M A L E K
Notre plan s'effrita devant mes yeux. Non... Hel devait partir, comme la dernière fois ! Je me laissai emporter vers la sphère, qui roulait en s'éloignant. Guidé par cette mission, mon corps plongea vers elle. Hors de question que je me foire. Les frottements du plâtre contre le sol rouvraient ma blessure, au vu des déchirures ressenties, mais par fierté, je refusais de faiblir. Eneko m'attendait. Il n'avait pas voulu de ma présence, mais bordel, il avait eu tort ! J'vais t'sauver ! J'vais sauver tout l'monde !
J'enfouis la sphère dans ma paume et la cogna contre un morceau de trottoir, en vain. Je réitérai. Encore, et encore. Pourquoi cette merde ne voulait-elle pas se briser ? J'y foutais toute mon énergie, mais ça bousillait mes os et le sol plus que l'orbe. J'hallucinais. Je grognais. Rien n'y faisait. Elle refusait de m'obéir.
— Allez !
La bataille tambourinait, mes oreilles grésillaient, je fondais sous la température... mais putain ! Je l'avais cassée d'un coup, l'autre fois ! Que m'arrivait-il ? Je réitérais. Les martèlements crispaient mes phalanges. Je me détruisais la main. Les battements résonnaient au même rythme que mon cœur. Elle ne se fissurerait pas. Impossible. Ma force me quittait.
Je respirai un grand coup, et d'un dernier élan désespéré, je la fracassai par terre.
Elle roula et s'envola.
Non ! Putain de conneries ! Bâtarde de sphère ! Bordel, ça avait clairement été le moment ! Hel était là ! Elle...
Trop tard. Elle avait rejoint la tornade. Il ne me restait que l'autre. Je rampai vers le bâtiment, tiraillé par une douleur généralisée et la honte, la déception, la rogne. La tréant s'éclipsait, mais je l'atteignis.
Et maintenant ?
Le sol tremblait comme si l'on scindait Arkan en deux et qu'elle s'apprêtait à couler dans l'océan. Je n'étais à l'abri nulle part. Et si... je partais ? Rejoindre les autres au port me tentait soudainement, mais ça signifiait abandonner le seul homme que j'avais jamais aimé et je ne pouvais m'y résoudre. Il comptait sur moi. Pourtant, je ne servais à rien. La roue avait tourné. C'était lui, le héros. Non. Il l'avait toujours été.
Tréant sous les bras, je m'accrochai à tout et rien pour surmonter le typhon de sang, de brume et de roche. Les attaques divines se transformaient en lasers, qui creusaient des tranchées infinies en nanosecondes. Leur lutte secouait Arkan. N'importe qui aurait succombé, à ma place, mais en tant qu'hybride, je le supportais. À moitié, du moins. Si les sphères refusaient de se briser, à quoi bon ?
Pendant quelques minutes, je contemplai, las, ces deux personnes incroyables se déchirer. Je n'en voyais plus leur corps, seulement leur manifestation divine. Des titans de sang aiguisé, de nuages fissurés.
Je tentai de détruire l'orbe d'Ilça, mais il se montra aussi têtu que l'autre, alors j'abandonnai. Mon front s'écrasa contre la pointe d'un galet perdu. Je n'osai plus jeter d'œillade au massacre derrière moi — impossible d'affronter le regard d'Ilça, ou d'Eneko, sans avoir rempli ma part du marché. J'avais voulu jouer au sauveur, et voilà où ça m'avait mené — perdu entre deux divinités bestiales, l'espoir et le cœur brisés.
L'écho d'un lourd grognement à travers mes entrailles souffla toute onde sonore. Le monde se tut. Mes genoux quittèrent la terre granuleuse. Des gravats et de la poussière se détachèrent de mon jean. Je ne contrôlais rien. Je ne me relevais pas, non. Mes orteils aussi domptèrent leur liberté. Je m'envolais. Derrière moi, un trou noir prenait en volume. Un entrelacs de plasma arc-en-ciel tentait de s'en échapper et lui apportait un air de prisme extraterrestre.
VOUS LISEZ
TRANSES 2: Conjuration
ParanormalLe résumé ci-dessous contient des spoils du tome 1 ! Lisez à vos risques et périls ! _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ L'équilibre de l'univers menace de se briser lorsque Hel, la déesse des morts, est relâchée dans la nature. Conscients de leurs erre...
