Chapitre 25.1

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E N E K O

          J'attendais le retour de Malek et Nayla pour m'échapper. Le champ de bataille qui avait gonflé leur visage ne passait pas. Il continuait ses ravages dans mon estomac. J'avais besoin de parler, mais pas à quelqu'un qui vivait ces malheurs avec moi — un point de vue extérieur...

Léanne.

Oui...

Celes m'avait motivé à rester chez moi cette nuit. Elle avait raison.

Au fond de la grotte, Agnes se baladait, vêtue d'une culotte bombée. Les flammes embrassaient son torse exsangue. Au diable la pudeur, cet endroit était vraiment sa maison. Je ne l'avais jamais vue sous un angle si... intime. Son corps me racontait à lui seul une histoire que la démone n'oserait narrer — celle d'une jeune personne incomprise par la société.

Je n'avais pas le cran de lui demander quoi que ce soit. J'étouffais.

Sans crier gare, j'ignorai tout le monde, à l'intérieur comme à l'extérieur, et m'enfuis de Mannah. Le vent glacial ralentissait ma course, mais je devais rentrer au plus vite. Mon cœur débordait.

Mes jambes refusèrent une minute de plus. Je dus m'écrouler sur un banc que la lune illuminait timidement, perdu au milieu d'Ayan. J'avais beau me frotter les mains et les porter aux lèvres pour mieux les réchauffer, elles tremblaient, et tout mon corps avec.

J'avais mal.

J'avais mal pour lui. Pour eux.

Nayla avait sans doute tenté de le raisonner... J'espérais qu'elle avait pansé la peine que je lui avais infligée. La feuille qui se chiffonnait à chaque mot, la respiration plus rauque à chaque ligne, la perte de contrôle une fois le post-it atteint...

Une famille venait d'être détruite. Ainsi, peut-être Agnes avait-elle fait le bon choix. Peut-être le patron méritait-il de mourir. Non... Il le méritait, et cette fois, j'en étais sûr. Contrairement à Anaël, où je m'étais forcé à croire ce que l'on m'avait rabâché, je venais d'assister à la preuve même de sa cruauté. Il le méritait pour avoir effrité la personne que j'aimais le plus au monde — mais il se relèverait. Malek se relevait toujours.

Ce n'était pas de ma faute non plus, alors pourquoi n'arrivais-je pas à atteindre la maison ? La culpabilité et le regret me tiraient en arrière. Ils tentaient de me faire comprendre que j'avais failli à ma mission — celle de l'aider. Oui, j'avais failli. Nous avions failli à les protéger, les limites venaient d'être franchies.

Cela ne devrait plus se reproduire.

Ils avaient déclaré la guerre et il ne me restait qu'un objectif en vue. Si je la réussissais... je quitterais peut-être ce monde une bonne fois pour toutes, mais au moins, je le quitterais avec bonne conscience. Affaiblir les divinités pour mieux les capturer...

Léanne m'attendait. J'avais besoin de retrouver mon lit et de lui ouvrir mon cœur.

Plus de secrets.

Cela faisait quelques jours qu'elle ne m'avait pas crié dessus et je l'en remerciais, car au milieu de ce désordre, je n'aurais pas supporté une dose de stress supplémentaire. Je n'avais pas eu la tête à lui détailler de ce que je vivais et j'ignorais ce qu'elle fabriquait de ses journées. Notre dernière conversation sérieuse remontait à la semaine dernière, lorsqu'elle m'avait annoncé qu'elle verrait «ce qu'elle pourrait faire» pour mes parents biologiques. Elle n'avait rien trouvé, enfin, si elle avait cherché.

TRANSES 2: ConjurationOù les histoires vivent. Découvrez maintenant