chapitre 18

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Ô qu'elle est mignonne! Ô elle est à croquer! Ô aussi belle que sa mère!...
Et puis qu'ils ferment tous leur grande bouche mensongère! Félicia n'avait rien de mignon, elle n'était pas non plus à croquer, et encore moins aussi belle que moi! C'était un boudin rouge qui criait jours et nuits, qui avait tout le temps faim et qui me cassait royalement les pieds.
Franchement je pétait un cable alors que ça ne faisait que trois jours que je l'avais. De plus la même rage de lui faire du mal que j'avais pour les animaux quand j'étais petite était revenue. Je voulais lui faire mal, très mal, qu'elle hurle pour quelque chose pour une fois. Je voulais lui casser ses petits membres un par un, lui éclater un doigt avec un marteau, me vanger, me vanger de toute cette douleur qu'il y avait en moi. Mon âme bouillonnait de cette envie lugubre qu'était ma rage, je n'aurais jamais pu expliquer ce que je ressentais, et je savais qu'un jour tout allait éclater, que j'allais la jetter au sol et l'injurier de tout et de n'importe quoi. Et elle était si fragile si simple à laisser mourir...
La petite hurla dans son berceau. Assise sur mon matelas je l'avais récupérée et m'apprêtais à lui donner le sein. Cette sale gosse mangeait mieux que moi! J'étais devenue tellement maigre que tout mon charme de jeune lycéenne rebondie c'était volatilisé. Et encore une fois je savais que c'était la faute de Félicia. Elle commençait à m'aspirer le téton et me donna un petit coup avec sa main. J'en avais assez d'elle, elle me frappait en plus, ça allait être quoi à l'adolescence? Réalisant l'absurdité de mes pensées je la collais un peu plus à moi. Elle remua ses petites lèvres et continua à boire. Je l'avais habillée d'un costume nounours que m'avait offert une amie à Fontainebleau. Elle disait que c'était juste t.r.o.p mignon. Adeline qu'elle s'appelait, mon coeur se serra, elle avait toujours été si adorable avec moi, pourtant mon indifférence envers elle n'avait jamais détourné sa gentillesse. Pourquoi est ce que j'étais comme ça? Si vache avec des gens qui ne le méritaient pas? Une larme roula sur ma joue et Félicia pleura.
- Rooohh! C'est bon la médium arrête un peu de chialer pour rien. C'est moi qui suis malheureuse, pas toi, toi t'es protégée par tout le monde, ils t'aiment tous sur cette planète, alors arrête de râler!
Contre toute attente la petite se calma et ouvrit un peu ses yeux. Ça se trouvait elle était elle aussi atteinte de psycopathie... Je ne lui souhaitais pas! Je la détestait mais je ne voulais sûrement pas qu'elle ait cette atroce défaut. Elle paru s'endormir et je l'avais re-déposée dans son berceau.
- T'as bien de la chance...
Je sortis de ma chambre et me rendis dans le jardin. Un groupe de touristes français avaient loué des chambres dans la grande maison et passaient le plus clair de leur temps dans le jardin fleuri. Ils me regardèrent arriver. Je m'étais gagné quelque sous en leur faisant visiter les lieux et en leur traduisant certains écrits et depuis, ils paraissaient beaucoup m'apprécier.
- Maria! Comment allez vous? Me demanda une vieille femme, une certaine Germaine.
- Très bien et vous madame? Je m'assis sur le banc près d'eux.
- Super. Elle me fit un grand sourire.
- Et vorte fille, elle va bien? Me demanda un jeune homme.
J'avais envie de leur dire que j'espérais qu'elle aille mal et qu'elle meurt, mais je n'en fis rien. Je savais que j'avais des pensées qui pouvait paraître bizarre mais c'était la pure et simple vérité!
- Elle va bien.
- Comment s'appelle elle déjà? Demanda il.
- Elle s'appelle Félicia...
- Mais vous êtes française, non? Pourquoi êtes vous venue en Inde? Et vous êtes très jeune aussi... me coupa un vieil homme qui c'était laissé pousser la barbe.
Franchement en quoi ça les regardait tout ça? Qu'ils s'occupent de leurs propres poils de cul bon sang! Je m'étais raclée la gorge et commençais à raconter mon bobard:
- Eh bien en fait j'ai 20ans et ça a toujours été mon rêve d'habiter en Inde.
MENSONGE! VOUS COMPRENEZ? JE MENTS, JE FERAIS TOUT POUR DÉGAGER DE CE PAYS DE MERDE! Mais bon j'avais bien compris que ce serait impossible! Je n'avais pas l'argent pour me payer un vol jusqu'en France et je serais obligé de tout expliquer à ma tante et à tout le monde. Bref, impossible...
Une fois avoir eu une discussion des plus banales j'étais reparti dans ma petite chambre. Je l'avais plutôt bien aménagée, j'avais acheté plusieurs oreillers colorés que j'avais disposé sur le matelas et, en guise de miroir je m'étais 《amusée》à coller des bouts de rétroviseurs contre le mur. Le résultat n'était pas si mal...
Adossée à la porte, je regardais le petit berceau blanc de Félicia se balancer de gauche à droite. Et qu'était ce cri? J'entendais des pleurs. Et si ils s'arrêtaient? Je sentis mon coeur se durcir et prendre une masse de pierre. Ma vue se focalisa sur le berceau.
Gauche, droite.
J'avais marché jusqu'à l'objet.
Gauche, droite.
Le bébé criait.
Gauche, droite.
Mon ventre se serra et je sentis mes mains trembler. Son petit cou était si près de moi...
Gauche, droite.
Je la prenais dans mes bras, elle était toute agitée et m'enflammait les tympans. Je l'avais posée sur mon matelas, elle agitait ses petits bras tout fragile dans tout les sens. J'avais l'impression que le temps s'arrêtait, tournait au ralenti ou même passait en marche arrière. Mes jeux d'enfance me revinrent comme d'agréables souvenirs. Qu'avait dit Chilla déjà? Ah oui! il criait et elle l'avait étouffé avec un oreiller.
Serait ce une bonne idée d'essayer? Des papillons de satisfaction volaient en moi et je pris un des oreillers colorés. Pourquoi criait elle autant? Je ne lui avait pourtant encore rien fait! Je posais le coussin sur sa petite tête, ses membres se balançaient dans un peu partout et je l'entendais pleurer.
《Tu as fait tout ce chemin pour la tuer maintenant?...》me souffla une petite voix.
《Elle ne te fera plus jamais de mal si tu lui prends sa vie aujourd'hui...》me souffla une autre voix.
Je sentais ses mouvements se ralentir et après réflexion, j'avais enlevé l'oreiller. Elle pleurait toujours...
Je la repris dans mes bras et la reposai dans son berceau.
Gauche, droite...

Sa Vie Mon JeuOù les histoires vivent. Découvrez maintenant