Chapitre 17

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M A L E K


          Mes seules actions étaient les clignements de mes yeux. Le mur blanc en face de moi me fixait, immobile. Mon regard s'y était figé. Les secondes s'écoulaient, mais j'avais la flemme de les compter. Mes oreilles se renfermaient sur elles-mêmes. Le silence pesait, alourdissait mes épaules. Il comprimait ma peau, renforçant ma stature de pierre.

Si Agnes avait survécu, je survivrais également. Je me faisais chier, mais bon. Le sol et le plafond étaient gris. Le mur sur lequel mon dos reposait était aussi blanc que celui devant moi. J'étais assis, les jambes étalées sur un lit plat.

On frappa trois fois la porte. Je sursautai. Dans la vitre de cette dernière, ma seule fenêtre sur l'extérieur, le visage d'Eneko, contrarié, me guettait. Je bondis du matelas rigide et m'attelai vers l'entrée. Je tournai la poignée, mais elle était toujours verrouillée.

— Dis-moi que c'est une blague, se lamenta-t-il, les yeux déçus derrière la glace.

Il allait m'en vouloir. On s'était juré d'arrêter les secrets, mais ça, je lui avais caché depuis mon retour à la vie.

— J'savais pas qu'ils regarderaient ça, me défendis-je.

Il passa sa main sur ses lèvres et sa fine moustache, exaspéré. Son crâne retomba en arrière et les lampes du couloir diluèrent la couleur de ses iris.

— Tu te fous de moi ? grinça-t-il.

— C'est Sonja. C'est elle qu'était comme ça ! J'y peux rien si elle m'a pas qu'passé sa flamme, soupirai-je d'agacement.

— Je croyais qu'on se mentait plus ! T'es quoi, t'es... un démon ?

Je secouai la tête en me mordillant les lèvres. Son ton, plus agressif que d'habitude, me donnait l'impression qu'il méprisait cette espèce — pourquoi ? Il comptait me renier, parce que je n'étais pas comme lui ?

On n'avait jamais été pareil, pourtant.

— Un hybride, le corrigeai-je. C'est Isabelle qui me l'a dit.

— Ah, parce qu'elle est au courant, en plus ? s'esclaffa-t-il nerveusement.

— Elles se connaissaient, imbécile !

Son doux visage affolé se mit sur pause et ses iris me glacèrent le sang. Son regard se mêlait à une folie et une peur qui me faisait froid dans le dos. Je ne lui en voudrais pas, s'il ne me pardonnait pas. Je lui avais menti, j'en avais bien conscience, mais je n'avais pas pu faire autrement.

Et maintenant, tout le monde était au courant. Tout le monde.

J'étais foutu !

— Comment ça, elles se connaissaient ? murmura-t-il au point que j'entendais à peine sa voix étouffée derrière la porte.

— Bah, elles se connaissaient, c'pas difficile à comprendre. Depuis le début.

Mon front écrasa les mèches qui le chatouillaient contre la vitre. Ses sourcils fins se froncèrent et il bafouilla des sons inaudibles comme si les spasmes d'incompréhension qui l'enveloppaient l'empêchaient de me répondre.

— Depuis le début ? Mais... Mais tu l'as vue, non ? Quand Prairie nous avait dit qu'elle était une Banshee... Sonja l'avait attaquée, elle lui croyait même pas !

— Elles s'foutaient d'nous, soupirai-je. C'est tout. Tu veux que j'te dise quoi ? Tu les connais, on était les deux petits jumeaux, les deux cons qu'tout le monde cherchait... Tu m'étonnes qu'ils nous aient tous menti.

TRANSES 2: ConjurationOù les histoires vivent. Découvrez maintenant