Cette nouvelle semaine débutait mal. Son dos le lançait.
Cela arrivait très rarement, mais cela arrivait. C'était un rappel. Un douloureux rappel raccroché au dernier jour où ils s'étaient vus. Sa mère n'était pas juste partie ; elle n'était jamais revenue.
Ce matin-là, elle était sortie de sa chambre après des jours de somnolence. Elle avait préparé le petit déjeuner, enclenché une machine à laver et brossé ses cheveux. Elle lui avait doucement souri. Il ne l'avait pas reconnu.
Peut-être parce qu'au fond, il avait déjà compris ce qui était en train de se passer. Elle n'était plus sa mère. Plus la femme qui l'avait élevé.
Elle était quelque chose d'autre.
Pardonne-moi.
Kier avait mangé en silence sous le joug de son regard triste, presque éteint. Il s'était dit que ce n'était qu'une phase à passer, comme toutes les précédentes. Il s'était dit que ce matin n'était pas plus dur que celui de la veille, même si l'odeur du pain grillé qui flottait dans la cuisine lui retournait étrangement l'estomac.
Seul le roulement du tambour du lave-vaisselle avait comblé le vide entre eux. Un tour. Deux tours. Trois tours. Quatre. Cinq. Six...
Pensif, il nettoyait encore ses couverts lorsque la porte avait claqué. Le bruit, pourtant banal, l'avait surpris. Elle n'avait pas franchi le seuil de l'appartement depuis des mois. Cela ne pouvait être elle, si ? Pas maintenant ?
Son esprit s'était aussitôt mis à paniquer. Il s'était précipité dans le couloir. Ses talons et son manteau n'étaient plus là.
Il avait fait marche arrière, titubant jusqu'à la chambre interdite. Il n'eut besoin de jeter qu'un coup d'œil pour comprendre. La fenêtre était grande ouverte. Plus d'affaires. Plus de draps. Plus rien.
La pièce avait habité un fantôme.
Son cœur battant contre ses tempes, il avait empoché ses clefs dans l'entrée et couru. Ses pieds encore nus avaient dévalé l'escalier en colimaçon. Il hurlait son prénom. Il lui hurlait de revenir, de rentrer au chaud, de tout oublier.
Il hurlait.
Son affolement lui grillait les neurones, tandis qu'il contournait le bâtiment par réflexe, dans l'espoir vain qu'elle apparaîtrait au coin d'une ruelle. Si proche. Si loin.
Son corps tout entier fit un sursaut à la vue du massacre. La rue parallèle était saccagée d'affaires. Des photos raturées, des habits déchirés, une pile sans début ni fin. D'un côté, des bijoux et des livres dépliés qui faisaient face au ciel. De l'autre, des couvertures souillées, une boîte de parfums dont la fragrance saturée lui donnait la nausée et... une peluche.
L'ourson de son enfance.
Il leva les yeux vers la façade, constatant la chute vertigineuse qu'avaient faite un peu plus tôt les bibelots de sa famille. Tout avait été retourné en quelques minutes à peine. Aussi facilement que de souffler sur les graines d'un pissenlit.
Où es-tu, maman ? Où es-tu ?
Ses orteils étaient frigorifiés sur le bitume humide de rosée. Il évita soigneusement un miroir de poche brisé en mille morceaux et s'accroupit pour toucher la peluche du bout des doigts. Sa main tremblait.
Son monde venait de voler en éclats.
Ce matin-là, il avait pris son scooter dans la précipitation. Il avait foncé sur la voie rapide, sans gants, sans casque, sans chaussures. Sans but.
Il savait qu'il n'allait pas la retrouver.
Il était trop tard.
Et il avait accéléré dans un virage aux abords d'un champ de tournesols. Une fraction d'inattention et sa roue avant avait dévié dans une flaque d'eau, puis s'était prise dans l'irrégularité de la chaussée. Il avait lâché les poignées et s'était recroquevillé machinalement sur son maigre siège pour protéger sa tête. Sa peau, tendre et fine comme du beurre, n'aurait jamais pu tenir l'atterrissage.
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Pot de Colle
Fiksi RemajaKier détestait le système scolaire et surtout ses professeurs. Pour échapper à leur tyrannie, il trouvait toujours le moyen de se faire renvoyer de son dernier cours de la journée, histoire de gratter quelques minutes d'impunité sans se préoccuper d...
