Chapitre 13

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I S A B E L L E

            J'admirais mon reflet dans le maigre miroir de la salle de bain. La discussion avec les deux garçons aurait pu se dérouler avec plus de tact et de délicatesse, oui. Toutefois, dans l'ensemble, j'en étais satisfaite. Je grappillais les marches du pardon petit à petit. C'était la confiance en soi d'Isabelle qui fleurissait — je lui avais enfin offert un brin de soleil en m'ouvrant au monde.

J'agitai mon crâne dans tous les sens, amusée par le flottement de mes cheveux. Ils ne dépassaient plus mes épaules. J'avais tenté la coupe que Sonja avait arborée durant tant d'années, même si je la portais avec inévitablement moins de classe et d'agilité.

Je sortis de la salle pour ouvrir la porte de la cuisine située juste à droite — l'une des trois véritables pièces de la maison. Mon artichaut m'attendait depuis ce matin, prêt à être dégusté. Une sonnerie retarda toutefois sa cuisson. J'empoignai le téléphone que j'avais laissé sur la commode que la fenêtre surplombait.

Malek.

Qu'avait-il à dire ? Je portai l'appareil à mon oreille.

Il faut qu'on parle, entendis-je.

Sa respiration accélérée et sa voix grave transperçaient la piètre qualité de l'appel. Son timbre enfantin avait disparu.

— Déjà ? me surpris-je. De quoi veux-tu parler ?

Tu nous as encore menti. Le réceptacle est en vie ! Hel a possédé quelqu'un d'autre. Un guerrier... et il s'est enfui. J'ai dû tuer quelqu'un sous la pression donc j'vais pas me contenter d'un « on peut rien faire » alors que tout l'monde va crever et que clairement, la meuf a survécu à Hel, donc on peut faire quelque chose !

Le paysage qui se dévoilait derrière la vitre prit l'air d'un tableau vivant. La hauteur me permettait d'analyser les quelques bâtiments dressés et la route en diagonale tapissant le sol.

Mes ongles grincèrent contre le bois du meuble et je commençai les cent pas, le cœur affolé.

— Que s'est-il passé exactement ?

La fille a brûlé ! Comme ça, d'un coup ! Hel est partie dans quelqu'un d'autre, mais... je lui ai tiré dessus par réflexe. Et maintenant, il est mort ! Et elle a possédé encore quelqu'un d'autre... et après, la première fille s'est réveillée, comme ça ! Elle allait parfaitement bien !

— Malek, l'arrêtai-je. Je t'assure que je ne suis pas au courant d'un tel phénomène. Ma mère a insisté toute ma vie pour me faire comprendre que seule moi pouvais supporter Hel. Elle peut incendier le corps de la victime de l'intérieur, mais nous ne pouvons pas en survivre !

Tout cela... était impossible. Je pensais tout savoir, être incollable sur le sujet, mais si le réceptacle avait survécu, toutes mes connaissances volaient en éclats. Je ne pouvais pas continuer d'endosser cette faute. Gabin était celui à blâmer. Pourquoi avait-il forcé à ce que je m'émancipe de Hel ? Il me l'avait avoué après une vague de demandes de ma part, mais n'en avait pas dit plus. Il avait su que me mettre au courant serait résulté en mon refus de détruire Aversion et que sans explications, je n'avais eu d'autres choix que d'obéir...

De plus, le peuple d'Arkan n'avait reçu de sa part que ce discours télévisé qu'un de ses assistants avait dû écrire à sa place !

Était-ce sa façon de dépeupler l'île ? Le moyen qu'il avait trouvé pour combattre la surpopulation sans en subir les retombées comme lorsqu'il avait tenté d'instaurer de nouvelles lois ?

— Fais-moi confiance, Malek, j'étais sûre que l'on ne pouvait pas y survivre, mais j'ai des pistes qui pourraient nous rapprocher de la vérité !

TRANSES 2: ConjurationOù les histoires vivent. Découvrez maintenant