E N E K O
— C'bon, j'peux pas serrer plus, grogna Agnes. Elles sont aussi ligotées qu'mes potes la première fois qu'z'avez déboulé d'ma grotte.
Désolé, Éclair. Désolé, Afnna. Vous auriez dû m'écouter...
Ils m'avaient donné une chance. J'aurais cru qu'elles comprendraient que des problèmes extrêmes exigeaient des solutions extrêmes, mais elles n'étaient pas préparées à la malveillance de ce monde angélique.
Je ne leur en voulais pas. Elles découvraient encore cette face cruelle d'Arkan, et maintenant que j'y pensais, j'avais dû trop entrer dans les détails. J'aurais pu omettre notre intention de nous servir d'elles, ou celui qu'avait la déesse de la mort de dévorer leur flamme, le tout sans savoir si elles survivraient. Leur tempérament et leur révolte n'avaient pas réfléchi. Agnes ne cherchait pas midi à quatorze heures — nous avions dû les assommer et les voilà attachées à deux chaises, poignets et chevilles liés. Nous devions partir le plus loin possible, les laisser en attendant Hel — de Nayla. Le papy démoniaque accepta de rester caché près d'elles. Lorsque la déesse arriverait, les détonations de son pistolet nous alerteraient.
Isabelle avait été prévenue par message. Le gouverneur prévoyait d'amarrer son bateau d'une minute à l'autre — pas de doute cette fois, ils devaient l'arrêter à tout prix. Elle se dirigeait vers Mannah pour les accompagner. Si seulement je pouvais les rejoindre...
Des saluts furent échangés, des souhaits de chance et d'espoirs, des soupirs. Une tension palpable, chaque seconde plus aiguisée, tâtait le groupe, prête à nous déchirer à jamais. Un liquide maladif bouillait dans mon cœur contorsionné. Le gaz qu'il exhumait empoisonnait mon corps ; mes muscles faiblissaient, je peinais à rester debout. L'appréhension me grignotait comme je me grignotais les ongles. Les éclats de rire de la veille n'étaient plus. Sur les visages : la peur, l'impassibilité, le doute — les lèvres s'étiraient par compassion, plus par bonheur.
Une main caressa la mienne. Le soleil rendait Malek rayonnant. Les pores de sa peau se dilataient, des perles de transpiration luisait sur son front constellé — sans doute une cause du stress. L'ombre de son nez bossu portait ses cernes, écrasés par des fossettes timides.
Inconditionnel. Fougueux. Mon amour pour cet homme.
Si je n'agissais pas pour le monde, j'agissais pour lui. Pourtant, je ne voulais pas qu'il me réconforte en ces instants cruciaux au risque que je le perde. Je préférerais le savoir loin, mais en sécurité, que le voir tomber à mes côtés comme autrefois. Mon égoïste d'aimant s'était envolé. Même si sa présence m'aurait soulagé dans mes possibles dernières secondes de raison, je...
Non.
— Fais gaffe à toi, soupirai-je en brisant notre contact.
— Meurs pas.
— J'vais essayer.
J'ignorais qui je tentais de rassurer par le biais de ce sourire. Lui ? Moi ? La réponse importait peu. Des gravats écrasés m'indiquèrent que le groupe se mouvait. La possibilité que Hel ne daigne se montrer n'était pas nulle, alors nos adieux pourraient être reportés. Nos lèvres se chatouillèrent malgré tout — nos lèvres gercées, abîmées, mais qui en cet instant, se restaurèrent. Le sérum de nos salives les soignait comme il soignait nos cœurs brisés par cet au revoir. Sa langue cajolant la mienne, sa poigne sur mes avant-bras, ses cheveux frisés me chatouillant le front... tant de détails qui rendaient ces baisers et leur tendresse ardente plus savoureux que tout autre. Oh, au moins, mon instinct ne m'avait pas failli. Dès que j'avais croisé son âme, pendant notre E.M.I., j'avais su qu'il me sauverait, qu'il me redonnerait le goût de vivre.
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TRANSES 2: Conjuration
ParanormalLe résumé ci-dessous contient des spoils du tome 1 ! Lisez à vos risques et périls ! _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ L'équilibre de l'univers menace de se briser lorsque Hel, la déesse des morts, est relâchée dans la nature. Conscients de leurs erre...
