E N E K O
S'ils ne me connaissaient pas, ils me prendraient pour un écervelé. En tout cas, moi, si je voyais quelqu'un interpeller Ilça comme un ami imaginaire, se pincer le bras et bouger curieusement pour invoquer sa flamme comme lors d'un rituel d'Aversion, je le ferais. En même temps, Isabelle avait sous-entendu qu'elle «discutait» avec Hel, ou en tout cas, que la déesse de la mort lui parlait. Elle la comprenait. Ilça, lui, ne disait rien, n'agissait pas. J'avais des raisons de m'inquiéter ! Personne ne pouvait m'assurer de la banalité du phénomène, ou m'apprendre qu'Ilça n'était qu'une divinité introvertie et timide. Quarante-trois avait pris la poudre d'escampette, littéralement. Elle avait disparu, réduite en poussière.
De plus, maintenant que je n'hébergeais plus de flamme, je ressemblais à un garçon lambda et inintéressant... alors que j'en étais l'opposé ! Son énergie, bien que présente dans mon for intérieur, restait étonnamment légère. On m'avait préparé au pire, mais rien de si spécial n'agitait pour l'instant la vie de réceptacle. Pourtant, face à Hel, ce serait une autre histoire. Au réveil d'Ilça, sa véritable puissance me consumerait et j'ignorais même si je serais encore conscient pour en blaguer.
On frappa à l'entrée.
— Mot de passe ?
— La révolution est en marche.
Agnes permit le retour triomphal de Celes, Isabelle et Malek. Tout le monde s'agglutina près des femmes du moment — dire que le Palace et le gouverneur nous intéressaient serait un euphémisme —, mais je me ruai vers mon petit ami exercer mon rôle de koala de compagnie. Impossible de ne pas sourire. Il m'avait trop manqué. Cependant, le plâtre de son bras empoisonna mon enthousiasme. Au moins, ils ne lui avaient pas découpé — quoique, toutes les âmes sœurs du monde auraient envié notre complémentarité.
Assaillie de regards et de questionnements, la thérapeute remonta de son sac à main une sphère luisant d'un ciel d'été. Elle resplendissait dans la caverne, véritable monde coloré dans ces souterrains monochromes. Des filets de fumée s'enroulaient en son cœur, similaire à l'orbe d'Hel, dont les mouvements s'apparentaient à un sang bouillant.
— C'est une petite victoire, se réjouit-elle.
Celes enchaîna.
— Il n'avait pas l'intention de me garder. À la moindre occasion, il m'a viré, juste le temps de commémorer la mort du patron et de nous apprendre d'autres morts à cause d'Hel. Elle n'a pas eu besoin de moi. J'ai eu peur, quand elle a disparu sans laisser de traces, mais tout est bien qui finit bien ! Et sans blessés !
La capitaine empoigna la boule d'Ilça et la fit rouler entre ses paumes, un sourire béant aux lèvres. Ses sourcils mal taillés se rehaussèrent vers l'aînée, elle la toisait du regard comme un enfant à son amourette.
— T'as tué l'gouverneur ?
Isabelle poussa un cri de surprise. Non, Agnes. Ta sauvagerie ne nous avait pas contaminés...
— Il me l'a donné, répondit-elle.
— Donné ? Qui donne un truc pareil ?
— J'ai eu aussi du mal à y croire, mais le patron nous avait bien donné l'autre sphère, répliqua Celes.
Mon petit ami s'immisça :
— Parce qu'on le menaçait de mort, un peu.
— Oui... non, je suis d'accord, mais nous n'allons pas nous plaindre ! Isabelle a tenu sa promesse.
Les joues de la vieille dame se creusèrent et elle joignit ses mains, si modeste qu'elle ne savait plus où donner de la tête.
— Ce n'est rien... et puis, ce n'est pas la première fois qu'il me fait des faveurs. Qui plus est, il me devait bien cela, pour m'avoir forcé à m'émanciper d'Hel en premier lieu.
VOUS LISEZ
TRANSES 2: Conjuration
ParanormalLe résumé ci-dessous contient des spoils du tome 1 ! Lisez à vos risques et périls ! _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ L'équilibre de l'univers menace de se briser lorsque Hel, la déesse des morts, est relâchée dans la nature. Conscients de leurs erre...
