Chapitre 29

596 63 1
                                        


- Elle va bien ?

- C'est une bonne question.

Thatch et Marco m'observaient au dessus du pont du Moby Dick, l'un en train d'éplucher des pommes de terre pour le dîner et l'autre fumant une cigarette, leurs regards posés sur moi. Cela faisait dix minutes que je m'attelais à la contemplation d'une tomate écrasée sur le sol, l'esprit complètement vide.

- Tu penses que c'est grave ? demanda Thatch en épluchant un peu trop sa pomme de terre.

- Un avc peut-être ? répondit Marco en levant les yeux au ciel.

- Dis pas des conneries ! rouspéta le cuisinier en donnant un coup de coude à son ami.

Cela faisait plusieurs jours que les mêmes idées noires tournaient en boucle dans mon esprit. Je ne parvenais pas à m'en débarrasser. Je n'avais jamais eu tant envie de retrouver mon lit douillet, bien au chaud, dans mon monde où ni Teach ni Big Mom n'existaient. Quand j'étais triste, j'avais l'habitude de m'enfermer dans ma chambre et de jouer aux jeux vidéos du matin jusqu'au soir, pour me vider la tête. Je me renfermais pendant des heures voire des jours, le temps que ce sentiment amer qui me vrillait l'estomac et la tête disparaisse. Quand White était partie... Enfin, quand j'ai cru qu'elle avait déménagé, j'étais restée dans cet état plus d'une semaine. Le seul qui pouvait m'atteindre dans ces moments là, c'était mon frère. Il arrivait à entrer dans ma bulle et savait comment me remonter le moral. D'ailleurs, où était-il ?

Je me rendis compte que je ne l'avais pas vu de la journée. Il ne m'avait pas non plus rendu visite quand j'étais alitée. Le matin, quand je me réveillais, il était généralement déjà sorti et le soir je m'endormais avant qu'il ne rentre. C'était assez étrange, lui qui était toujours là pour me soutenir d'habitude. Je repris mes esprits, laissant ma tomate écrasée à son triste sort, et partis à sa recherche. J'interrogeai tous ceux que je croisais sur ma route, mais personne n'avait vu Yuta. Bizarre. J'espérais qu'il ne se soit pas encore attiré des problèmes. C'était un professionnel dans ce domaine. Le soir tomba sans que je ne puisse trouver sa trace. Je l'attendis dans notre chambre, plusieurs heures. Enfin, au moment où je sentais ma conscience vaciller légèrement dans les bras de Morphée, j'entendis la porte de la cabine grincer. Enfin !

- Tu rentres tard ! m'exclamai-je en voyant Yuta entrer.

- Oh... fit-il, étonné de me voir encore debout. Je ne voulais pas te réveiller.

- Je t'ai cherché aujourd'hui, tu étais où ?

- J'étais avec Jinbe. Mais comme tu es debout, regarde plutôt ça !

Soudain, ses yeux s'illuminèrent. Il s'approcha de moi et me mit une affiche sous le nez, tout fier. Il y avait le mot WANTED écrit en gras et une photo d'un personnage familier.

- Oh, c'est Luffy, c'est ça ? fis-je en prenant l'affiche.

- Ouuuuuui ! hurla Yuta en sautillant sur le lit, euphorique. Et regarde, regarde !

Sa tête était mise à prix pour 100 millions de Berry.

- Elle a augmenté depuis la dernière fois, non ?

- EXACT ! s'écria-t-il en sautant de joie. Tu te rends compte ? C'est l'avis de recherche le plus authentique que j'ai jamais eu !

Il accrocha l'affiche juste au dessus de son sommier de lit, les yeux pleins d'étoiles, un petit sourire béat incrusté sur le coin de lèvres. Oups. C'était lancé. Je connaissais ce regard.

- Et je l'ai lu dans le journal ! Les Chapeaux de paille ont enfin passé l'arc d'Alabasta ! Ils disent que c'est Smoker qui a arrêté Crocodile, mais c'est faux ! Luffy l'a battu à Alubarna, tu vois il a utilisé le fait que l'eau batte le sable, tu vois, un peu comme un type eau bat un type feu, et un type plante bat un type eau, et...

Quand il était lancé, rien ne pouvait l'arrêter. Pour une raison que j'ignore, la conversation dériva sur Pokemon, puis il m'expliqua en détail l'histoire d'une certaine Vivi et de son royaume recouvert de sable. J'eus l'impression que son monologue dura toute la nuit, mais bizarrement, j'étais vraiment absorbée par sa passion et son énergie. Tandis qu'il me parlait de ce personnage qui me faisait étrangement penser au capitaine crochet de Peter Pan, je souriais aux anges. Lui et moi, allongés dans le lit tous les deux, se racontant des histoires jusqu'à ce que les étoiles soient hautes dans le ciel nocturne... Ça avait quelque chose de nostalgique et rassurant. Je me sentais bien. En sécurité. Chez moi. Ça m'avait manqué.

