Chapitre 20 - James

35 7 76
                                        

Un son me tire brusquement de mon sommeil, qui pour une fois, m'était bénéfique.

Ensommeillé et encore dans les vapes, le dos brûlant, je soulève ma couette et me glisse hors de mon lit. Un rapide coup d'œil vers le velux de ma chambre me confirme que le temps est pluvieux.

La sonnerie de la porte d'entrée retentie une nouvelle fois, et je peste contre la personne qui ose me déranger. Je manque de louper une marche de l'escalier, alors que je suis en train de bailler.

En caleçon et tee-shirt, j'abaisse la poignée et soupire quand je remarque que c'est encore cette assistante sociale qui me cherche des problèmes.

- James ? Je suis Maria Hugo, assistante sociale. J'étais déjà venue te voir.

- Ouais, c'est moi. Vous me voulez quoi, encore ?

Elle reste figée quelques secondes, la bouche entrouverte, et j'hésite à rire lorsque je l'imagine avec un filet de bave. Elle est trempée, et son parapluie ne suffit pas à l'abriter.

- Comme nous n'avons pas eu le temps de parler convenablement, me lance-t-elle avec un regard appuyé, me rappelant la soirée avec Val' et les autres. Je voudrais que nous discutons de ta situation. Tu me laisses entrer ?

- Bien sûr, lâché-je, ironiquement. Vous croyez vraiment que vous entrerez chez moi.

Je referme légèrement la porte, en passant mon pied derrière celle-ci, pour qu'elle ne puisse pas forcer l'accès. Je la vois secouer la tête et pincer les lèvres, comme si elle était contrariée par mon attitude.

- Je ne sais pas si tu te rends compte, James. Tu es mineur, tu vis seul, sans parents. Ton père est en prison, et ta mère est décédée. Tu as des preuves du contraire ? Non.

Ma mâchoire se serre lorsqu'elle me parle de mes parents, et je tente de me calmer, et de faire redescendre ma colère qui monte en flèche.

- As-tu seulement conscience de ce qu'est ta vie ? Comment vas-tu payer tes études ? As-tu déjà une idée de ce que tu veux faire ? Je ne crains que la réponse soit négative.

J'essaie de tout faire pour rester un minimum calme, mais je sens que je suis prêt à la bombarder, au moment où elle prononcera la phrase de trop.

- D'après ce que j'ai vu, tes contacts sociaux ne sont pas de très bonnes fréquentations. Tu devras leur dire au revoir quand tu seras en famille d'accueil. De plus, tu as un ami de longue date qui est également décédé, un certain Nat...

Les pupilles dilatées par la colère, j'envoie mon poing vers son visage, coup qu'elle esquive bien trop facilement à mon goût.

- De quel droit vous permettez-vous de me parlez de Nath', de ma mère et de ma famille ? Hein, de quel droit ? Si c'est pour venir me faire chier avec vos putain de commentaires sur une famille dont vous ne connaissez rien, cassez-vous ! hurlé-je, la voix brisée, les yeux gorgés par les larmes, et le cœur piétiné par un troupeau de chevaux.
Ne parlez pas de choses dont vous ignorez tout, la menacé-je, à quelques centimètres de son visage, et j'aurai pu parier qu'elle ressentait ma colère se dégager de tout mon être.

- Bon, dans ce cas, je te quitte. Je note tout cela, alors, déclare-t-elle.

- Vous ne noterez rien du tout ! m'écrié-je, en faisant valser ses papiers par terre. Ne revenez plus jamais ! Je vis très bien seul, je l'ai toujours fait, et je n'ai besoin de personne ! crié-je, alors que ma colère continue de croître, n'ayant pas encore atteint le sommet.

Je claque la porte derrière moi, la lui refermant au nez, et me laisse glisser contre cette dernière, les mains cachées dans le visage.

Pourquoi faut-il toujours que quelqu'un vienne me rappeler ces putain de souvenirs ?

Alors que les larmes menacent de couler encore une fois, j'enfile un sweat et un short, et cours le plus vite possible vers la salle de sport.

Le premier sac que je vois m'attire comme un aimant, et après avoir enfilé des gants, toute ma haine et ma colère se retrouvent en apesanteur, entre celui dans lequel je suis en train de frapper, et moi.

Le visage de l'assistante sociale fait brusquement irruption dans ma tête, et je m'imagine la bombarder de coups, comme je le fais avec ce sac. Je place mes pieds, prends appui sur mes genoux, et lance un uppercut à la femme imaginaire en face de moi.

- James, James, arrête.

Tomy me tire en arrière, et je le vois vaguement me remettre la fermeture des gants, juste le temps que ma colère revienne, et quelques secondes plus tard, je frappe à nouveau dans ce putain de sac.

Un droit, un coup mal placé, dont la douleur me lancine l'épaule, les yeux flous. J'aperçois Tomy me tendre un morceau de sucre, pour me redonner l'énergie physique qui s'est épuisée, tandis que celle du mental ne fait qu'augmenter.

- Allez mon grand ! Déverse tout ! Encore ! entendis-je mon coach m'encourager.

La colère m'aveugle, je ne vois plus rien. Enfin, si, je vois quelque chose. Le visage d'Emy souriant, un sourire qui n'a rien à voir avec tout ceux qu'elle a pu me faire avant. Un véritable sourire. Celui que je veux voir tous les jours.

Emy, cette fille trop brisée, pour que quiconque puisse de nouveau assembler les morceaux, perdus aux quatre coins de la Terre. Peut-être qu'une partie de moi croit toujours que je peux la réparer. Même si l'autre partie de moi sait que c'est impossible.

- Vas-y ! Laisse ta colère rebondir sur le sac ! Laisse-là t'emporter vers le monde de la paix ! Allez ! s'écrie Tomy, me ramenant à la réalité.

Tout à coup, je sens mes poings devenir de plus en plus mous, mes coups faiblissent, et je me laisse tomber au sol.

Des voix lointaines me parviennent, mais je ne suis pas sûr que l'on me parle.

Soudain, je n'entends plus rien, je ne vois plus rien.

Seulement un grand gouffre noir, qui m'attire et m'emprisonne entre ses griffes sombres.

Prends ma mainOù les histoires vivent. Découvrez maintenant