça écrasa l'âme du koala. Ses yeux se vêtirent de lentilles de lumière, similaires aux archanges face à Valck. Une brume étincelante émana de sa peau — le yang au yin de Nayla et ses panaches de fumée violacée.
— Tu es toujours aussi belliqueuse, même lorsque ce n'est pas nécessaire, énonça-t-il.
Assistais-je à une discussion entre deux divinités ? Putain, si l'on m'avait prévenu un jour...
— Oh, mais c'est nécessaire. Je tiens à l'équilibre de ce monde, pas toi ?
— Je tiens à la survie de son peuple. Seul lui assure cet équilibre.
— Décidément, nous sommes bien deux faces d'une même pièce, toi et moi. Mais comme pour chaque pièce, seule l'une d'entre elles apporte toute valeur. Je suis désolée de devoir te reléguer au rang de relique, vieux frère.
Un nuage noir écrasa le soleil et nous assombrit. Un éclair frappa Eneko. Le sol vibra, suivi de mon corps, mes intestins. Le tonnerre gronda, il secoua le monde, des cailloux tombaient près de moi. Le cheval s'ébroua et galopa loin de la scène de crime. Nayla souriait devant mon petit ami, contorsionné et fumant, à genoux. Mes dents claquèrent. Je rêvais. Cette fulguration ne l'avait pas cramé, il devait survivre, il... Ilça, s'te plaît, le laisse pas pourrir comme ça !
Devais-je le rejoindre ?
Non. À mesure que Hel crachait des taches sombres sur le ciel terni, le visage du réceptacle angélique se relevait. Les yeux luisants, les traits s'étaient raffermis, enragés... Ce n'était plus mon petit ami. Il ne se maîtrisait plus.
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TRANSES 2: Conjuration
ParanormalLe résumé ci-dessous contient des spoils du tome 1 ! Lisez à vos risques et périls ! _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ L'équilibre de l'univers menace de se briser lorsque Hel, la déesse des morts, est relâchée dans la nature. Conscients de leurs erre...