- Donc finalement, chuchotai-je, cette Nico Robin était une ennemie ou une alliée ?

- Bah en vrai, elle est vraiment super sympa ! Et son histoire est hyper triste, attends je te raconte !

Je riais. C'était agréable. Tandis qu'il me parlait, je sentis mon corps se détendre et lentement, je sombrai dans le sommeil.

***

Je fus réveillée par un léger claquement de porte. Je me levai instantanément. La curiosité est un vilain défaut. Très vilain. Malgré tout, j'enfilai mes habits et sortis de la chambre avec rapidité. Je n'avais pas l'intention d'espionner mon frère. Il était assez grand pour se débrouiller tout seul. Mais j'étais tout de même un peu curieuse de savoir à quoi il passait ses journées. Qu'est-ce qui l'accaparait au point de ne pas pouvoir me rendre visite ? Il n'aidait tout de même pas à la reconstruction ? La dernière fois qu'on avait essayé de monter un meuble Ikea ensemble, ça s'était fini à l'hôpital. Et il n'avait pas vraiment les muscles d'un charpentier... Alors que faisait-il ?

Je parvins à le rattraper et restai à une distance raisonnable, pour l'apercevoir sans être vue. J'avais l'air d'un stalker comme ça. Je préférais me voir comme un détective. J'étais cachée derrière un tonneau, toujours en pleine filature, lorsque j'entendis une voix derrière moi.

- Qu'est-ce que tu fais ?

C'était Haruta. Je me relevai rapidement, le rouge au joue, et dépoussiérai nerveusement mes vêtements.

- Euh, rien du tout.

Il me regarda en biais, comme s'il ne me croyait pas le moins du monde.

- Tu es sûre que ça va ? Marco et Thatch s'inquiétaient pour toi...

- Hein ? fis-je sans comprendre. Non, ça va. En fait, je me demandais juste où se rendait mon frère. Parce que... il a l'air vachement occupé et...

- Ah ça ! se mit à rire Haruta. Viens avec moi, ajouta-t-il en me faisant un clin d'œil complice.

Je suivis Haruta, intriguée. Nous marchâmes longtemps à travers la ville, puis nous arrivâmes sur la plage de coraux. Je n'y avais jamais mis les pieds et fus émerveillée par la beauté des récifs. Des sirènes chuchotaient au loin, assises sur des rochers colorés. Haruta me mena dans un coin un peu caché, derrière un massif de corail, où se trouvait un autre terrain un peu plus grand.

- Voilà, fit-il en souriant.

Je n'en cru pas mes yeux. Yuta et Jinbe semblaient être en plein entraînement. On aurait dit que l'Homme-poisson lui apprenait les rudiments d'une sorte de karaté. Yuta était en nage, les joues rouges, les membres tremblants, mais il continuait à s'exercer malgré l'expression de douleur de son visage. Ils ne nous avaient pas vu. Je restai pendant quelques minutes à les observer de loin, en silence.

- Pourquoi ? demandai-je en tournant mon regard interrogateur vers Haruta.

- Eh bien, commença celui-ci, après la bataille avec Big Mom, il s'en voulait d'avoir été capturé par les marines. Alors, il a supplié Jinbe de lui enseigner le fameux karaté des Hommes-poissons. Jinbe était un peu réticent, mais il s'est senti obligé d'accepter après que ton frère se soit littéralement agenouillé devant lui.

J'en n'en revenais pas. Les mots me manquaient. Lui qui avait horreur de l'effort, qui manquait toujours une fois sur deux ses séances de karaté, il s'entraînait assidûment. Je me mordis les lèvres, honteuse. Il faisait des efforts parce qu'il se sentait responsable de leur échec durant la bataille. Et moi... Qu'est-ce que je faisais exactement ? Je serrai les poings de colère. Colère envers moi même et mon indolence. Pendant que mon frère se tuait à l'entraînement, je ruminais les mêmes idées idiotes en boucle. Non ! Il fallait que je me reprenne. Je me donnai une claque. Haruta me regarda avec de grands yeux ahuris.

- Tu es sûre que tu vas bien ? dit-il en clignant des paupières.

- Oui, ça va beaucoup mieux, répondis-je avec un grand sourire.

One Piece - New WorldDes histoires addictives. Découvrez maintenant