dans la cuisine je trouve ivy qui se sert un verre. je vais à sa rencontre et elle me sourit en me voyant.
— ça va ?
— la forme, et toi ?
elle hoche la tête et me propose de me servir à boire, ce que j'accepte.
— ça fait une éternité, j'ai l'impression. dit-elle.
— un peu quand même, hein...
elle me tend mon verre et je la remercie.
on se jauge un peu du regard, chacun de notre côté, elle a pris des couleurs par rapport à mes souvenirs, ses cheveux ont poussés. elle est jolie.
— tu racontes quoi de beau ?
elle s'appuie sur le comptoir et soutient le regard le temps que je réponde.
je déteste cette question. mais je sais qu'elle ne le fait pas exprès alors je décide de faire un effort et d'y répondre quand même.
— pleins de trucs, je vagabondais à droite à gauche... j'sais pas si t'as vu...
— mais oui, ton film ! geint-t-elle soudainement, j'ai pas pu aller le voir, tout était complet en moins de deux, j'étais dégoûtée !
elle replace ses cheveux en arrière et fait la moue, je souris.
— fallait me dire, j'avais filé des places...
— j'ai pas osé.
silence.
c'est vrai qu'avec ivy c'est pas hyper simple non plus. quoique, on a compliqué les choses nous même, en fait.
j'étais pas au courant de ce qui s'était passé avec kamiya, du moins pas dans les détails, elle m'a raconté ça, un soir. kamiya était déjà partie pour tokyo. elle était khabat et déboussolée, un peu comme moi, en vrai...
on s'était fait un after avec les gars dans un hôtel côté du huitième, clairement c'était le bordel et tout le monde se la mettait. moi le premier.
j'étais grave perdu dans mes sentiments, j'pensais qu'à elle, jour et nuit, alors que j'essayais sciemment de prendre du recul, mais on se parlait souvent mais je me sentais mal; j'étais trop duper.
flashback
septembre 2016
je me suis allongé sur un des lits de la chambre et j'ai fixé le plafond, j'avais envie de penser à rien et ça marchait plutôt bien. j'avais la tête qui tourne, les membres engourdis et les paupières lourdes. j'avais finalement réussi à oublier un peu tout ce qui me travaille, et j'allais pouvoir m'endormir paisiblement.
puis j'ai entendu des pas et on m'a rejoint. j'ai pas éprouvé le besoin d'ouvrir les yeux, je l'ai reconnue à son parfum.
« — ken... » j'entends une petite voix à ma droite.
je réprime un soupir et ouvre un oeil.
« — faut que je te parle... je me sens mal. »
t'es pas la seule poupée.
« — j'ai merdé avec kamiya. elle avoue, sanglotante.
je vois tous mes efforts pour ne pas penser à elle tomber à l'eau. jamais elle n'est venue me voir pour se confier à moi, encore moins sur ses histoires avec sa pote. c'est une grande première, et pour le coup c'est chelou.
ça c'est l'univers qui m'envoie chier quand j'entreprends un truc qui lui convient pas, j'crois.
— pourquoi ? je demande, sans conviction.
